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XXI- MÉMORIAL"SUPPLICES"
« Chaque fois que vous ferez cela, vous le ferez en mémoire de moi », avait dit Jésus après la double Consécration. Aussi, dès l'époque apostolique _sans doute, avant la fin du He siècle certainement, l'Église plaça-t-elle ici un Mémorial, suivi de deux supplications (un peu plus tardive.4) : prière tripartite qui a la simplicité grave à quoi l'on reconnaît les textes du christianisme primitif
De quoi fait-elle mémoire? De la Passion évidemment, que l'oblation de la Cène évoque (et c'est pourquoi le prêtre signe l'Hostie et le Calice ; c'est pourquoi aussi, dans certaines liturgies particulières, le célébrant se tient les bras en croix) ; « chaque fois dit saint Paul, que vous mangez de ce pain et buvez de ce vin, vous commémorez la mort du Seigneur » (I Cor xi, 26). Mémoire de la Mort donc, mais aussi de la Résurrection et de l'Ascension glorieuse du Christ. Ainsi ce mémorial est-il une sorte de résumé de la Messe : il en souligne pleinement le sens.
Les offrandes que nous avons supplié Dieu de bénir, voici qu'elles sont devenues « la Victime pure, la Victime sainte, la Victime sans tache, le Pain sacré de la vie éternelle, le Calice de Salut ». Tournés donc vers Dieu, nous lui disons qu'il peut les recevoir : elles ne sont plus indignes. N'a-t-il pas, jadis, en ces temps où se préparait et se préfigurait le Sacrifice du Fils, agréé ceux d'Abel, d'Abraham et de Melchisédech? Le passé gage l'avenir.
Alors prostré dans l'imploration, le prêtre supplie le Tout-Puissant de nous rendre, dans la Communion, le Christ que nous venons de lui offrir. C'est le Supplices, profonde et mystérieuse prière dont Innocent III disait que l'entendement humain peut à peine la comprendre. En présence de la Majesté ineffable, l'autel sublime reçoit l'unique victime, et la liturgie des Anges relaie la nôtre, pour que le Sacrifice du Ciel complète celui de la Terre. En cet instant, nous en sommes sûrs, ce sont nos élans, nos prières, le plus pur de nous-mêmes que le Christ offert porte dans le Sein de Dieu, si nous savons les lui confier.
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Si j'avais été mêlé à la foule sur le bord du lac où parlait Jésus, de quelle joie sans nom l'aurais-je entendu!
Si j'avais pu être témoin de ce geste simple, qui reprit Lazare au tombeau, quel bouleversement m'eût alors saisi!
Si j'avais été présent à la Cène quand Il rendit grâce et rompit le pain, ses mots n'eussent-ils pas transpercé mon âme?
Si j'étais resté au pied de la Croix avec Madeleine et Marie et Jean, n'aurais-je pas croulé d'amour et d'angoisse?
Et si j'avais vu, au matin de Pâques la pierre levée, vide le tombeau, quel immense espoir m'eût enfin comblé!
Alors, mon cœur, entends : tous ces mots, tous ces gestes, ces prières noyées dans ta distraction, c'est cela, tout cela, ce drame, ce mystère, l'insondable prodige de ta Rédemption!
Tu n'es pas seulement présent à cette Messe, elle te concerne, toi : l'enjeu c'est ton destin. Reçois-le jusqu'au fond de toi, et que ruisselle le Sang de Jésus-Christ répandu sur mon front.
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XXII -MÉMENTO DES MORTS
- LES MORTS ET NOUS PÉCHEURS
Offrons-nous pour nous seuls le Sacrifice?
La Messe , on ne saurait trop le répéter, est communion. Ainsi qu'à son seuil la Collecte , ainsi qu'avant la Consécration les formules préparatoires, deux nouvelles prières rappellent notre volonté d'union fraternelle, deux prières d'intercession. Avant que le Christ fût élevé, l'Église militante et Église glorieuse avaient été rassemblées autour de la Croix ; c'est maintenant l'Église douloureuse que la liturgie appelle, celle des morts et celle des pécheurs.
Antique usage que celui de prier pour les morts, que la Synagogue pratiquait déjà, et dont saint Jean Chrysostome assure que la tradition vint directement des Apôtres. Pourtant le Memento des défunts (comme les autres mementos) n'est entré qu'assez tardivement dans la Messe : des manuscrits du Xle siècle l'ignorent encore. Pourquoi fut-il placé ici, en ce point si important de la cérémonie?
