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L'abbé Charles-Émile Gadbois, professeur au séminaire,
puis fondateur de La Bonne Chanson

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Charles-Émile Gadbois ayant accédé à la prêtrise, revient à son Alma Mater, le Séminaire de SaintHyacinthe, en septembre 1930 où il est nommé professeur en Éléments français et directeur de l'harmonie.
Non content de lui confier ses tâches d'enseignant, on lui donne également peu après, la direction de la chorale des Saints-Anges où il faisait chanter des cantiques français pendant les messes du dimanche matin.
Dans les années qui suivirent » le Supérieur du Séminaire demande au jeune abbé Charles-Émile Gadbois d'enseigner la liturgie en Belles-Lettres, la morale en classe de Rhétorique et le solfège dans toutes les classes, tâches dans lesquelles excellera le professeur Charles-Émile Gadbois.
Pendant environ sept ans, l'abbé Gadbois sera également professeur de violon et directeur de l'orchestre du Séminaire. «C'est vers 1936 que nous avons joué au Séminaire le fameux opéra Joseph, de Méhul» écrit lui-même Charles-Émile Gadbois de sa main dans con curriculum vit et il ajoute : «Ainsi Dieu me préparait à mon insu à réaliser l'ceuvre de ma vie : La Bonne Chanson.»
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Comment et pourquoi est née La Bonne Chanson

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Continuons de laisser parler l'abbé Gadbois à ce propos pour nous dire comment lui vint l'idée de fonder « La Bonne Chanson».
Au mois de juin 1937, Mer Camille Roy de Québec vient faire une conférence au Séminaire de Saint-Hyacinthe à l'occasion du troisième congrès de la Langue Française.
Au cours de sa conférence, il avait dit ceci : «Un des meilleurs moyens de conserver et de cultiver l'esprit français c'est de chanter et de faire chanter le plus possible nos belles chansons canadiennes ou françaises.» Ce fut une parole providentielle. Mgr Camille Roy, recteur de l'université Laval à Québec et président du Comité de la Survivance française en Amériqu a donc été celui qui, en cette année 1937, au cours de laquell le prélat venait d'animer le deuxième congrès de la langu française tenu au Québec, a convaincu l'abbé Gadbois d'agi en faveur des «bonnes chansons françaises» en lui disant, l'issue de sa conférence et en présence du chanoin Archambault, supérieur du Séminaire de Saint-Hyacinthe «Vous, vous devriez faire quelque chose pour propager nos belles chansons. Vous feriez là une oeuvre magnifique!»
Et l'abbé Gadbois de lui répondre : «Monseigneur, je vous promets que je vais faire tout mon possible», convaincu déjà qu'il fallait agir pour contrebalancer l'influence des postes de radio qui diffusaient à longueur d'année les chansons anglaises et américaines, de la musique de jazz et aussi les chansonnettes populaires françaises de Maurice Chevalier, Édith Piaf, Tino Rossi et autres vedettes de l'heure.
Or, le clergé tout puissant de l'époque n'aimait guère voir la jeunesse se trémousser sur des rythmes étrangers, lascifs ou langoureux (les danses modernes étaient mal vues et même condamnées par certains curés en chaire) et fredonner des chansonnettes jugées trop légères ou grivoises. Il n'y avait à ce moment-là que peu d'activités culturelles en français au Québec comme dans tout le Canada français, la télévision n'existait pas encore, le cinéma français, malgré les louables efforts de FranceFilm et de son président J.A. De Sève, futur fondateur de Télé-Métropole, était un parent pauvre au regard de l'invasion des films américains présentés en version originale anglaise la plupart du temps. (Au fait, est-ce que ce n'est pas encore le cas de nos jours, quant au sort des films français au Québec?)
Les «chansonniers» québécois n'existaient pas non plus l'époque et on voulait donc «normaliser» la chanson et donne le goût, non seulement aux jeunes, mais aux familles, de chanter ensemble de belles chansons de folklore français et d'autres plus actuelles. «Un foyer où l'on chante est un foyer heureux», fut l'un des slogans de La Bonne Chanson lancée par l'abbé Gadbois qui écrivit aussi la petite chanson-thème en quelque sorte de sa jeune et nouvelle entreprise : «Venez garçons et filles, chanter la Bonne Chanson, ça se chante en famille, le soir à la maison.»
