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Les sacrifices authentiques et sacrifices équivoques
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Beaucoup de jeunes s'imaginent que, pour aller à Dieu, ils doivent d'abord et avant tout faire des sacrifices. Peut-être quelqu'un leur a-t-il dit: « La valeur de l'homme se mesure aux sacrifices qu'il fait. » Peut-être quelqu'un leur a-t-il enseigné que le sacrifice est la voie la plus sûre, ou même la véritable voie, en tout cas la plus rapide, pour se rapprocher de Dieu. Peut-être même s'est-on appuyé sur la parole de Jésus: « Personne de vous ne peut être mon disciple s'il ne renonce à tout ce qu'il possède. » (Luc, XIV, 33.) Un domaine sombre, inquiétant, menaçant, plein de renoncements et de difficultés, s'étend donc entre Dieu et eux, et tout en eux se refuse à y pénétrer. Peut-être quelques pas hésitants les portent-ils un jour au-delà de ses frontières, mais ils croient qu'ils n'auront jamais la force de traverser ce domaine pour arriver jusqu'à Dieu. Ils ne se mettent donc pas en route. |
Cette façon de penser comporte plusieurs erreurs.
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La première, c'est de croire que le chemin vers Dieu commence par des sacrifices. C'est le contraire qui est vrai. Au commencement se situe un message joyeux, d'une splendeur indicible: l'avènement du Royaume dans lequel Dieu veut se donner lui-même à nous et, en même temps, nous faire présent de tout ce qui est bon, beau, émouvant, digne d'enthousiasme dans sa création, transfiguré et d'une infinie grandeur: « Alors je vis des cieux nouveaux et une terre nouvelle », écrit saint Jean dans l'Apocalypse (XXI, 1). Cette invitation, cette offre inouïe, voilà ce qu'est l'aube au départ. Et il y a plus. Ail commencement de son chemin vers Dieu, tout homme voit aussi Dieu qui s'incline personnellement vers lui avec amour; il entend cette parole paternelle, familière et qui touche son coeur: « Viens! » Ainsi s'ouvre la voie vers Dieu.
La seconde erreur devient manifeste quand nous voyons un enfant se précipiter les bras ouverts au-devant de son père qui rentre à la maison. Il a aussitôt laissé son jeu, il a bondi, il a tout quitté et même il a déjà presque oublié ce jeu quand il a couru vers son père et que celui-ci l'a pris dans ses bras. La joie qu'il a ainsi éprouvée a caché tout le reste dans son rayonnement. Au fond, l'enfant a renoncé à quelque chose; il a laissé ses jouets, il a fait un sacrifice ». Mais, loin d'être une charge pénible, c'était là un abandon joyeux en faveur d'une chose plus grande et plus belle. Dans cette attitude filiale, nous reconnaissons la forme fondamentale de tous les sacrifices moraux, même si, dans la vie, ils peuvent un jour devenir sanglants.
Un sacrifice, au sens moral, désigne toujours un renoncement en faveur d'un bien plus noble. Si nous le prenons dans son sens chrétien, ce mot signifie en outre: élever ce sacrifice vers Dieu comme expression de l'amour. Or on est heureux de témoigner son amour. De plus, le chrétien sait que Dieu nous garde tout ce que nous lui donnons pour nous le rendre un jour transformé, divinement transfiguré. En Dieu, rien n'est perdu. Ainsi donc, les sacrifices moraux ne sont pas inquiétants et pleins de menaces, mais significatifs on reconnaît cette réalité, ils sont, au fond, faciles (1).
Une troisième erreur réside en cette assertion que les sacrifices constituent le facteur le plus important dans la voie qui mène à Dieu. Or le plus important est non pas le sacrifice, mais l'amour. Et T'amour peut s'exprimer de bien des façons, et non seulement par le sacrifice. L'amour rend grâces, se répand en allégresse, adore, fait confiance, accomplit avec joie la volonté divine. L'amour se tourne vers le prochain, s'intéresse à lui, secourt et sert. L'amour de Dieu a tout un orchestre de possibilités par lesquelles il s'exprime et se manifeste. La possibilité de beaucoup la plus fréquente pour nous consiste à nous comporter comme nous le devons dans chaque circonstance de notre vie, en esprit d'obéissance et d'amour. Le sacrifice n'est qu'une de ces diverses possibilités.
En outre, celui qui considère le sacrifice comme l'essentiel se trouve bientôt dans une situation fâcheuse. Pour accomplir très souvent cette affaire primordiale, il cherche les occasions de faire des sacrifices, et donc de renoncer; il s'attelle à des tâches désagréables et difficiles. Quand ensuite il recule devant un renoncement, il éprouve un sentiment de gêne: « Mieux aurait valu pour moi faire un sacrifice, ici aussi. » Tout le bonheur qui provient du commerce légitime avec la création lui paraît moins bon, de mince valeur, voire suspect. Certains se disent même: « Seul ce qui me coûte plaît à Dieu et compte à ses yeux. » Quelle fausse image de Dieu! Il semble ainsi souhaiter que nous nous rendions la vie aussi difficile que possible.