Des Pères de l'Église l'ont déjà expliqué, tel saint Cyrille de Jérusalem : c'est au moment où notre prière est rendue plus efficace que nous devons en réserver les mérites sur ceux qui en ont le plus besoin, — ces âmes qui, les Portes de la mort franchies, attendent encore la lumière définitive. Ames du Purgatoire : leur seule pensée suffit à nous faire faire retour sur nous-mêmes, morts en sursis, futurs résidents des régions d'épreuve. C'est pourquoi, enchaînant et priant de toute sa ferveur, le prêtre supplie la Miséricorde pour nous, pécheurs, avec des mots simples et directs, issus certainement de la plus ancienne tradition.
Et, ainsi qu'il l'avait fait avant la Consécration , il appelle comme intercesseurs de nouvelles figures de saints et de martyrs : ils sont nos témoins, nos gages. Pour la troisième fois, et de façon plus définitive, voici évoquée cette grande et admirable réalité de la foi chrétienne : la communion des Saints.
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En cet instant où ma prière n'est plus seulement ma prière, mais celle , souveraine, de votre enfant crucifié, Seigneur, permettez que, d'une âme confiante, je Vous supplie pour mes frères en Vous qui attendent encore dans la nuit : pour ceux que j'ai aimés, ceux que je n'aimais guère, tous réunis dans la mémoire de mon cœur, pour ces générations de chrétiens dont les voix, sous ces voûtes montèrent fidèles vers Vous, comme monte la mienne en cet instant, et pour ce mort aussi que je serai demain, que sa faute promet d'avance à l'expiation dans l'angoisse, pour tous ceux dont bientôt je rejoindrai la troupe et qui n'attendent d'espoir que par les mérites de votre Croix.
Sauvez-les! Sauvez-moi! et comme mon péché annonce et détermine ma mort et mon épreuve, que l'offrande de votre Sang anticipe sur votre Pardon.
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XXIII- ACTION DE GRACES
- PETITE ÉLÉVATION
Le Canon de la Messe va s'achever. Quelques phrases vont terminer la longue suite de prières qui s'est ouverte avec la Préface, phrases simples en apparence, mais comme il arrive toujours dans la liturgie, d'autant plus chargées de sens.
La première, qui commence par Per quem, dit au Seigneur : « Par le Christ Vous créez sans cesse tous ces biens, Vous les sanctifiez, les vivifiez, les bénissez et Vous nous les donnez. » Cette formule est-elle un simple résumé du Canon, sa conclusion? Ou bien le reste d'une très ancienne bénédiction, non seulement sur le pain et le vin, mais aussi tantôt sur le lait et le miel, tantôt sur le raisin, ou les agneaux ou les fèves nouvelles? Ainsi au Jeudi-Saint bénit-on encore en ce moment l'huile pour les malades. Le sens en tout cas est clair. La médiation du Dieu incarné offert pour le salut du monde aboutit à une Création continuelle dans la sainteté, la grâce de Dieu et dans son amour sans cesse reversé sur nous.
C'est alors que le prêtre accomplit un geste liturgique qui manifeste cette sanctification, cette surnaturalisation, des choses créées : la Petite Élévation, que le son de la clochette signale à l'attention. 11 élève légèrement l'Hostie et le Calice à la fois. Cette élévation était la seule connue dans l'ancienne Église, celle de la Consécration datant, on le sait, du moyen âge ; elle est plus significative que la grande, mais pas de la même façon. Ce n'est pas au peuple qu'on présente les oblats, mais à Dieu qu'on les tend, maintenant que le pain et le vin sont devenus Chair et Sang divins.
