DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

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DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

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Prêtres du Monde

auteur

+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.

Rimouski Qc. Canada

Titre de la série :
La vie d'un patriote
Titre de la page:

Préface La vie d'un patriote

Nom de l'auteur:
Abbé Charles Émile Gadbois

 

 

PRÉFACE

 

Nous avons fait connaissance dès notre entrée au Grand Séminaire de Montréal, le 14 septembre 1926. Charles-Emile Gadbois, au premier contact, me demande si je fais de la musique. Réponse positive et semblable question; et nous constatons très vite une forte affinité. Il nous faudra donc en parler plus longuement et cela va durer jusqu'à la fin de quatre années d'études. Mon nouveau confrère fera partie de la chorale grégorienne, dite Schola; je préfère attendre une autre année. Déjà nous ébauchons des projets que nous tiendrons jusqu'à la fin, quatre ans plus tard, le jour de notre ordination sacerdotale, le 14 juin 1930. Déjà, nous tenons à nous rencontrer si possible tous les jours pour parler de chant grégorien, devenu le chant liturgique de l'Eglise selon la volonté de Pie X dès la première année de son pontificat en 1903. Ce pape musicien l'avait pratiqué pendant cinquante ans, jusqu'à sa mort en 1914. Grâce à lui, j'étais de ceux qui avaient eu la faveur de le chanter avec d'autres Pueri Cantores.

Notre première année au Grand Séminaire connut nos premières discussions nourries de nos connaissances acquises. Nous souhaitions trouver un maître formé selon les principes recommandés par Pie X, à son premier document officiel, le Motu Proprio de novembre 1903. Ce voeu sera exaucé l'année suivante. ,En septembre 1927, l 'oiseau rare nous arrivait de Paris, M. Ethelbert Thibault, p.s.s., nommé professeur de sciences au Séminaire de Philosophie, chargé de la musi­ que sacrée aux deux séminaires, Philosophie et Théologie.

Trois années d'études ardues et passionnantes vont com­ mencer. Nous allons entendre et pratiquer ce que notre nouveau maître a appris à l'Institut Grégorien de Paris, avec M. le Guennant et puis à l'abbaye de Solesmes fréquentée au temps de Noël et de Pâques puis à l'été où il suivait les leçons du maître de choeur, Dom Gajard. Au Grand Séminaire, les répétitions de la communauté et de la Schola , plus élaborées, avaient un intérêt de découverte. Quand M. Thibault ne La vie d'un vrai patriote pouvait venir, Charles-Émile prenait sa place avec une préparation soignée, à la recherche de l'impossible parfait. J'étais devenu son moniteur et son critique. Notre travail se poursuivait de jour en jour, spécialement durant nos promenades autour de la majestueuse pièce d'eau appelée Le Lac. De l'allée parallèle on pouvait nous suivre, de l'oreille et de l'oeil. Notre pédagogie procédait par échange. A tour de rôle on devenait modèle à corriger, ce qui n'allait pas sans discussions avec démonstration à l'appui.

Le supérieur du Grand Séminaire, M. Émile Yelle, futur archevêque de Saint-Boniface (1933) avait joint à M. Thibault, M. Jean-Noël Charbonneau et dès son retour au pays, le collègue de M. Thibault au cours de ses études à Paris, l'un et l'autre grégorianistes réputés. Chacune de leurs visites était l'occasion d'un nouvel élan pour le duo Gadbois-Morin. Notre enseignement mutuel, notre recherche et travail pratique avait aussi trouvé d'autres stimulants dans les textes qu'on nous communiqua, comme le Nombre Musical de Dom Mocquereau, prédécesseur de Dom Gajard à Solesmes et la méthode de Dom Survol de l'abbaye de Montserrat, en Espagne.

Tout ce travail devait porter des fruits pour moi-même et pour la carrière de Charles-Émile Gadbois, si fidèlement retracée dans la biographie dont on m'a fait l'honneur de rappeler les quatre années antérieures.

Clément Morin, p.s.s.


Hommage à l'abbé Charles-Émile Gadbois, fondateur de la Bonne Chanson


Depuis sept ans déjà, je participe à l'organisation du concours annuel consacré à la CHANSON FRANÇAISE. Si j'ai accepté de présider le JURY de la FONDATION ABBE CHARLES- ÉMILE GADBOIS, c'est à cause de mon amitié pour les frères Gadbois.