Dans son esprit de pédagogue, il ne suffisait pas de dire vaux jeunes : Ne chantez pas ceci ou cela, cette chanson est vaulgaire, pas recommandable. Il faut leur dire : «Chantez, voici une belle chanson, et puis une autre et une autre en- core!» Voyons encore comment l'abbé Gadbois définit lui-même son œuvre : ...La Bonne Chanson est une oeuvre éducative, moralisatrice et patriotique.
Mon but a toujours été de fournir à mes compatriotes des chansons honnêtes et bien faites pour lutter contre les chansonnettes françaises et le jazz américain.
Pendant dix-huit années que j'ai été à La Bonne Chanson, il y a environ 150 millions de chansons qui ont été répandues au Canada et dans le monde entier en particulier dans les pays de missions d'où une religieuse m'écrivait «À certains jours, on se passerait plus facilement de pain que de chansons.»
C'est à cette tâche ardue que s'attaque alors l'abbé Gadbois. Il se trace donc un programme pour l'année scolaire 1937 1938 qui va bientôt commencer : fournir à chacun des élèves du Séminaire de Saint-Hyacinthe une chanson par semaine sous le titre «La Bonne Chanson» et cela, sans prétention, avec une modeste machine à copier.
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Lancement et progrès rapides

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La première chanson publiée en est une à la fois d'inspiration religieuse et patriotique, «La feuille d'érable», que nous reproduisons dans ces pages. Charles-Émile a l'idée d'offrir aux trois cents élèves du Séminaire de payer un abonnement, en homme d'affaires éclairé qui ne gagne alors que vingt dollars par an (sic) comme professeur.
Un de ses collègues aujourd'hui retraité, le Révérend Père Georges Cournoyer, nous dira, lors de notre visite au Séminaire de Saint-Hyacinthe pour y recueillir documents et information en vue de la rédaction de ce livre : «C'est moi qui ai Compté toutes les copies imprimées de La feuille d'érable dans la chambre de l'abbé Gadbois.» Et un autre confrère également retraité, l'abbé J.-P. Saint-Laurent, nous dira de son coté : «J'ai tourné les premières chansons publiées à la petite polycopieuse achetée par Charles-Émile et installée au sous-sol du Séminaire, sous la chapelle.»
C'est à cet endroit que sera aménagé l'atelier et les bureaux de La Bonne Chanson par la suite. Le succès est immédiat, car bientôt professeurs et élèves des autres écoles et couvents de Saint-Hyacinthe et de la région voulurent à leur tour profiter de l'aubaine à un cent la chanson après avoir reçu un échantillon dans leurs établissements respectifs. Quelques semaines plus tard, le nombre des abonnés s'élève déjà à 1 500 et augmente de jour en jour.
L'abbé Gadbois est un homme d'action qui ne tergiverse pas et ne lésine pas sur les moyens. Il achète une machine à imprimer électrique tirant plus de mille copies à l'heure. Rendu à deux mille abonnés, il tirait déjà plus de cinq mille exemplaires et à la fin de décembre 1937, dix chansons avaient déjà été publiées. La Bonne Chanson était née et faite pour durer.
Dès janvier 1938, La Bonne Chanson entre dans une nouvelle phase avec une large diffusion dans toute la province de Québec et dans tout le Canada français et jusque chez les Franco-Américains de tous les États de la Nouvelle- Angleterre aux États-Unis.
La preuve était faite du besoin, de la nécessité d'une nouvelle oeuvre et cela suffit à convaincre le directeur-fondateur de La Bonne Chanson d'améliorer ses publications. L'abbé Gadbois adopte alors le procédé photo-lithographique qui permet la reproduction de dessins et d'illustrations mais qui est d'un coût naturellement assez élevé. Il se procure aussi un adressographe avec les adresses des abonnés sur plaques métalliques.