Au sens plein du terme, et plus profondément que les prières d'avant la Consécration, ce geste est une « Action de Grâces ». Les mots prononcés par le prêtre le disent bien : Per ipsum... « Par Lui (le Christ), avec Lui et en Lui, Vous sont rendus, ô Dieu, Père Tout- Puissant, en l'Unité du Saint-Esprit, tout honneur et toute gloire, durant les siècles des siècles. » Par le Christ médiateur, unis à Lui, en quelque sorte absorbés en Lui, nous, les rachetés, nous participerons, durant l'Éternité, au bonheur de louer la Trinité Sainte, avec la Création entière! Et l'Amen qui clôt cette prière sublime, le plus important sans doute de toute la Messe, le seul même qui figurât dans l'Ancien Canon, prend ici toute sa portée étymologique : d'une âme fervente, unanimes, répondons : « Qu'il en soit ainsi! »
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MAINTENANT, la Création entière est rachetée, et il n'y a plus parmi nous que la joie d'une promesse ineffable! C'est comme un jaillissement perpétuel : les sept jours de la Genèse inlassablement répétés! Tout est pur, tout est vrai, et ce monde redevenu intact qui m'entoure, et ce coeur de misère par l'amour reconquis!
Parce que Dieu s'est fait homme, parce qu'un morceau de pain, une coupe de vin sont élevés vers lui en offrandes sacrificielles, tout ce qui est de la Terre est promis à la Gloire, et l'étincelante lumière des Trois Personnes a envahi ma nuit.
Seigneur, je tends vers Vous ces biens de votre Création, qui ne m'appartiennent pas, qui sont uniquement Vôtres, dans l'ordre d'un mystère que je ne comprends pas, mais dont je sais pourtant qu'il s'accomplit, attendu depuis les origines des temps, pour mon salut, et dans l'Éternité.
Ah, faites-moi reconnaître votre Grâce sur ce monde périssable où je passe un instant! sanctifiez, bénissez, ce que je suis et ne voudrais pas être, ce que j'ai et veux rendre à la Charité du Christ, et que l'immense amour dont sur moi je sens s'épandre la tendresse, suscite dans mon âme l'élan réciproque du don!
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XXIV PATER NOSTER
Le dernier acte du drame liturgique commence, le cinquième, conclusion des quatre autres. J'ai imploré, j'ai écouté l'enseignement, j'ai offert, j'ai sacrifié : maintenant je vais recevoir. C'est le banquet sacrificiel, la Communion.
La façon dont la liturgie ouvre ce dernier acte peut d'abord paraître inattendu. Après une phrase très touchante et très ancienne (saint Jérôme, au I Ve siècle, y fait déjà allusion), où il affirme que c'est seulement sur l'instruction même du Christ qu'il ose dire ce qu'il va dire, phrase qu'il prononce doigts joints dans un geste qui symbolise bien l'union — le prêtre récite lentement le Pater Noster. Alors il étend les mains et regarde l'Hostie. Oraison dominicale, prière plénière.
Selon saint Luc (xt, 2, 4), Jésus l'enseigna à ses disciples, sur leur demande, bien peu de temps avant sa Passion. Fût-ce au balcon d'Ephrem ou sur les pentes du Mont des Oliviers? L'avait-il dite déjà dans le Sermon sur la Montagne, comme l'affirme saint Matthieu (vit, 9, 13)? Il n'y a nul doute qu'il s'agisse là de l'essentiel de son message, de son testament spirituel. L'usage de réciter le Pater à la Messe est extrêmement ancien, peut-être apostolique : de nombreux Pères de l'Église y font allusion et saint Augustin le tient pour établi depuis longtemps.
C'est le pape saint Grégoire le Grand, au VIe siècle, qui fit placer cette récitation au seuil de la Communion. Inspiration sublime et intention profonde ! La Communion n'est-elle pas le sacrement de l'Unité? Pour s'y préparer quoi de plus souverain que la Charité, à laquelle le Notre Père nous incite? Avant de communier au corps du Christ, communions à son esprit. CETTE prière que vos lèvres elles-mêmes m'ont apprise, Seigneur, et que les générations inlassables de vos enfants, depuis des siècles, ont, selon votre ordre, répétée, je veux la dire ici non pas dans la distraction et la routine des formules, mais lentement, d'une âme émerveillée et méditative, comme si je l'entendais pour la première fois.
Vous m'avez dit que Dieu est mon Père. et pas seulement mon Maître et mon Roi, pas seulement Yahweh au front terrible, le chef des armées, le redoutable, le justicier, mais qu'il m'a institué son fils, l'héritier de son royaume, et que si haut que résident sa puissance et sa gloire, je puis l'appeler d'un nom d'amour confiant.