Prenant au sérieux son désir d'agir au mieux pour Dieu et tourmenté par cette erreur que le sacrifice est toujours préférable, un jeune homme demanda un jour: « Dieu a-t-il créé les fruits pour que nous les mangions ou pour que nous y renoncions? » Un autre s'exprima ainsi: « Je souhaite parfois ne pas remarquer toutes les occasions de faire des sacrifices parce que, si je ne les fais pas, j'ai le sentiment d'un refus. Mais ce désir est-il légitime? »
Un troisième, étudiant en théologie, qui avait un idée semblable du christianisme, dit même une fois au cours d'une discussion: « Nous sommes tous bien d'accord sur ce point que le christianisme est un fardeau. » Il y a là une erreur de base. Dieu exige de nous non ce qui est difficile, mais ce qui est bien, même quand ce bien est difficile pour nous, il est vrai. Par là, nous serrons de près la solution que nous allons maintenant exposer. |
Il existe différentes sortes de sacrifices
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Nous apprendrons le mieux à distinguer les sacrifices authentiques des sacrifices équivoques si nous mettons en parallèle les différentes sortes de sacrifices.
Voici d'abord le sacrifice d'engagement. Ici, l'homme s'engage pour eh bien, et il accepte en même temps les difficultés que ce bien comporte. Il ne cherche donc pas la difficulté, il la supporte seulement tout le temps qu'elle est nécessaire. Ainsi agit la mère qui veille son enfant malade, ainsi agit le missionnaire qui supporte les fatigues de longues marches, mais emploie volontiers l'avion s'il peut par là éviter un voyage pénible à travers la forêt vierge. Le sacrifice d'engagement est exigé de tous. C'est en se montrant disponible pour un tel sacrifice que le chrétien révèle le mieux ce qu'il vaut.
Un second sacrifice nécessaire est l'entraînement. Il nous exerce à nous plier én tout temps, avec facilité et bonne volonté, à la discipline exigée par l'engagement. Chacun sait que les instincts désordonnés nous empêchent très souvent de faire le bien. La commodité, le désir de jouissance, la volonté propre, la vanité, la lâcheté peuvent étouffer nos meilleures facultés et les paralyser, nous induire à manquer les plus belles occasions de faire le bien et à nous montrer défaillants devant les exigences sérieuses. C'est pourquoi tous, et surtout les jeunes qui n'ont pas encore pleinement engagé leur vie, doivent sans cesse s'entraîner à renoncer, à se discipliner, à se modérer, à s'endurcir, à être simples et disponibles pour le bien. Ils acquerront par là fraîcheur d'âme et mobilité. Ils se rendront accessibles au juste et au bien. Celui qui, au contraire, ne sait pas se tenir en bride dans le domaine du permis est déjà à la limite du défendu. Celui qui cesse de s'entraîner à dominer ses instincts sera déficient quand la vie exigera de lui davantage.
Il existe encore toute une série d'autres sacrifices moraux bien entendus. Telle est l'acceptation des souffirances imposées, en obéissance et dans l'amour de Dieu c'est ainsi que le Christ a accepté la croix. On nomme parfois aussi sacrifice le renoncement à ce aui est défendu, plus exactement à ce qui est valable en soi, mais dont on ne doit pas prendre la responsabilité en raison de telle ou telle circonstance (par exemple une union avec une personne que l'on aime, mais que l'on sait indifférente au point de vue religieux).
Il existe un sacrifice de pénitence par lequel le pécheur fait le contraire de ce qui a été la cause de son péché, afin de vaincre absolument par là le désordre de ses instincts et d'exprimer à Dieu son repentir et le don de soi. Le sacrifice d'expiration est tout proche de celui-là: on l'offre en réparation de sa propre faute ou pour le salut d'une âme; avec la prière persévérante, il est souvent le seul moyen efficace pour triompher de la puissance du péché. Tous ces sacrifices ont un point commun: ils sont nécessaires ou, tout au moins, comme les deux derniers, ils ont un sens profond, salutaire. Il émane d'eux tous une force libératrice, rédemptrice, une vertu profonde, purifiante, ils alimentent la flamme de notre amour pour Dieu. Celui qui les accomplit fera l'expérience de leur valeur juste et enrichissante.
Mais il existe aussi des sacrifices équi voques. Désignons-les: ils consistent à augmenter la difficulté. Ce sont des épreuves qu'il faut imaginer. On Invite des jeunes « à faire des sacrifices ». On le leur dit d'une façon tout à fait générale, comme si la difficulté était bonne absolument. On n'entend pas par là les sacrifices exigés en vue d'un but, comme par exemple fermer la radio par égard pour la maman malade, mais ceux qui consistent à rechercher la difficulté, celle-ci étant tenue pour une valeur en soi. On ne leur donne pas non plus une signification directe: expier un blasphème, par exemple. Au contraire, on dit simplement: « Dieu veut des sacrifices. » Ou bien on prend comme directive et mot d'ordre: « Prière et sacrifice », sans réfléchir que la prière est toujours bonne, pleine de sens, et que les sacrifices ne le sont pas, car il en existe de ridicules et d'insensés: ceux qui troublent la santé physique ou morale, ou qui abandonnent ce qui a une trop grande valeur pour être abandonné, ou qui ne se situent pas à leur juste place. Dieu préfère que les hommes mènent une vie raisonnable et saine, gardent la mesure dans le sommeil, la nourriture, le travail et les loisirs, plutôt que de les voir ruiner leur corps ou leurs nerfs par goût du sacrifice.