Ces dépenses sont pleinement justifiées car les prévisions sont vite dépassées. En quelques mois, le nombre des abonnés atteint sept mille et le papier pour les impressions entre à l'atelier du Séminaire au rythme d'une tonne par mois.
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Une marche ascendante spectaculaire
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À l'été de 1938, l'abbé Gadbois fait un voyage en Europe afin de se procurer chez des éditeurs les droits d'auteur de plu sieurs chansons célèbres et populaires comme «Le Credo du paysan» et «L'Angélus de la Mer» par exemple, car il faut dire que l'on ne peut reproduire gratuitement une oeuvre musicale ou littéraire que lorsqu'elle est tombée dans le domaine public, c'est-à-dire cinquante ans au minimum après la mort de auteurs, compositeur et parolier.
Son voyage est bénéfique puisqu'il revient au Canada avec l'autorisation de reproduire quelques centaines de chanson et dans sa tête a germé un plan quinquennal visant à publi cinquante chansons pendant cinq années consécutives av un sens inné des relations publiques, de la promotion et de la publicité qui ne le quittera jamais. L'abbé Gadbois profite également de son voyage en Europe pour remettre au Pap Pie XI à Rome, un exemplaire du premier album de La Bon Chanson qui contient des chansons du folklore, d'autres d Théodore Botrel, 1'4 Carillon» de Crémazie et «O Canad mon pays, mes amours», de Georges-Étienne Cartier.
Dès son retour, on procède à l'aménagement de vaste ateliers et d'un laboratoire de photographie car l'abbé Gadboi se procure l'équipement photographique pour faire sur plac tous les clichés nécessaires à l'impression.
En octobre 1938, le Comité Catholique du Conseil d l'Instruction Publique approuve l'album de « La Bonne Chan son» et en recommande la diffusion dans toutes les écoles. Il a maintenant plus de 10 000 abonnés à la fin de cette deuxième année d'existence et plusieurs employés ont été engagés pour remplacer les quelques religieuses et élèves qui donnèrent u bon coup de main dans les débuts. C'est qu'à ce moment-là, le personnel de La Bonne Chan son doit honorer des demandes pour plus d'un million et dem d'exemplaires et les commandes ne cessent d'affluer. La partie est gagnée et l'expansion de « La Bonne Chanson » ne cessera désormais de prendre de l'ampleur au cours des années à venir comme nous allons le voir.
L'abbé Gadbois s'est endetté pour faire son voyage en Europe et acheter les droits d'auteur pour les chansons qu'il rapporte et dont certains s'élèvent jusqu'à quelques centaines de dollars par chanson, ce qui est une somme très élevée pour l'époque et qu'il faudrait au moins multiplier par dix ou par vingt de nos jours, cinquante et quelques années plus tard... Et puis, il y a aussi l'achat du matériel d'imprimerie et les salaires à payer. Il devrait emprunter pour cela et il rembour serait ses dettes en deux ans.
À ce propos, l'abbé Gadbois est un bon patron. Sa générosté proverbiale on en verra d'autres exemples dans les chapitres à venir ne se dément jamais. Les relations de travail sont excellentes et calquées sur l'esprit de La Bonne Chanson qui prône les valeurs de la famille dans un contexte un peu paternaliste. C'est ainsi que des dix employés tous des hommes —les trois célibataires reçoivent soixante-dix cents de l'heure. En se mariant, ils obtiennent une gratification de cent dollars (ce qui est beaucoup d'argent en 1938) et une augmentation de cinq cents l'heure.
À la naissance de chaque enfant, gratification et augmentation nouvelles viendront s'ajouter automatiquement et sans limite aucune. Quant à l'abbé Gadbois, il travaille ferme aux côtés de ses employés, ne ménageant ni son temps ni sa peine.
En effet, il commence à écrire des chansons et à en composer la musique. C'est ainsi qu'on doit plus de cent chansons et cantiques à l'abbé Gadbois qui, selon le genre, profane ou sacré de l'oeuvre, signait tantôt de son nom, tantôt de pseudonymes tels que Paul Arel ou encore DO-MI-SOL parce que ces trois notes de musique en anglais se nomment C.E.G., sont les initiales de son nom.