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Père, je Vous prie donc d'être présent parmi nous, sur la terre comme Vous êtes dans les secrets du ciel; présent par la Gloire de votre Essence qui éclairera mon âme, régira mon esprit, et comblera d'amour mon coeur; présent par l'affirmation de votre Puissance qui fondera le règne de la pleine justice; présent aussi par la manifestation de votre Volonté, à qui mon être entier se soumet dans la joie.
Je Vous demande de me conserver l'existence aussi longtemps que Vous le voudrez, de m'accorder mon pain par mon travail, jour après jour, dans une confiance totale en votre Providence, de faire que ce pain soit celui de la fraternité et de l'entraide humaine, et non seulement celui qui naît avec le blé qui germe mais celui qui fut dit « pain de vie », car ceux qui s'en nourrissent n'auront plus jamais faim.
Je Vous supplie encore, devant le poids insupportable de ma dette envers Vous, de daigner en remettre la charge. Et que l'exemple sans cesse présent de votre miséricorde me dictant ma conduite, je sache être généreux, prompt au pardon et charitable, Père, comme Vous êtes envers nous tous.
Et dans cette lutte affreuse que je dois quotidiennement livrer, dans ce cercle de fer, mortel, où je me débats, ne permettez pas que la tentation soit inégale à mes médiocres forces; épargnez-moi les épreuves qui brisent, le trouble qui bouleverse, ne m'abandonnez pas à cet ennemi que je porte en moi-même. Père, en cet instant où le Sang de votre Fils me rend à votre Grâce, ayez pitié de moi!
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XXV LE PAIN ROMPU FRACTION DE L'HOSTIE
Après qu'il eut rompu le pain, qu'il l'eut béni et consacré, Jésus dit à ses disciples : « Prenez et mangez ! » La Communion fait donc partie intégrante de la Messe , complément logique, indispensable de la Consécration. (Et quelle erreur n'est-ce donc pus de l'en séparer, de communier en dehors de la Messe ou, sous prétexte de bien communier, de se désintéresser de la liturgie pour s'absorber en une méditation personnelle ! )
Ainsi déjà en Israel, selon l'Ancienne Loi, aux sacrifices était joint le « repas de l'Éternel », où les offrants mangeaient les viandes de la victime après qu'on en eut brûlé quelques parties sur l'autel « en agréable odeur »; participer à ce banquet de Dieu, c'était vraiment consommer de la nourriture sanctifiée, acceptée par le Tout-Puissant. Bien davantage, selon la Loi Nouvelle , le repas sacré prend tout son sens de divinisation. Le Christ lui-même n'a-t-il pas dit : « Ma chair est vraiment une nourriture et mon sang vraiment un breuvage » (Jean vi et sq.)?
A la dernière Cène, les Apôtres ont certainement mangé le pain et bu le vin consacrés par le Maître ; aux temps apostoliques, l'Agape rassemblait les baptisés, à la fois repas de fraternité et communion liturgique ; et plus tard quand le banquet et la communion furent séparés, on continua longtemps à maintenir le souvenir vivant du banquet. De nos jours, ce sens n'est-il point trop perdu de vue, ce sens du repas qui, de façon si frappante, correspondait à l'idée d'union fraternelle en Dieu sans laquelle il n'est point de communion féconde? Les gestes du prêtre et ses paroles cependant y font noblement écho. Après qu'il a repris et développé les derniers mots du Pater, « libera nos », pour conclure — selon les termes d'une très antique prière, — que nous ne sommes délivrés que par le Christ, le célébrant prend l'Hostie, la rompt en deux, met de côté une des deux moitiés sur la patène, puis détache une parcelle de l'autre et la laisse tomber dans le Calice. Trois actes également riches de signification. L'Hostie divisée c'est le pain rompu de la Cène (les Juifs ne coupaient jamais le pain), c'est celui qui fit reconnaître le ressuscité par les disciples d'Emmaüs, c'est, mystiquement, selon l'interprétation médiévale, le corps du Christ brisé dans la Passion , c'est surtout la distribution aux frères qui s'annonce et se prépare. La moitié mise de côté c'est le souvenir de ces Sancta, consacrées à une Messe précédente, qu'on gardait pour montrer que le même Sacrifice se perpétuait de Messe en Messe. La parcelle d'Hostie, enfin, qui se mêle au vin du Calice, selon un rite déjà pratiqué au Ive siècle, c'est, selon le symbole, la Chair et le Sang du Ressuscité associés pour notre salut ou selon d'autres ses deux natures affirmées unies. Mais c'est aussi, et toujours, l'image de ce que chacun de nous est dans le sein de l'Église fraternelle, associé à tous, comme cette parcelle de pain dissoute dans le vin