La phrase: « Dieu veut des sacrifices » peut même devenir véritablement dangereuse. On dirait en effet que Dieu est mécontent quand la vie se déroule convenablement, saine et belle. On dirait qu'à ses yeux seul a une valeur ce qui est pénible, que, pour cette raison, l'homme doit avoir mauvaise conscience quand sa vie est heureuse dans un déve loppement harmonieux et qu'il est très recommandable d'offrir des sacrifices en compensation. Une telle mentalité rappelle beaucoup la crainte qu'éprouvaient les païens de la jalousie des dieux.
Ces sacrifices de la difficulté recherchée font que beaucoup de jeunes refusent de s'engager sur la voie qui mène à Dieu. Ils éprouvent ce sentiment: «N'est- ce pas une situation terrible quand, devant tout ce qui est beau, il faut aussitôt penser: le mieux serait d'en faire le sacrifice? La vie entière s'en trouve remplie d'amertume. » Et leur sentiment est juste. Peut-être aussi ont-ils connu des personnes très pieuses et prêtes au sacrifice qui ne trouvaient aucune joie à vivre et portaient toujours dans leur nature quelque chose d'amer et d'écrasé. Il n'est pas vrai que les sacrifices soient toujours préférables et que Dieu en attende continuellement de nous si nous voulons lui appartenir complètement. pieu demande d'abord l'amour, et l'amour s'exprime avant tout par les rapports judicieux avec le monde dans l'obéissance, par l'action de grâces pour les dons divins, par la joie de la créature devant ce que le Créateur lui accorde, par la louange de Dieu.
Les dons divins sont pour l'homme un témoignage sans cesse renouvelé de l'amour de Dieu pour lui qui provoque une réciprocité nouvelle de l'amour. La joie éveillée par le juste et le beau est souvent aussi le signe par lequel Dieu nous montre sa volonté. Si, dans la classe, un professeur faisait surtout ce qui lui est désagréable, il en résulterait vraisemblablement une abominable pédagogie. Mais s'il agit comme il convient, que les enfants s'épanouissent, progressent, soient heureux, et s'il est heureux, lui aussi, c'est certainement la volonté de Dieu. Cette façon de faire comporte également des sacrifices, ne nous y trompons pas, mais ils sont cachés, inclus dans le simple accomplissement du bien. Le but à atteindre les exige. On y prête à peine attention et on ne les recherche pas. Bien faire ce que l'on doit faire peut exiger tant de sacrifices cachés que l'on n'a plus du tout besoin d'en rechercher d'autres artificiellement!
Les sacrifices d'engagement et d'entraînement au bien sont indispensables; les autres, nommés ci- dessus, en vue d'un certain objet, ont une haute valeur; au contraire, les sacrifices qui consistent à rechercher la difficulté pour elle-même, sans être soit un bon exercice de discipline, soit une expiation authentique, et qui s'inspirent seulement du sentiment morose qu'il faut faire des sacrifices, ceux-là sont suspects. Jésus ne nous les a pas enseignés, il ne nous en a pas montré l'exemple. Leur ambiguïté sera une fois encore clairement révélée par l'apologue suivant: Trois personnes suivaient la route: un jeune garçon, un homme fait, un vieillard. Chacun d'eux traînait un sac à dos si lourd qu'il devait se pencher en avant pour marcher. Un autre personnage déboucha d'un chemin de traverse. Il avait l'air d'un voyageur, mais c'était un ange du Seigneur. Il se mit à cheminer au côté des trois hommes et leur demanda:
Quels lourds fardeaux portez-vous donc là? -- Des pierres, répondirent-ils.
Des pierres dans votre sac à dos? Pourquoi donc? demanda encore l'ange.
L'homme fait répondit:
Nous construisons une église, je suis allé chercher les pierres qui manquaient pour la mosaïque: elle doit être terminée cette semaine.
Bien, dit l'ange. Et toi?
Je m'entraîne, dit le jeune homme. Je suis assis toute la semaine à mon bureau et mon corps s'amollit. Qui sait quels fardeaux le Seigneur me donnera un jour à porter? Je m'entraîne donc pour être fort et disponible.
Bien, dit l'ange.
Il se tourna ensuite vers le vieillard.
Et toi?
Je suis vieux, j'ai quitté mon emploi, répondit le troisième. Tout va bien pour moi, peut-être trop bien. Alors je me suis imposé un sacrifice pour la gloire de Dieu: je porte chaque semaine ce sac à dos pendant quatre heures.
Ah? répondit l'ange. Crois-tu donc que ce soit agréable à Dieu?
Cette histoire nous montre nettement, une fois encore, les trois formes les plus fréquentes de sacrifice qu'il faut bien distinguer.