À ce moment, nous sommes à la fin de l'année 1938, l 'abbé Gadbois est déjà très connu à travers le Canada et il reçoit de plusieurs personnalités de beaux témoignages éloquents qui consacrent son oeuvre naissante mais fort bien ancrée en peu de temps.
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Voici, l'exemple, la lettre que lui adresse son évêque, Mgr Decelles, le 15 septembre 1938 :

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Évêché de Saint-Hyacinthe Le 15 septembre 1938
M. L'abbé Charles-Émile Gadbois Séminaire de Saint-Hyacinthe
Cher Monsieur l'abbé,
Je viens de recevoir le magnifique recueil de « La Bonne Chanson », que vous venez de publier à l'intention de la jeunesse des écoles. Il convient de vous en féliciter; car il est grand temp s de lutter contre la chanson vulgaire et de mauvais goût (pour n'en pas dire davantage) qui ne manque pas d'avoir de très mauvais effets et finit par fausser la mentalité.Vous vous proposez de «moraliser la chanson» et vous le faites merveilleusement. Votre recueil se présente dans une toilette artistique rarement égalée; il contribuera à faire renaître chez notre jeune génération, la culture et l'esprit français, et le bon goût qui les caractérise.
Je vous bénis donc de tout coeur ainsi que votre oeuvre, et je souhaite que tous les éducateurs et éducatrices se fassent un devoir de collaborer à la diffusion de «La Bonne Chanson»...
Puisse le succès récompenser le dévouement et les sacrifices que vous vous imposez pour notre jeunesse étudiante.
F.Z. Decelles
Évêque de Saint-Hyacinthe
Et encore, quelques semaines plus tard, une lettre de Montréal, en date du 6 octobre 1938, signée Gérard Delage, avocat, homme d'esprit et gastronome averti, qui deviendra l'un de ses amis comme il fut aussi celui de son frère Raoul :
Montréal, ce 6 octobre 1938
Gérard Delage avocat
Monsieur l'abbé Charles-Émile Gadbois Séminaire de Saint-Hyacinthe
Saint-Hyacinthe
Cher monsieur l'abbé,
J'ai toutes les excuses du monde à vous offrir, pour ne pas vous avoir remercié avant aujourd'hui du généreux présent que vous m'avez fait en m'envoyant votre volume «La Bonne Chanson».
La reliure en est tout à fait splendide, et les pièces qu'il contient sont réellement du meilleur goût.
Avec de telles qualités, il n'y a aucun doute qu'elles conti nueront à connaître le succès grandissant qu'elles ont connu jusqu'à aujourd'hui.
Lors de ma prochaine visite à Saint-Hyacinthe, je compte bien profiter de l'occasion pour aller vous remercier de vive voix, et pour parler musique. Je ne suis moi-même qu'un vulgaire profakie, mais mon épouse adore la musique, et elle aimerait beaucoup vous rencontrer de nouveau.
Si par hasard vous passiez par Montréal, vous pourrez toujours frapper à 2063 Union, vous y serez toujours le bienvenu.
Avec mes meilleures amitiés, ainsi que celles de mon épouse je demeure,
Cordialement vôtre Gérard Delage
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Le 7 novembre de cette même année, l'évêque de Hâve Saint-Pierre et vicaire apostolique du golfe Saint-Lauren Mgr Labrie, écrit à l'abbé Gadbois la lettre suivante :
Évêché du Hâvre Saint-Pierre
Hâvre Saint-Pierre, 7 novembre 1938
Monsieur l'abbé Chs. Émile Gadbois Saint-Hyacinthe
Monsieur l'abbé,
Je regrette de n'avoir pu vous remercier plus tôt de votre magnifique manuel. Je voyageais dans le temps et je ne suis arrivé chez moi que depuis une semaine pour y trouver beau• coup de correspondance et votre liure.
Je vous avoue que j'ai toujours eu un peu la passion des belles chansons que vous nous offrez sous une forme si artis tique. Comme je vous félicite de cette idée, et comme je souhai à vos chansons de résonner partout dans nos foyers. C'est u trésor que nous ignorons trop souvent, et que vous êtes en trai de remettre à jour. Soyez assuré de l'humble coopération d'u pauvre vicaire apostolique.