J'ai eu le plaisir de rencontrer l'abbé Gadbois grâce à son frère, l'homme d'affaires, Raoul D. Gadbois. Quelques semaines plus tard, je fus invité à une réunion de la Société du Bon Parler français à Saint-Hyacinthe. À la suite de cette réunion, l'abbé Gadbois nous invita à son bureau au Séminaire, là même où sont nés les cahiers de La Bonne Chanson.

Je fus immédiatement frappé par la volonté de l'abbé de promouvoir la culture française au Canada. De cette rencontre naquit une longue collaboration qui dure encore.

Je garde un souvenir ému de nos relations et je suis en même temps heureux de pouvoir rendre hommage à l'abbé.

Aujourd'hui grâce à la FONDATION ABBÉ CHARLES- ÉMILE GADBOIS, NOUS CONTINUONS SON ŒUVRE en favorisant de jeunes artistes et en les encourageant par des bourses à continuer leurs études pour chanter en français. C'est ainsi que continue l'esprit de l'abbé Charles-Émile Gadbois. BRAVO!

Ferdinand Biondi
Ex-Directeur général du Conseil des Arts de Montréal et
Ex-directeur général adjoint de la station C.KA.C.


Un modeste inspirateur de grands résultats

Des réunions de scouts et de guides en ont profité. Et combien de réunions familiales ont été réanimées par les livres à reliure en spirale de « La Bonne Chanson » qui traînaient habituellement autour du piano où maman ou la soeur ainée jouait? Combien de soirées qui tombaient à plat ont repris piquant et vie aussitôt que quelqu'un sortait un des livres du regretté abbé Charles-Émile Gadbois dont il y eut plusieurs éditions, même quelques-unes en format de poche?

Je suis particulièrement heureux, aujourd'hui, de m'associer aux autres membres de la Fondation , créée en 1986, pour rendre hommage à cet illustre visionnaire, dans son désir de publier un livre pour souligner les mérites auxquels s'associe son nom.

En puisant dans le vieux répertoire français, en s'inspirant sur les ailes du folklore, l'abbé Gadbois a réussi à faire chanter le Québec, l'Ontario, le Nouveau-Brunswick, le Canada, la Nouvelle-Angleterre et plus de douze autres pays. Comme pal­ marès, c'en est tout un! Parce qu'il a regroupé des vieilles chansons avec lesquelles nos grand-mères nous ont bercés ou qui faisaient pleurer nos grand-pères, feu l'abbé Gadbois a joué un rôle de pionnier et la cause française en Amérique lui en doit reconnaissance. Il a propagé et inculqué l'amour de la chanson française en Amérique. Cet exemple de fierté a été partout un germe de survivance.

L'abbé Gadbois s'est inspiré à la meilleure source puisque c'est celle qui a guidé nos ancêtres normands, picards, bretons et autres, dans leurs efforts pour ouvrir ce pays et même ce continent à la civilisation, peu importent les difficultés. Que de foi, courage et ténacité leur a-t-il fallu? C'est aussi le message que nous véhiculent les chansons de ces mêmes marins, agriculteurs et pionniers toujours capables de bien se distraire, autour du feu, après un dur labeur.

Grâce à lui, des jeunes qui l'ont peut-être moins bien connu, sauf sous le souvenir de chansons qui ont bercé leur enfancr ont pris goût à la bonne musique et nous enrichisses_ aujourd'hui de leur succès et de leur renom dont l'honneur retombe sur nous.

Je pense aussi qu'il y a peu d'auteurs de nos chansons populaires contemporaines qui puissent de même, dans leur oeuvre, nier une lointaine influence de «La Bonne Chanson» de l'abbé Gadbois, même si les rythmes ont changé pour devenir plus endiablés au diapason d'une vie moderne qui oublie souvent l'humain.

Donc, les feuilles de l'arbre modestement planté par l'abbé Gadbois ont prospéré en une forêt riche et nombreuse, car les répercussions se sont fait sentir partout. C'est un grand Québécois auquel nous devons rester attachés par l'affection depuis qu'il nous a malheureusement quitté en 1981.