L'homme avec les pierres pour la mosaïque ne cherche pas le fardeau, mais il le porte volontiers: les pierres ne sont-elles pas destinées à l'église? Si quelqu'un l'avait pris dans sa s voiture, il aurait dit: « Tant mieux! » Il nous montre le sacrifice d'engagement. Le sacrifice du second est également légitime. Le jeune homme constate qu'il doit s'entraîner. Il le fait même pour le service de Dieu. Mais il n'a pas l'intention d'honorer Dieu par une difficulté. Il veut seulement acquérir des forces afin d'être dis ponible pour Dieu. Il en va autrement du troisième. C'est pourquoi les paroles de l'ange signifient: « Crois-tu que Dieu soit tel qu'il se réjouisse quand tu te rends inutilement la vie difficile? »
Qu'aurait donc dû faire le vieillard? Tout d'abord ne pas avoir mauvaise conscience, mais accepter avec gratitude la vieillesse heureuse, bénie, tranquille, que Dieu lui donnait. Par cette reconnaissance, son amour de Dieu aurait quotidiennement grandi. Quel beau spectacle que celui de ces vieillards dont le soir est devenu action de grâces, qui peut-être vont tous les jours à la messe, complétant ainsi ce qui a été insuffisant dans leur vie. Ils prient volontiers pour les autres, ils répandent chaleur et amour. Mais si le vieillard était encore assez fort pour traîner les pierres, mieux eût valu qu'il les traînât pour construire des maisons d'habi tation... Ce service désintéressé aurait honoré Dieu, car il aurait eu un sens. D'autre part, l'amour fraternel dont il eût témoigné aurait peut-être ouvert plus d'un coeur endurci. Peut-être aussi le vieillard aurait-il pu assurer une tutelle, collaborer aux oeuvres de charité, décharger sa fille en l'aidant à faire ses comptes ou en veillant sur les enfants! Ces tâches aussi impliquent des sacrifices, mais ce ne sont pas des fardeaux que l'on s'impose arbitrairement comme de traîner des pierres; ces sacrifices sont féconds, inspirés par l'amour du prochain.
Cependant si, ayant une profonde connaissance de la gravité du péché, conscient peut-être aussi de s'être chargé de lourdes fautes dans sa vie, le vieillard avait voulu accomplir une oeuvre de pénitence et d'expiation? Même alors, l'ange l'aurait sans doute envoyé vers les maisons à construire... Quand on est pressé par le désir de faire quelque chose de spécial pour Dieu, parallèlement à la prière, que l'on ne recherche pas d'abord ce qui est difficile, mais avant tout l'occasion delaire du bien. Si on l'accomplit convenablement, on rencontrera en général assez de sacrifices qui s'y trouvent dissimulés. Et si on les fait sans difficulté, ce sera d'autant mieux. Que l'on s'en réjouisse alors...
Mais un jeune homme demande:
— Quand je vois une occasion de renoncer ou de faire une chose désagréable, je me dis: « Je le ferai pour Dieu. » Est-ce bien ou non? De quel sacrifice s'agit-il? Cette façon d'agir est pour une grande part belle et bonne. Elle émane librement, sans contrainte, d'un véritable amour de Dieu. De plus, elle entraîne à renoncer, ou à faire le bien même quand il est désagréable : Elle portera des fruits. En autre.,la pensée de la pénitence et de l'expiation peut y jouer un rôle. On a vaguement le sentiment que le mal s'accomplit souvent parce que l'on cède trop à ses instincts. Je ferai donc le contraire. Il est possible aussi que l'on soit inspiré par le désir de participer à la pauvreté et à l'abaissement du Christ.
Il faudrait toutefois éclairer ce jeune homme, lui dire d'abord: « Prends garde que le sacrifice ne devienne pas la seule expression de ton amour. Efforce-toi d'abord de remercier Dieu pour tous ses eienfaits, de transfigurer les dons gratuits que tu reçois de lui, la joie que tu en éprouves, en une rencontre avec lui et un acte d'amour. Efforce-toi d'abord de remercier Dieu pour tous les bienfaits de transfigurer les dons gratuis que tu reço is, de lui, la joie que tu en éprouve, en une rencontre avec lui et un acte d'amour. Veille en outre à ce que tous tes actes deviennent un témoignage de ton amour pour lui et du don de toi-même. « Je vous offrirai ma journée, mes paroles, mes pensées, mon travail, mon repos », dit un cantique. Réfléchis aussi que tu ne peux faire des sacrifices qu'occasionnellement, alors que tu peux toujours faire ton devoir pour Dieu. « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, et quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu », dit saint Paul. (I COR., X, 31.)
Un vaste champ s'ouvre là, où l'amour de Dieu peut trouver sa réalisation. Si tu veux faire quelque chose de plus, ne cherche pas d'abord le renoncement, c'est-à-dire le sacrifice négatifis la bonne action pour les autres. Ouvre les yeux sur ton prochain et sur les tâches du royaume de Dieu, apporte avec amour ta collaboration et accepte de surcroît les sacrifices qui y sont impliqués. Quand on ne pratique pas ces formes essentielles de l'amour, en effet, ou , qu'on les dédaigne, l'attitude de sacrifice s'en trouve faussée.