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SEIGNEUR, ce pain que Vous avez Vous-même, à la dernière Cène, rompu de vos doigts et entre vos Apôtres partagé, ce pain que vos martyrs s'offraient les uns aux autres, avant d'être broyés sous la dent des fauves comme le froment l'est sous la meule,ce pain que des générations de vos saints se sont distribué au coeur des siècles dans un élan d'amour et de fraternité,ce même pain qu'en cet instant, sur toute la face de la terre, une innombrable Messe intarissablement renouvelle,faites que je le reçoive non point pour moi tout seul mais pour l'immense troupeau de vos fidélités,pour ceux qui Vous connaissent et ceux qui Vous ignorent, faites, ô Christ donné à tous dans la moindre parcelle,que je communie à ce qui est le sens et le dessein de votre sacrifice : rachetée par votre Sang, la Sainte Humanité
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XXVI - PAR LE SANG AGNUS DEI DE L'AGNEAU
« Comme un agneau qu'on mène à la boucherie, comme une brebis devant ceux qui la tondent, en silence il se soumet à la souffrance. » Ainsi le prophète Isaïe, dans un passage célèbre (LIII, 4. 6) annonçait-il le Messie. — « Voici l'Agneau de Dieu, celui qui ôte le péché du monde ! » (Jean, i, 20.) Ainsi le Baptiste criait-il, en apercevant Jésus.
La triple imploration que la liturgie met en cet instant sur nos lèvres reprend ce symbolisme de l'agneau, tel que les Israélites le connaissaient depuis cette nuit pascale où, exilés en Égypte, ils avaient, sur l'ordre de Moïse, marqué du sang d'un agneau les portes de leurs maisons et avaient été épargnés.
Historiquement, l'Agnus Dei semble bien être le reste ou le substitut d'une antique litanie qu'on chantait durant la fraction des espèces pour les fidèles, cérémonie qui pouvait être fort longue. On en avait pris l'habitude en Orient et c'est un pape syrien, saint Serge Pr, qui, à la fin du Vile siècle, en établit définitivement l'usage à Rome. Le sens de ces très simples paroles est clair, l'agneau pascal ne protégea-t-il pas Israël? L'Agneau sacrifié n'est-il pas le gage de la réconciliation de l'homme avec Dieu?
Mais les derniers mots de la triple prière précisent admirablement dans quel sens il faut chercher l'amour de Dieu ; tandis qu'à deux des Agnus Dei on répond :
Ayez pitié de nous », au troisième on dit : « Donnez- nous la paix ! » Et, tout de suite après, le célébrant prie pour que l'Église soit pacifiée et unie ; puis, aux Messes solennelles, se place le rite si beau du baiser de paix, ce rite qui vient tout droit du Christ et des Apôtres, que les premiers chrétiens tenaient pour fondamental et que ceux d'aujourd'hui ont tort de négliger.
Une fois de plus s'exprime dans les paroles et les actes liturgiques la grande leçon qu'inlassablement répète la Messe : pour que Dieu nous garde dans la paix de son amour, aimons-nous les uns les autres !
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SEIGNEUR, il n'y a qu'un signe auquel Vous puissiez me reconnaître, au Jour du Jugement lorsque Vous reviendrezsur les nuées du Ciel, dans la manifestation terrible de votre Gloire, quand tout ce qui est caché se verra découvert.
Ce signe, plus infaillible contre l'Ange de la Colère que celui dont furent marquées les portes d'Israël, ce signe dont il fut dit qu'aux temps d'Apocalypse vos serviteurs le porteraient comme un sceau sur le front, je le connais, ce signe de votre Miséricorde, même lorsque mon coeur ne veut pas l'accepter : c'est le signe de l'Agneau que votre Sang éternellement trace sur l'être plein de haine et de violence que je suis, c'est celui de la paix, du mutuel pardon, de la tendresse humaine, de votre amour pour tous sur chacun reversé. Ah! faites donc, Seigneur, que je le désire et le reçoive, ineffaçable, jusque dans le plus intérieur de moi, et que, par la seule puissance de votre Marque, je possède le monde tel que Vous l'avez promis à la douceur!
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