«Partons, la mer est belle...» Qui n'a pas entendu ou fredonné cette chanson, peut-être la plus connue de toutes celles de l'abbé Gadbois. Ce prêtre exemplaire mérite toute notre reconnaissance pour avoir, par une idée de génie, contribué à asseoir sur des bases solides la culture française en Amérique alors que le mariage avec l'anglais est devenu une nécessité historique.

Cette semence de l'abbé Gadbois a rendu plus de mesures que tous les rêves de cet apôtre éclairé et dévoué.

Me Normand Grimard, c.r., sénateur


La Bonne Chanson de l'abbé Charles-Émile Gadbois


Chez nous, la joie de vivre et la gaieté d'antan se sont souvent traduites par des danses et des chants. À ce dernier titre, nous devons beaucoup à l'abbé Charles-Émile Gadbois, un grand patriote du Canada français pour sa part dans la diffusion de La Bonne Chanson. Ce qu'il a fait pour la langue et la culture française mérite d'être signalé.

Qui d'entre nous, de la génération adulte aujourd'hui, n'a pas, dans les années quarante et après, fredonné quand ce n'était participé à une chorale puisant les chansons dans sa publication « La Bonne Chanson »; ainsi il nous a donné un art à la portée de tous.

En 1938, un comité de l'Instruction Publique du Québec, à juste titre, en recommandait l'utilisation dans les écoles, ce qui eut un effet fort bénéfique, et subséquemment, la décision du conseil de l'Instruction Publique du Québec l'approuvait comme manuel scolaire, ce qui fut une excellente décision, car la chanson à l'égal du théâtre, de la musique, de la littérature, nous fait accéder au domaine de l'expression qui a toujours caractérisé la culture.

À mon sens, il nous faudrait, aujourd'hui, s'inspirer du passé, dans une certaine mesure afin de raviver chez nous, l'amour de la bonne chanson.

L'on a défini la chanson, comme étant :

Pièce de vers, le plus souvent d'un style badin, divisée en stances égales, appelées «couplets», se terminant en général par un refrain et qui est destiné à être chantée.

La jeunesse de beaucoup d'entre nous a été enjolivée par ces couplets et refrains et pour ceci, il est important de le signaler, nous devons de fières chandelles à l'abbé Gadbois pour ce qu'il a apporté à la culture et au divertissement du Canada français et ceci comprend le Nouveau-Brunswick où je suis présente domiciliée
.
Mme Claire Kirkland, c.m., c.q., c.r.
Ex-ministre des Affaires culturelles du Québec


Hommage à l'abbé Charles-Émile Gadbois

J'avais quatorze ou quinze ans quand, dans le sous-sol du Séminaire de Saint-Hyacinthe et tout près de l'enfer», bibliothèque des livres condamnés, je reconstituais les albums de La Bonne Chanson, feuille par feuille, avant qu'ils ne partent pour la brochure. Si l'on m'avais dit à cette époque que j'étais un des artisans de l'un des plus grands mouvements culturels du Québec, j'en serais probablement resté bouche bée et ne comprenant pas très bien le sens de cette affirmation.

Tout celà m'est revenu en mémoire un jour que Délégué général du Québec à Paris, Fabienne Thibault me confessa que sa carrière n'eut jamais été ce qu'elle fut si elle n'avait appris LA BONNE CHANSON sur les genoux de sa mère. Et combien de milliers sommes-nous dans ce cas-là? Les albums que j'empilais jadis au salaire étudiant de neuf dollars par semaine se sont entassés par milliers dans le banc du piano d'à peu près toutes les familles québécoises qui avaient la chance d'en posséder un.

Je voyais l'abbé Gadbois tous les jours, la soutane virevoltante, la démarche rapide, pour s'enfoncer dans son bureau et y passer de longues heures à préparer le prochain album de La Bonne Chanson que les institutions d'enseignement attendaient avec une patience à peine contenue. Un matin, il jetta un coup d'oeil par-dessus mon épaule, alors que mon pouce en caoutchouc était posé sur «Le temps des cerises», de Jean-Baptiste Clément. Je l'entendis fredonner quelques notes de mesure de cette chanson puis repartir à ses affaires.