Si tu veux ajouter encore un renoncement volontaire, rends-toi compte du but que tu poursuis. Si tu te dis: « Je lutte ainsi contre mon égoïsme et ma commodité », bien. Si tu te dis: « Je veux m'entraîner au désintéressement par amour de Dieu », c'est bien encore. Si tu te dis: « Je veux vous prouver, mon Dieu, que vous êtes plus pour moi que tout au monde et que je suis prêt à tout abandonner pour vous s'il le faut », c'est bien également. Peut-être aussi que tu penses: « Je veux un peu participer à l'oeuvre d'expiation de Notre-Seigneur. » Cette intention sainte. Mais si tu crois que seul est valable ou très bon ce qui est pénible, ou que l'amour de Dieu doit obligatoirement se manifester par ce qui contrarie la nature, ou que la difficulté en soi importe à Dieu, tu es dans l'erreur, car c'est le bien et l'amour qui lui importent. Et nous avons déjà signalé que l'amour a beaucoup de formes, qu'il peut s'exprimer de bien des manières. Qui a bien pu avoir le premier cette pensée suspecte que ce qui nous est désagréable doit être particulièrement agréable à Dieu?
Si bon que soit l'esprit d'amour qui inspire tes sacrifices, par conséquent, ceux-ci ont besoin d'être élargis et complétés par ta reconnaissance pour les bienfaits de Dieu et par le don que tu lui fais de toutes tes actions. Telle est, d'abord, l'expression normale de l'amour. Il faut aussi que ces sacrifices soient purifiés, clarifiés dans leur raison d'être, dans l'intention qui te fait précisément choisir la difficulté. Si tu leur as donné leur sens légitime, tu es sur la bônne voie. La mesure est différente pour chaque individu. Dieu conduit les hommes à lui par des voies très diverses.
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Ne faut - il pas renoncer à tout?
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Que veut donc dire Jésus par ces paroles: « Aucun de vous ne peut être mon disciple s'il ne renonce à tout ce qu'il possède »? (Luc, XIV, 33.) Jésus n'exige certainement pas de ses disciples qu'ils ne possèdent rien. Ceux qui l'accompagnaient conservaient leurs biens. Après la résurrection, ils retournèrent à leurs barques et se remirent à pêcher. (JEAN, XXI, 1 et suiv.) Saint Pierre emmena sa femme dans ses missions. (I COR., IX, 5.) De plus, personne parmi les laïques et les prêtres séculiers ne serait un disciple de Jésus puisque tous possèdent quelque chose. Le « renoncement » consiste bien plutôt dans la disposition à tout abandonner si le royaume de Dieu l'exige, s'il faut choisir entre Dieu et les biens terrestres. Quand nous sommes dans une telle situation, nous devons agir comme l'homme qui trouva un trésor dans son champ: « Il vendit tout ce qu'il possédait et acheta le champ. » (MATTH., XIII, 44.) Rien rte doit être préféré au royaume de Dieu. Mais la parole de Jésus ne signi fie pas que le disciple doit déjà tout donner et e sacrifier » auparavant. Saint Paul écrit: « Je sais vivre dans le dénuement et je sais aussi vivre dans l'abondance. » (PHHAP., IV, 12.)
Il en va donc de la possession à peu près comme de la vie. Quand Jésus dit que nous devons la « perdre » (Luc, IX, 24), ces paroles ne signifient pas que nous devons maintenant nous ôter la vie, mais bien être prêts à l'abandonner quand les circonstances l'exignet. Il faut aussi entendre par là, dès à présent, un certain détachement, une possession « comme si nous ne possédions pas ». (Cf. I COR., VII, 30.) Plus l'homme comprend qui est Dieu et à quel point toute autre chose a peu d'importance devant Dieu quand elle ne reçoit pas de lui une signification nouvelle, plus cette disposition se développera. Peut-être certains s'imaginent-ils qu'ils doivent se préparer à ces cas extrêmes en s'efforçant de sentir comment ils se comporteraient s'ils étaient mis dans les situations terribles rapportées par les vies des martyrs. Mais c'est là manquer de réalisme, car en de telles heures où un suprême témoignage, demandé, nous sommes tout spécialement dans la main de Dieu. Il nous envoie alors son Saint Esprit e il nous confère la force dont nous avons besoin. C'est pourquoi nous ne devons pas avoir peur. Jésus nous invite à ne pas nous soucier d'avance. Vivons maintenant pleins de joie et de confiance notre vie d'enfants de Dieu et persuadons-nous que les choses de ce monde ne sont pas l'essentiel: ne devrons-nous pas toutes les abandonner, à la mort? Ne soyons donc pas non plus attachés à elles; nous faisons bien de nous exercer parfois à les abandonner maintenant lorsque cet abandon a un sens.