Au conseil de l'Instruction publique, on nous a beaucoup vanté votre oeuvre. On avait raison. On a parlé de diffusio par abonnement, ce serait l'idéal. J'aimerais être au coures de ce que vous ferez dans ce sens à l'avenir. J'espère bi pouvoir vous commander quelques volumes dans quelqu temps, et vous procurer des abonnements si vous adoptez cette forme de diffusion.
Votre tout religieusement dévoué en Jésus et Marie,
Labrie
Év. de Lima ta
Vic. Apost. du Golfe Saint-Laurent
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Les dix commandements de «La Bonne Chanson

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Une autre personne aura un jour l'idée d'écrire «Les commandements» de «La Bonne Chanson», monsieur Rochon, un instituteur de Saint-Ambroise de Kildare dan comté de Joliette, qui les envoie à l'abbé Gadbois. Voici ces commandements :
La Bonne Chanson tu chanteras En famille régulièrement.
Les jeunes et les vieux tu égayeras Par tes chants de temps en temps.
Avec tes amis, tu n'oublieras pas De chanter honnêtement.
Dans tes moments libres, tu apprendras Quelques chansons bien lentement.
Dans les réunions, tu t'efforceras De faire ta part convenablement.
N'oublie pas que «La Bonne Chanson» Est pout tout le monde pareillement.
Les chansons en groupe tu dirigeras Le plus possible parfaitement.
Beaucoup de bien tu feras À ton entourage mêmement.
Ta vie entière s'écoulera Dans la paix entièrement.
Souviens-toi qu'à «La Bonne Chanson» L'abbé Gadbois se dépense fidèlement.
Nous voici donc rendu à l'année 1939 qui verra hélas s déclencher la Deuxième Guerre mondiale en septembre. Cett année de crise politique internationale est grave aussi sur 1 plan intérieur au Canada et aux Etats-Unis où l'on souffr depuis le début de la décennie des néfastes effets de la grand crise économique déclenchée par le fameux Krach de la Bours à New York près de dix ans auparavant. Et pourtant, cel n'affecte guère La Bonne Chanson qui poursuit allègremen son cycle ascendant, à tel point que vers la fin de l'année, en novembre 1939, sa popularité est telle qu'elle retient l'attention des publicitaires.
«Tour à tour, est-il écrit dans un bref historique dû plume de M gr Léo Sansoucy, du Séminaire de Saint-Hyacintl; la compagnie Proctor & Gamble, la compagnie Kellog et le Journal des Agriculteurs font éditer des albums pour les donner en prime à leurs clients.» Nous nous devons de souligner ici, qu'entre temps, l'abbé Gadbois a offert à Sherbrooke à Sa Majesté la reine d'Angleterre, aujourd'hui la Reine ; Mère, en visite officielle au Canada avec son royal époux Georges VI, les albums de «La Bonne Chanson» destinés leurs filles, les princesses Elizabeth, aujourd'hui Elizabeth et Margaret. Il reçoit en retour la lettre suivante en guise remerciements :
S.S. Empress of Britain At sea June 19th, 1939
Dear Sir :
I am commanded by the Queen to thank you very much for your kind gift of the Book of Poems.
Her Majesty asks me to say that she appreciated this excellent work very much indeed.
Yours trul
Lord Chamberlain to the Quee
Monsieur Charles-E. Gadbois, ptre., Directeur de La Bonne Chanson, Séminaire de Saint-Hyacinthe
Autre témoignage plus proche celui-là, mais non le moindre, cette lettre du chef de l'Opposition à l'Assemblée Législative du Québec (l'Assemblée Nationale de nos jours) signée par l'Honorable T.D. Bouchard, député et l'un des fils illustres de Saint-Hyacinthe qui joua un rôle important sur la scène politique provinciale pendant de longues années.
Assemblée Législative
cabinet du chef de l'Opposition
Québec
Saint-Hyacinthe, le 12 novembre 1938
Monsieur l'abbé Charles-Émile Gadbois Séminaire de Saint-Hyacinthe
En Ville
Cher monsieur Gadbois,
Je profite de mon premier moment de liberté pour vous dire que je ne vous ai pas oublié, non plus que votre invitation.