J'appris plus tard que «Le temps des cerises» fut composé par J.B. Clément au moment de la Commune de Paris et qu'il servait de mot de passe ou de signe de reconnaissance des communards aux portes de Paris surveillées par les «Versaillais» de M. Thiers. Associer l'abbé Gadbois à un mouvement révolutionnaire apparaît comme un contresens, mais le rapprochement n'est pas si étrange. En nous faisant chanter les chansons du «cher et vieux pays» d'où sont partis nos ancêtres, l'abbé Gadbois aura contribué dans une puissante mesure à retrouver nos racines et approfondir notre identité. Il aura vécu trois quarts de siècle et consacré deux, par la chan­son, à la conservation de notre mémoire collective. C'est énorme, et l'on se surprend à espérer dans le malheur des temps que nous traversons, qu'il y aura un autre abbé Gadbois pour continuer son oeuvre d'une manière ou d'une autre, afin que les générations qui nous suivront savent d'où elles viennent et où elles s'en vont!

Yves Michaud Montréal, le 3 octobre 1993


L'abbé Charles-Émile Gadbois

C'est un privilège que j'apprécie d'écrire quelques lignes pour souligner la vie intense de l'abbé Charles-Émile Gadbois, le fondateur de La Bonne Chanson.

On le voyait, ici et là, dans les écoles, aux concerts de chant ou de musique, aux fêtes d'anniversaire, aux funérailles, dans les salles paroissiales, partout en Province.

Il a donné dans le temps l'élan qu'il fallait à la survivance de la culture française au Québec et au Canada. Il avait créé son oeuvre pour contrecarrer l'influence néfaste de certaines musiques et chansons. C'est dommage que les gouvernements, les commissions scolaires et les associations vouées, par leurs statuts, à la sauvegarde de la langue française ne fassent pas plus pour aider la population et cet organisme national.

La Bonne Chanson de l'abbé Charles-Émile Gadbois et la Fondation Abbé Charles-Émiles Gadbois (FACEG, qui est la suite logique créée par son frère Raoul) donne des bourses de chant lors des auditions à l'Université de Montréal, aux jeunes de 16 à 29 ans qui peuvent et veulent chanter en français dans notre beau pays.

Les entretiens et les rendez-vous que j'ai eus avec l'abbé Charles-Émile Gadbois m'ont toujours donné l'image d'un homme qui s'est donné à cent pour cent à son oeuvre; il était sociable, religieux et grand croyant; comme mes concitoyens, je garde un bon souvenir de ce grand patriote qui a fait beaucoup pour son pays tant au point de vue religieux que patriotique.

Me Paul F. Renault, c.r. Ogilvy Renault, avocats

Monsieur l'abbé Gadbois,

Votre nom restera toujours associé en ma mémoire avec celui de vos recueils que vous avez appelés « La Bonne Chanson»! Que de beaux souvenirs me viennent à l'esprit en pensant aux trésors universels que contiennent ces cahiers qui me furent si chers.

Curieux d'une certaine musique populaire autre que celle entendue sur les ondes de la radio, curieux également de connaître aussi d'autres musiques que celle de Mozart, Beethoven, Haydn, Schubert et Schuman, pour les nommer dans l'ordre où elles me furent révélées, ce fut votre très beau répertoire de « La Bonne Chanson » que j'ai connu et apprécié par après.

Lorsque l'on est pensionnaire dans un collège, très longues sont les heures à errer en récréation. Mozart et tous les autres grands compositeurs n'existaient que hors les murs. Ce fut donc à vous, Monsieur l'abbé Gadbois que je dois un nombre incalculable d'heures heureuses où j'ai lu et mémorisé quantité de paroles et de musique qui enrichirent ma vie pour toujours! Par cette «Bonne Chanson», j'appris par après, à connaître celle de Gabriel Fauré et plus tard, celle de Paul Verlaine. J'aurais voulu posséder la voix et l'art de Gérard Hasch, que je connaissais par son enregistrement du cycle «Die schône Mallerin» de Franz Schubert, pour mieux goûter encore à l'ivresse merveilleuse qui m'habitait toujours en ces heureuses qui illuminaient de brillantes couleurs les éternels gris et blancs sales des planchers de ciment et des murs.