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Laisser les sacrifices aux soins de la Providence
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C'est une bonne attitude de vivre dans ce domaine avec la Providence divine. Son amour nous enverra certainement les sacrifices nécessaires pour nous purifier et nous faire mûrir. Les plus probants seront sans aucun doute ceux que nous n'avons pas nous-mêmes imaginés, mais que Dieu nous imposera. Il faut compter parmi ceux-là les innombrables désagréments de la vie, les mécontentements apportés par les relations avec les autres, les soucis de famille, maints travaux, les maladies et les souffrances, et finalement l'obligation de se supporter soi-même. Accepter tous ces ennuis et ces peines avec sérénité, comme venant de la main de Dieu, et pour lui, constitue un moyen authentique de maîtriser la vie et représente assez de sacrifices pour beaucoup qui, parvenus à l'âge d'homme, portent tout le fardeau de l'existence. La Providence divine nous présente des tâches qu'il est de notre devoir d'assumer ou dont nous pouvons nous charger en pleine liberté. Toutes impliquent des efforts et des sacrifices. Les prendre sur soi en esprit d'obéissance, même quand la chaîne des obligations se fait plus longue qu'on ne pensait d'abord, en même temps être disponible et joyeux pour l'amour de Dieu, c'est, là encore, une vie bien authentiquement unie à Dieu.
Au contraire, celui qui met l'accent sur les sacrifices qu'il a imaginés peut courir le danger de devenir pareil au prêtre ou au lévite qui passèrent sans s'arrêter devant l'homme attaqué par les voleurs. Etant juifs, ils s'imposaient certainement beaucoup de choses difficiles dans leur désir de perfection, mais ils ne s'adaptaient pas aux situations données par Dieu. De telles personnes ressemblent aux pompiers qui, appelés pour un incendie, répondirent qu'ils ne pouvaient malheureusement pas venir, étant en plein exercice d'extinction... |
Accepter ce qui doit être fait
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A celui qui, au-delà des sacrifices exigés par son devoir, voudrait encore en offrir un volontaire, on peut recommander spécialement celui qui suit. Chacun sait qu'il existe des corvées que, cependant, quelqu'un doit accomplir, par exemple aller chercher du charbon à la cave à une heure tardive, suspendre la lessive mouillée quand il fait froid, vider le vase d'un malade... Celui qui s'en charge pour en libérer les autres accomplit une oeuvre excellente. La tâche lui est proposée par la Providence divine. Celui qui la réalise n'intervient pas poussé par le désir de chercher la difficulté, mais pour soulager son prochain. De tels actes sont des oeuvres de charité absolument authentiques, aimables et salutaires, très agréables à Dieu. Ils renouvellent l'homme qui les accomplit, éveillent la reconnaissance et la réciprocité de l'amour et trans forment l'atmosphère de la famille ou de la communauté où ils ont lieu. Ce sont comme des sacrifices d'engagement par lesquels l'amour peut tout spécialement se manifester. |
Ne pas tant parler de sacrifices
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Ce n'est pas une bonne habitude, dans le domaine de la vie religieuse, de tant parler de sacrifices. Ceux-ci ne sont, nous venons de le voir, que le revers des bonnes actions, d'un juste comportement. Mieux vaut donc dire: « Il a beaucoup travaillé, beaucoup aidé, donné beaucoup de joie, il a tenu vaillamment », plutôt que de désigner tout cela par le mot « sacrifice ». Le commun des mortels, les humbles ne s'expriment pas ainsi et nous donnent cette leçon que, faisant bien ce qu'ils ont à faire, ils ne parlent pas de ce qu'ils ont mis en jeu ou dû abandonner. |
Ce que l'on ne devrait pas nommer sacrifice
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Au cours d'une réunion de groupe, des jeunes, voulant décider d'un sacrifice à faire en commun, se mirent d'accord sur les points suivants: renoncer à entendre constamment la radio, à aller au cinéma sans raison valable, à lire des revues malpropres et à dépenser en gourmandises l'argent mis de côté.
Que faut-il en penser?
Leur désir était bon. Leur choix se révélait excellent, mais ils ne devaient pas parler ici de sacrifices. Le sacrifice n'a lieu que si l'on renonce en faveur d'un bien plus grand à une chose bonne, raisonnable et juste à quoi l'on pourrait prétendre. Mais dans le cas précédent, les garçons renonçaient à des stupidités, des fadaises, des inutilités qui dépravent. Or ils ne devaient pas y renoncer par esprit de sacrifice, comme s'il était justifié en soi de se laisser aller au dérèglement, mais pour se garder eux-mêmes, pour obéir au désir bon et donné par Dieu de formation personnelle, par respect de soi-même et goût du bien.
Quand, le matin, le chat quitte le coin du poêle, s'étire et s'étend, glisse par la porte, joue et saute dans le jardin, ce n'est pas là un sacrifice, mais la manifestation authentique de la vie. Quand l'animal dans son pâturage laisse de côté certaines plantes pour manger seulement celles qui lui sont bonnes, il ne fait pas de sacrifice, il vit seulement comme il doit vivre. L'être humain, quand il accomplit des actes raisonnables et justes, ne doit donc pas non plus les considérer comme des sacrifices. Le renoncement au mal ne devient privation que pour celui qui vit déjà dans le désordre; il doit ébranler, détruire, pour reconstruire.