Pour vous dédommager faiblement et vous montrer ma reconnaissance pour le don que vous m'avez fait de votre beau recueil de bonnes chansons, je vous envoie un petit chèque que vous voudrez bien recevoir comme venant d'un des meilleurs amis de votre famille.
Si je puis trouver un moment de libre, je me rendrai à l'invitation que vous m'avez faite de visiter votre installation au Séminaire.
Votre tout dévoué,
T.D. Bouchard
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Conférence concert de la Société du Bon Parler français

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Durant l'année 1940, La Bonne Chanson poursuit son ascension et son expansion avec un vif succès et en novembre, la Compagnie RCA Victor commence à enregistrer sur disques les chansons de la collection, ce qui va donner un essor accru grâce à ce nouveau volet d'activités.
Il faut dire que l'abbé Gadbois ne ménage pas ses efforts personnels pour donner l'élan voulu à son oeuvre. On le voit partout, il se multiplie, acceptant toutes les invitations pour assister à des soirées au Québec, en Ontario et jusque dans plusieurs paroisses canadiennes-françaises aux Etats-Unis, dans les États de la Nouvelle-Angleterre.
On le voit également participer aux nombreuses conférences-concerts que donne chaque année la Société du Bon Parler français et son président-fondateur, le professeur Jules M assé, dans le cadre de ce qu'il appelle les croisades linguistiques et patriotiques du Bon Parler français. L'abbé Gadbois devient un grand ami de Jules Massé et tous deux trouvent que «Bon Parler» et «Bonne Chanson» constituent une heureuse alliance, un véritable mariage d'amour et de raison à la fois en faveur du maintien et de l'épanouissement de la culture française en Amérique.
Ce travail d'équipe, perdurera à la mort prématurée de Jules Massé à la fin de mai 1950 et alors que lui succède à la Société du Bon Parler français, son frère, Me Paul M assé, avocat, polyglotte parlant huit ou neuf langues et qui allait devenir durant la Deuxième Guerre mondiale, le vice-président du Bloc Populaire avec des amis et camarades de combat, tant sur le plan fédéral que provincial, tels que Jean Drapeau, André Laurendeau, Maxime Raymond, Michel Chartrand, qui deviendra le bouillant chef syndical que l'on connaît et sa dévouée épouse, Simone Monet-Chartrand, décédée récemment et plusieurs autres.
L'abbé Gadbois présent partout devient une figure populaire dont la photo était publiée en première page de chaque album de La Bonne Chanson. A ce propos, faisant acte d'humilité, notre abbé demande un jour à son évêque, Mgr Decelles, s'il devrait continuer de mettre son portrait à la une des albums de La Bonne Chanson qu'il vendait ou donnait et dans ses notes personnelles que nous avons pu trouver aux archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe, l'abbé Gadbois écrit : «Alors, il (Mgr Decelles) m'a répondu à peu près ceci : «Certainement, t'es pas joli, mais les gens aiment ça voir «la face» du gars qui fait ça, alors continue donc de la même façon.»
Il est intéressant de voir ce qu'étaient les ateliers de La Bonne Chanson dès la fin de l'année 1940. Lisons à ce sujet le récit qu'en fait Léopold Allard dans l'édition du 13 décembre 1940 du journal à «Le Clairon» de Saint-Hyacinthe sous le titre «Une Chanson» :
Succès merveilleux — 5 000 000 copies de chansons
— Saint 150 000 cartes de Noël
— Son directeur : l'abbé Charles-Émile Gadbois. Oeuvre patriotique — Coopération
Un groupe de la Chambre de Commerce des Jeunes de Saint-Hyacinthe a visité le 4 décembre dernier, « La Bonne Chanson », dirigée par l'abbé Charles-Émile Gadbois, du Séminaire.
Les ateliers sont aménagés sous la magnifique chapelle du Séminaire, et l'abbé Gadbois y a fait construire, avec un goût re marquable, les locaux nécessaires.