Merci de tout coeur, Monsieur l'abbé Gadbois, pour ces chansons qui m'ont fait connaître une belle culture populaire, où la vie, l'aventure, l'amour, la mort, la détresse et l'espoir engendraient des sentiments simples et vrais, moralisateurs parfois, et combien sentis par tous ceux qui se donnaient la peine de chanter simplement, avec sentiment, ces belles chansons!

La vie a voulu que nous nous croisions seulement à deux reprises : la première fois, ce fut à l'inauguration de la station radiophonique CJMS, alors que j'y occupais les fonctions de discothécaire en chef et où, parfois, je pouvais programmer certaines musiques directement issues de « La Bonne Chanson». La deuxième et dernière fois, c'était à un Salon du Livre; à cette occasion, vous étiez accompagné de votre soeur, et nous avions évoqué des souvenirs de La Bonne Chanson , de votre projet d'une salle de concert, de votre famille, et beaucoup de votre frère Raoul. Vous m'aviez alors, fort gentiment offert la collection complète de cette fameuse «Bonne Chanson». Il y a environ six ans, je l'ai, à mon tour, offerte à un ethnomusicologue de la République populaire de Chine; vous avez sans doute fait ainsi un autre heureux qui voulait tant connaître ce que l'on chantait au Québec auparavant; il m'a assuré qu'il ferait voir

ces recueils à ses compatriotes.

Croyez que j'aurais aimé mieux vous connaître. Je pense à toutes les conversations intéressantes que nous aurions eues et à tout ce que vous auriez pu m'apprendre...

Pierre Rolland, musicien

Abbé Charles-Émile Gadbois

En 1939, Monsieur Armand Bérubé, alors directeur de «Réveil Rural» à la Société Radio-Canada , m'engagea pour chanter à son émission. J'ai eu le bonheur d'y rester 21 ans.

Après m'avoir entendu chanter à cette émission, l'abbé Charles-Émile Gadbois m'engagea pour chanter à sa nouvelle série « La Bonne Chanson ». Il va sans dire que nous sommes vite devenus de très bons amis. Nous sommes restés plusieurs années à Radio-Canada, ensuite nous sommes passés à CKAC et cela, toujours avec le même succès.

En 1952, l 'abbé Gadbois a obtenu la permission d'ouvrir un poste radiophonique. Il lui a donné le nom de CJMS. Ces lettres signifiaient «Canada, Je Me Souviens». L'abbé Gadbois et moi avons été étudier la radiophonie à un poste de Québec. Par la suite, l'abbé m'a nommé réalisateur de ses émissions. «Vive la Canadienne » était née.

«Vive la Canadienne » était transmise de neuf heures à dix heures du lundi au samedi avec beaucoup de succès. Le samedi l'émission se faisait dans une salle où le public était invité. Je me rappelle les noms de Yoland Guérard, de Robert Savoie et de plusieurs autres vedettes connues invitées à ces émissions.

Je garde toujours précieusement les nombreux disques que nous avons enregistrés chez RCA Victor. Dernièrement, je les ai fait transcrire sur cassettes. Tous ces disques étaient écoutés chez les Franco-Américains aussi bien qu'au Québec.

L'abbé Gadbois était un homme intègre et généreux. Il aimait et encourageait les artistes. Il était aussi violoniste et excellent musicien. Il avait trouvé une formule pour lire les intervalles sans erreur. J'ai adhéré à cette formule et je l'ai enseignée avec succès pendant une quarantaine d'années.

Je me rappellerai toujours de lointains souvenirs. J'ai perdu en lui un ami sincère, un homme qui aimait à répandre le beau, la belle musique et qui était bon pour tous ceux qui l'approchaient.

Toutes ces années passées en compagnie de l'abbé Gadbois ont été pour moi parmi les plus belles de ma carrière de chanteur. Comme il aimait si bien dire : «Un foyer ou l'on chante est un foyer heureux.»