J'ai connu un étudiant en théologie qui avait reçu pour Noël un paquet contenant des gâteaux et des friandises. Comme plusieurs de ses camarades, il s'occupait d'une famille pauvre de la ville où il faisait ses études. Il se trouvait par conséquent devant une décision difficile. S'occuper d'une famille pauvre et manger soi-même une tel paquet, est-ce conciliable? Il demanda alors à un camarade plus âgé s'il devait manger le paquet que ses parents lui avaient envoyé pour Noël, ou le donner. Le camarade aîné lui répondit très sagement: « Si cela te fait plaisir de donner le paquet et que tu n'en aies pas ensuite de regrets, donne-le. Mais si tu ne le donnes qu'avec effort et sans joie, sois humble, avoue à Dieu que ton amour n'est pas assez grand encore et mange ton paquet tranquillement. »
La réponse touchait juste. L'étudiant mangea son paquet et se sentit joyeux, reconnaissant et humble joyeux parce que ses parents lui avaient envoyé d'aussi bonnes choses, reconnaissant parce que Dieu lui permettait de les manger, humble parce qu'il comprenait à quel point son amour avait encore besoin de progresser. Plus tard, il apprit à donner et à être joyeux en même temps. Devenu plus généreux et plus fort, l'amour cherchait les occasions de se manifester. |
Un principe fondamental
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Cet exemple nous enseigne un important principe fondamental. Sainte Jeanne-Françoise de Chantal demandait souvent à son directeur spirituel, saint François de Sales, si elle devait faire telle ou telle pénitence. Il lui posait toujours comme condition: « Si vous la faites avec joie et facilité. » Saint Thomas d'Aquin donne le même conseil.,
Comment ces grands hommes de Dieu peuvent-ils avoir une telle exigence?
L'amour est au centre de la vie religieuse. C'est de lui que tout dépend. Or il ne s'accroît pas par le durcissement de l'effort et une volonté maussade. Il a la joie pour origine et il veut l'apporter aux autres. Plus l'amour est grand, plus il est aisé à l'homme de s'employer pour les autres, ce qui lui fait oublier son effort. Un sacrifice semble facile quand il est proportionné aux forces. La facilité et la joie sont un signe de l'amour. Mais s'il ne s'accomplit qu'à contrecoeur, avec mauvaise humeur et difficulté, c'est qu'on exige de l'homme plus qu'il ne peut donner et que la force de son amour n'est pas suffisante. Il en va de même pour un sacrifice qui ne laisse ensuite que des regrets: on n'en était pas encore capable.
De même que le jeune homme peut en compétition sportive dépasser la limite de ses forces, l'homme peut exiger de lui-même de trop grands sacrifices. Il se contraint, devient maussade, mécontent et amer. Ou bien il va penchant tristement la tête. Dieu ne nous veut pas ainsi. C'est pourquoi nous devons bien noter à propos de tous les sacrifices volontaires: pas plus qu nous ne pouvons en accomplir avec joie et facilité.
Mais il y a des gens qui interpréteront mal ce qui vient d'être dit! Il faut encore que nous ajoutions un mot pour eux: ce que vous venez de lire à propos du paquet de Noël et de l'important principe fondamental ne vous concerne pas. Faites des efforts sur vous-mêmes pendant le carême, même s'ils vous paraissent pénibles. Partagez tout au moins votre paquet. Le partage est une voie convenable qui a saint Martin pour patron: il nous a montré l'exemple. |
De la mesure des sacrifices
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Nous venons de dire l'essentiel sur la juste mesure des sacrifices que nous choisissons nous-mêmes; nous avons parlé de leur fréquence et de leur difficulté. Du reste, la diversité des individus, de leurs dispositions et de leurs vocations détermine la mesure des sacrifices. Ici, la liberté règne.
L'un préfère regarder le visage couronné d'épines du Crucifié, l'autre la face rayonnante du Seigneur qui règne dans les cieux, prêt à revenir. L'un va vers Dieu avec une aisance filiale, une nature soulevée par la grâce, l'autre cherche par le renoncement et la rigueur envers sa nature récalcitrante à briser les liens qui font de lui un captif du monde. L'un voit davantage le nombre infini des péchés et la terrible possibilité de se damner où se trouvent tant d'âmes, l'autre vit d'une foi en la Providence divine toute sage et toute-puissante, et cette foi lui permet de triompher du monde. Ainsi, la diversité des individus, de leurs expériences, des événements de leur vie et de leur vocation particulière produit la multiplicité et la plénitude de la vie chrétienne dont la richesse embrasse l'ensemble.