C'est d'abord la «réserve», salle ceinturée d'armoires où sont classées les chansons. Il y en a là des milliers, et pourtant c'est encore trop petit puisqu'on a dû utiliser le reste du sous- sol où s'aligne une longue théorie de tables chargées de ces copies qui partiront dans quelques jours et seront remplacées par d'autres qui subiront le même heureux sort d'aller chanter par tout le continent la pensée française.
Entrons dans la chambre photographique. Un monstre noir, flanqué deux yeux puissants, deux réflecteurs, est campé sur un pied chromé : c'est l'appareil qui agrandit ou rapetiss e les dessins à volonté et qui obtient les négatifs requis.
On y voit également plusieurs caméras et ciné-caméras de grande valeur et de précision hors ligne. Ici, un sécheur de films, là un classeur à plaques. Dans un coin, un coffre-fort garde jalousement des centaines de précieux clichés De là, on passe à la chambre noire. L'installation est complète et moderne. Agrandisseur, bassin rotatif, châssis pneumatique pour l'impression des plaques de zinc, sécheur, table à retoucher, acides, etc., rien ne manque, car « La Bonne Chanson » photographie et développe ses propres clichés. La grande salle d'impression. Il y a d'abord le service graphique : clavigraphe pour écrire la musique, dactylographe électrique comportant près de trente caractères différents. Le service d'impression : c'est le «Multilith, appareil photolithographique d'une capacité de 5 200 copies à l'heure; et le service d'expédition : tranche à papier, brocheuses, adressographe électrique comportant 12 000 adresses.
Nous passons au bureau de « La Bonne Chanson ». Tout l'ameublement est en chêne sculpté, depuis le magnifique bureau jusqu'à la patère. La sculpture est l'oeuvre de l'abbé Raoul Martin, artiste bien connu du Séminaire.
Un appareil enregistreur équilibre une bibliothèque et une discothèque renfermant une magnifique collection de disques. Près d'un violon, qui n'est nul autre qu'un «Kaul», un élégant lutrin fait garde fièrement. On sait que le violon «Kaul», a remporté, en Europe, le premier prix dans un concours de sonorité déclassant même le «Stradivarius».
«C'est à dessein, nous dit l'abbé Gadbois, que j'ai fait beau et grand. Il faut vivre dans une atmosphère de beauté pour s'élever; un milieu sombre et froid déprime le meilleur homme. Aussi, je ne néglige rien pour que notre travail soit le plus parfait possible : Je vis au mieux et dans l'outillage et dans la papeterie, car comme vous le remarquez sur la sentence murale que l'on fait pour le Bon Dieu n'est jamais trop bien fait» et en outre la culture française mérite d'être bien habillée!
« Bonne Chanson», continue son directeur, n'a que trois ans d'existence. Elle a débuté en septembre 1937, avec minéographe, 5,000 feuilles de papier... et mon idéal, qui est diffuser la bonne chanson dans chaque foyer canadien-français. La première année, nous avions 6 500 abonnés; la seconde, 8,5ooo la troisième, 20 000. À date, nous avons édité sées à travers le Canada et l'Est des États-Unis. Nous antici pons au moins 30 000 abonnés pour la prochaine année. Incidemment, je dois vous dire que la vente des cartes de souhaits en musique, comportant 10 sujets différents, dépasse actuellement 150 000.
«J'avais en tête un plan «quinquennal» suivant lequel nous éditerions 50 chansons nouvelles à chaque année. Ce plan a été suivi jusqu'à date, et il sera complété d'ici deux ans.
Plusieurs de nos chansons sont enregistrées sur disques. Vous avez sans doute écouté le quart d'heure de « La Bonne Chanson » au poste CBF. D'autres initiatives sont en voie d'exécution.
N'avez-vous pas fait un voyage en Europe, au sujet de « La Bonne Chanson »? «En effet, répond l'abbé Gadbois, aux vacances de 1938, je me suis rendu chez nombre d'éditeurs français aux fins d'obtenir l'autorisation d'éditer certaines chansons, sur lesquelles exister existent des droits d'auteur. La tâche a été difficile fofincsilseu et t coûteuse, mais j'ai rapporté 250 autorisations. Je puis ajouter en filière, 4 500 chansons différentes, dont, cependant, certains droits de reproduction n'ont pas encore été obtenus.»