Albert Viau, artiste lyrique et musicien


Au rythme de La Bonne Chanson

Ma vie étudiante s'est déroulée au rythme de La Bonne Chan ­son! J'avais huit ans à peine quand mon grand frère, séminariste à Saint-Hyacinthe, m'apportait précieusement des feuilles de La Bonne Chanson fraîchement imprimées. Quelle était ma joie de me joindre à mes soeurs pour les étudier, les chanter et les mémoriser afin de les chanter à nouveau, sans jamais nous lass vie étudiante, dans les années quarante, cinquante, a La vie

été profondément marquée par la publication de La Bonne Chanson. Son directeur, Monsieur l'abbé Charles-Émile Gadbois, visant à éditer de belles et bonnes chansons, présentées avec art et à un prix très convenable, pouvait-il entrevoir à quel point son oeuvre magnifique allait influencer le climat de nos institutions et la formation des jeunes?

Fondée en 1937, La Bonne Chanson nous parvint en albums alléchants dès l'année suivante. Quelques mois plus tard, le Comité Catholique de l'Instruction Publique de Québec approuvant et recommandant la diffusion de ces recueils dans les écoles, en un temps et trois mouvements, nos pensionnats de la Présentation de Marie devinrent des ruches bourdonnantes où La Bonne Chanson s'installa en maître multidisciplinaire.

Bien sûr, nos «maîtresses» de musique et de chant manièrent avec enthousiasme cette arme de choix pour inculquer chez les étudiantes le goût du chant. Manière habile et agréable de développer l'oreille, de former la voix, de faire saisir le rythme et, il le fallait, c'était la coutume à cette époque, de cultiver la mémoire.

Chaque année, à plusieurs reprises, nous avions des soi­ rées de La Bonne Chanson préparant le récital auquel Monsieur l'abbé Gadbois venait comme invité de marque et comme juge de nos performances en chant choral.

La Bonne Chanson enrichit encore nos cours de français en nous fournissant l'occasion de développer presqu'a notre insu le goût de la pooésie. Qui de nous n'a pas pas savouré tant de cadences harmonieuses et plus nous n a '' d'une se sont aventurées à allonger ou à modifier une jour. Je me souviens avec bonheur des cours de dessin où nous tentions de reproduire les gracieux croquis de Soeur Sainte Hortense, p.m., ornant les pages des albums précieux.

En 1948, le Conseil de l'Instruction Publique du Québe c approuva comme manuels scolaires «La Bonne Chanson à l'école», manuels appropriés aux divers degrés de l'élémentair e et du secondaire. On offrait dans cet outil de choix les données de la pédagogie la plus attrayante pour l'apprentissage du solfège.

J'avouerai sans ironie, qu'en ces décades, La Bonne Chanson était un de nos livres de chevet. Heureuses celles d'entre nous qui, à la distribution des prix, recevaient un ou deux albums de la collection imposante! Nous chantions dans nos moments de détente, nos longues «promenades» à la campagne, nos pique-niques, nos explorations de botanique, nos soirées dominicales... La Bonne Chanson sur nos lèvres prolongeait notre entrain dans les corvées fastidieuses de nettoyage et ensoleillait les moments grisâtres. Chanter nous gardait l'âme en fête! La ronde variée de la collection de La Bonne Chanson servait de trame tantôt pour rythmer nos danses folkloriques, tantôt pour exprimer nos rêves d'amour; parfois à décrire les beautés pittoresques de notre pays ou bien encore à renforcer nos liens avec la France. Elle enracinait notre fierté patriotique, nous faisait découvrir les couleurs vives de notre terroir; elle contribuait à élever nos coeurs, à chanter notre foi.

Aujourd'hui, en ressassant mes souvenirs d'étudiante, je ne puis taire ma gratitude envers l'abbé Charles-Émile Gadbois qui, par son oeuvre, me permit de réaliser dans mon jeune âge que :

CHANTER, c'est retrouver le poète qui sommeille en nous et le faire s'épanouir;

CHANTER, c'est rendre harmonieux le moment sans éclat;

CHANTER, c'est communier à la beauté, c'est célébrer la vie;

CHANTER, c'est dire en poésie sur un ton mélodieux son attachement à ceux qu'on aime; à Celui qui nous ouvre à l'amour.

Lucille Blanchet
Présentation de Marie
Saint-Hyacinthe