Mais en ce qui concerne la mesure des sacrifices que nous ne choisissons pas, on ne peut sans doute rien lire de plus beau et de plus juste que ces pa roles de Pascal: « Si Dieu nous donnait des maîtres de sa main, oh! qu'il leur faudrait obéir de bon coeur! La nécessité et les événements en sont infailliblement.» |
Puissance et bienfait des sacrifices
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Quand un être jeune veut se développer spirituellement et demeurer humainement sain, il n'a pas le droit de s'accorder tout ce qu'il désire. Ceci vaut en particulier pour les jeunes gens de familles aisées. Celui qui s'offre toutes les commodités et toutes les jouissances accessibles deviendra bientôt l'esclave de ses bas instincts et de ses caprices. Le renoncement volontaire est une condition fondamentale du devenir humain. Le bonheur empâte, le luxe étouffe la spiritualité, la vie de jouissance paralyse. Celui qui s'adonne à ces puissances sera repu, incapable et mécontent, car elles paralysent ses facultés les plus nobles et le mènent dans les marécages d'une basse satisfaction. Le renoncement donne liberté, fraîcheur d'âme et vigilance. Il ouvre la porte sur un espace vital plus beau, il nous conduit aux choses essentielles, spirituelles et profondes, il nous libère de beaucoup d'attitudes fausses, d'illusions sur nous-mêmes, d'obligations trompeuses et il affranchit les facultés spirituelles. Celui qui choisit comme forme de vie une certaine simplicité se crée un domaine de croissance et (l'élévation. Il fera l'expérience de la force purifiante, tonique, du renoncement, il sentira grandir sa disponibilité pour les valeurs plus hautes de vérité et de justice, son désir d'aider le prochain, son engagement et son amour. L'absence de besoin lui sera donnée comme fruit du renoncement et lui conférera l'indépendance, la souplesse, la supériorité. Par la victoire sur les résistances provenant des bas instincts, la force intérieure de la personnalité se développera et, par là, la maturité, condition nécessaire pour un jugement clair et incorruptible et pour la facilité à accomplir une action désintéressée.
Tout cela n'a rien à voir encore avec le sacrifice de nature religieuse et fait partie de l'éducation personnelle. Le païen aussi, s'il est sage, agira de même. Mais c'est le parvis et la préparation pour notre vie avec Dieu. Comment, en effet, celui-là pourra-t-il se rendre disponible pour Dieu, pour le bien, pour le prochain, s'il est devenu l'esclave de ses bas instincts? Toute bonne action lui est une peine au lieu d'être une joie et c'est une charge pour lui que d'élever son coeur à Dieu. Comment « méprisera-t-il ce qui est de la terre et aimera-t-il ce qui est du ciel » s'il demeure enchaîné aux jouissances superficielles? Mais le renoncement le con duit à la liberté et donne accès à la vie avec Dieu. A l'arrière-plan de ces raisons initiales du renoncement sain et ordonné par la nature s'ouvre un vaste domaine où jaillit le bienfait du sacrifice. Même un incroyant comme Nietzsche écrit: « Quant à ma longue maladie, ne lui dois-je pas indiciblement plus qu'à ma santé? » Mais c'est seulement l'expérience chrétienne de la vie qui peut vraiment parler de bienfait. Bien plus: la signification et la force de tous les sacrifices authentiques accomplis en esprit de foi sont un mystère fécond, d'une profondeur immense, que nous ne sommes pas capables de déterminer. De tels sacrifices imitent la Passion rédemptrice de Notre-Seigneur et sont transfigurés par elle.
« Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il demeure seul, mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. » (JEAN, XII, 24.) Par cette image, Notre- Seigneur nous fait comprendre la fécondité du sacrifice, surtout du sacrifice de sa propre vie. N'est-il pas étrange que nous ayons été rachetés non par un acte, mais par la souffrance? Et quel fruit a porté ce sacrifice! Considérons la résurrection du Seigneur, son ascension et sa gloire au côté du Père: ce sont les fruits de son sacrifice. Considérons les bienfaits immenses pour les hommes de la rédemption, la résurrection au dernier jour et le royaume de Dieu à venir: ce sont les fruits de son sacrifice. Les sacrifices des chrétiens, dont le baptême est une mort avec le Christ, et qui ont part à sa résurrection (Rom., VI, 3 - 5), ont une fécondité semblable à celle-là. C'est du sacrifice de la vie fait par les témoins du Christ qu'il est dit: « Le sang des martyrs est la semence de nouveaux chrétiens. » Le Jugement dernier seulement révélera la signification dans l'histoire du monde des innombrables sacrifices cachés, patiemment supportés. Il semble que, sur un point, Satan soit impuissant: l'acceptation de la souffrance permise par Dieu. Ici, il ne peut détruire, il ne peut qu'augmenter et par là grandit encore la puissance du bien. Plus un homme est mûr, plus il sait ce que représentent la force et le bienfait du sacrifice.
Mais il nous faut bien retenir ce que le caté chisme nous dit avec clarté et simplicité: « Dieu n'éprouve aucune joie de la souffrance et de la mort. » Dieu n'a pas de joie à nous voir accablés. Dieu ne veut pas que nous soyons pris de crainte quand tout va bien pour nous. Dieu ne connaît pas l'envie. Il n'est pas non plus une puissance inquiétante, menaçante, dont nous devons conjurer le danger en rendant notre vie pénible. Dieu veut que nous vivions en enfants de Dieu, que nous l'aimions et que cet amour nous rende joyeux. « Il n'y a pas de crainte dans l'amour. L'amour parfait bannit la crainte. La crainte crée le tourment. Celui qui craint encore n'est pas parfait dans l'amour. » (1 JEAN, IV, 18.) |
Références
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( 1 ) A côté du sacrifice moral, il existe un sacrifice de culte ou sacrifice de service divin: faire un sacrifice signifie offrir à Dieu un don visible pour l'honorer comme le souverain Seigneur. |
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