« À bon attribuez-vous le succès merveilleux de votre oeuvre?»
Bonne Chanson, répond son directeur, a voulu dès le début être une oeuvre d'apostolat, basé sur une confiance illimitée dans la Providence. Son but négatif est de lutter contre la mauvaise chanson; son but positif, la remplacer par la remplacer par la bonne chanson.C'est donc à la Providence que revient d'abord le succès de La Bonne Chanson. Néanmoins, je n'ai pas négligé les facteurs de succès de toute en treprise. Il y a deux, à mon sens. Vendre un article de tout premier ordre: ça c'est de la part du producteur.
Le deuxième, c'est, de la part du client, la coopération. Si vous vendez un produit de choix, le client sera satisfait, et c'est encore la meilleure annonce! Je dirai plus : ne vous contentez pas de satisfaire votre client, donnez lui plus que ce qu'il anticipe, et vous verrez le résultat merveilleux!
Je viens de parler de coopération. C'est essentiel. C'est grâce à elle que nos éditions se sont diffusées par millions. Nous avons fait le plus beau possible et le moins cher possible. La coopération a fait le reste, et ici je dois dire que je n'ai qu'à me féliciter de ce qu'ont fait les Maskoutains. Je ne dis pas cela pour arrêter leur zèle, car «La Bonne Chanson» ne fait que commencer par comparaison avec ce qu'elle veut réaliser.»
M. Benoît, président de la Chambre des Jeunes, remercia M. L'abbé Gadbois au nom de la Chambre pour l'intéressante et instructive soirée qu'il avait procurée à nos jeunes hommes d'affaires.
Il convient de féliciter chaleureusement le Directeur de «La Bonne Chanson» de cette oeuvre moralisatrice et patriotique. Pour nous, Maskoutains, et pour le Séminaire particulièrement, c'est un honneur de voir un concitoyen si jeune et si méritant travailler avec autant de succès à la diffusion de l'esprit français dans tout le Canada et la Nouvelle- Angleterre. Il prouve éloquemment que le Canadien-français peut réussir s'il le veut et si les siens le supportent. Comme les oeuvres ne vivent pas avec des coups de chapeau, coopérons tous avec l'abbé Gadbois à répandre dans chaque foyer La Bonne Chanson.
«Un foyer où l'on chante est un foyer heureux!»
Léopold Allard Sec. -correspondant
Extrait du journal «Le Clairon»,
Saint-Hyacinthe, édition du
13 décembre 1940
Au début de l'armée 1941, l'abbé Gadbois envoie un exemplaire de chacun des albums déjà publiés au maréchal Philippe Pétain, alors chef de l'État français à Vichy et celui-ci lui répond personnellement le 27 mars 1941 :
Vichy le 27 mars 1941
Le Maréchal Pétain Chef de l'Etat
Monsieur l'abbé,
Le Ministre de France au Canada m'a transmis le recueil de chansons françaises que vous avez bien voulu me dédicacer.
J'ai été si touché de cette délicate attention que je tiens à vous en remercier personnellement. J'y ai vu un témoignage particulièrement émouvant des liens de coeur et d'esprit qui unissent la France à votre beau pays.
Veuillez agréer, Monsieur l'abbé, l'assurance de ma gratitude sincère.
Philippe Pétain
M. L'abbé C.-E. Gadbois Lycée de Saint-Hyacinthe
La Bonne Chanson vole de succès en succès
Avant de parler des succès rapides et sans cesse grandissants des diverses publications de «La Bonne Chanson», il convient de citer ici un appui indirect de taille à cette oeuvre cana dienne-française.
Il s'agit d'un très beau texte du grand poète-dramaturge Paul Claudel, publié au début de janvier 1942 dans le quotidien «Le Droit» d'Ottawa, sous le titre «La chanson française», avec comme surtitre «Discours aux Canadiens». Vu la longueur de ce texte, nous citerons seulement quelques passages on ne peut plus appropriés et en rapport avec le travail de l'abbé Gadbois déjà en plein essor à cette époque.
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