DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

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Prêtres du Monde

auteur

+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.

Rimouski Qc. Canada

Titre de la série :
La vie d'un patriote
Titre de la page:

DISCOURS AUX CANADIENS
La chanson française par Paul Claudel

Nom de l'auteur:
Abbé Charles Émile Gadbois

 

 

Discours aux canadiens La chanson française

auteur L' abbé Charles Émile-Gadbois




Mon collègue et bien cher ami Brugère me dit que les Canadiens n'ont pas tout à fait perdu le souvenir du vieil ambassadeur qui, autrefois, est venu à deux reprises leur porter le salut de la France ancienne, et contempler les assises de cette France nouvelle qui s'édifie, solidement fondée sur la langue et la religion, sur les deux rives du Saint-Laurent. Depuis, ma pensée se reporte bien souvent à cette terre puis­sante où les vertus antiques ont pris de nouvelles racines et où la famille, sans desserrer les liens consolidés par l'épreuve, s'est élargie aux dimensions d'une patrie dont la charte est un sacrement.

Aussi, appelé de nouveau par la bienveillance d'un ami à me rapprocher de mes frères du Canada et à m'asseoir à leur foyer, c'est la chanson française de cette chanson qui comme un vin généreux a si souvent réchauffé le coeur de leurs pionniers et doré, si je peux dire, de sa naïve douceur les lèvres des aïeules et des fiancées, c'est de cette chanson, patrimoine des simples et des braves, que je voudrais vous dire quelques mots...

Il a été de bon ton de s'extasier sur les lieders allemands et sur les ballades écossaises, et les traités professoraux ne contiennent pas une ligne sur ces trésors de fraîcheur, de gaieté, de rêve et de sentiment, sans parler de cet excellent langage imprégné de la sève même de notre terroir, que sont ces chansons dont le rythme et la mélodie à cette seule évocation, chers frères lointains, bourdonne dans votre mémoire et mouille vos yeux d'une larme attendrie...

Réservez, conservez ce trésor, frères Canadiens! Le jour où la musique mécanique, ou le dur jazz américain vous aura fait oublier la parole vivante de vos pères, ce jour sera un triste Jour pour la Nouvelle-France entre Montréal et l'Acadie, et j'espère de tout mon coeur qu'il ne viendra jamais...

J'ai souvent retrouvé dans nos vieux châteaux de France ces albums où nos grands-mères, d'un crayon consciencieux, maladroit et fervent, avaient retracé les spectacles familiers et les figures chéries. Et j'y ai toujours trouvé une qualité d'motion et de charme que la triste photographie est impuissante à fournir. Et mêlées à ces albums, j'y ai trouvé aussi des chansons où la sensibilité et la bonne humeur de nos aïeux célébraient les événements de la famille et les rendez-vous de l'amitié. Conservez, chers amis, cette tradition. C'est l'Égli se même, par la voix des apôtres, qui nous invite à chanter non seulement dans les temples où résonnent tant de beaux c antiques latins et français, mais dans ces petits sanctuaires que sont vos belles familles. Dès qu'il y a un rayon de soleil l'alouette monte au ciel en chantant. Que ne doivent pas faire nos coeurs catholiques continuellement éclairés par le soleil de la vérité?

En mai 1941, la Société des Vigilants de Lewiston, dans le Maine, une ville des Etats-Unis, non loin du Québec et où vit une population franco-américaine de loin très supérieur e en nombre aux autres Américains .anglophones à cette époque, voit dans La Bonne Chanson, le meilleur moyen d'animer une grande manifestation patriotique.

Chargé de cette animation, l'abbé Gadbois prépara, avec la participation des élèves de différentes écoles franco-américaines l'interprétation dramatisée des chansons figurant au programme de cette grande manifestation populaire à laquelle assistèrent plus de six mille spectateurs et spectatrices enthousiastes et conquis.

Le 14 juillet 1941, l'abbé Gadbois reçoit un témoignage éloquent d'un haut dignitaire ecclésiastique en la personne de Mgr Ildebrando Antoniutti, délégué apostolique au Canada, ambassadeur officieux du Saint Siège à Ottawa, les deux Etats, le Vatican et le Canada n'ayant pas encore échangé d'ambassadeurs à ce moment-là.

Ottawa, le 14 juillet 1941 Delegatio Apostolica

Monsieur l'abbé,

J'ai vivement agréé «La Collection de La Bonne Chanson» que vous avez eu la délicate attention de m'envoyer.

Bien reconnaissant de ce témoignage d'attachement au Représentant du Souverain Pontife, j'accompagne de mes voeux les plus sincères l'apostolat que vous dirigez pour la meilleure orientation de la musique au Canada Français.

Avec l'expression de mes sentiments dévoués, je vous envoie une bénédiction particulièrement cordiale.

Ildebrando Antoniutti


Famille Arthur Blaquière et ses enfants


Abbé Charles - Émile Gadbois

L' année suivante, en mai 1942, on célèbre le tricentenaire la fondation de Montréal. Le comité des fêtes demande alors à l'abbbé Gadbois d'organiser un grand festival qui a lieu au forumn le premier juin en présence de plus de huit milles personnes sous la présidence conjointe de LL.EE.NN.SS. chawnont et Prud'homme et du maire de Montréal, monsieur Ad hé r nar Raynault, et sous le haut patronage d'honneur de l'archevêque de Montréal, Son Excellence Mgr Joseph Charbonneau.

À cette occasion, l'abbé Gadbois compose également le chant du Troisième Centenaire dont les paroles sont du Révérend Père Georges Boileau, o.m.i. Incidemment et comme c'est un perfectionniste, l'abbé Gadbois fera venir, après la guerre, un graveur de notes de musique qu'il attachera à La Bonne Chanson. Il s'agit d'un jeune Français, Christian Lefort, qui s'établira à Saint-Hyacinthe où il fondera son foyer.

Le journaliste et critique montréalais Frédéric Pelletier, écrira au lendemain de ce gala, sous le titre «La Bonne Chanson triomphe au Forum», un assez long et beau texte dont nous reproduisons ici quelques extraits

Que l'oeuvre entreprise par l'abbé Charles-Émile Gadbois pour propager la bonne chanson canadienne ou française monte toujours plus haut et plus loin dans sa lutte contre la mauvaise chanson d'où qu'elle vienne, on le savait d'une façon académique à Montréal...

«Commis-voyageur en bonne chanson, l'abbé Gadbois n'a pas à rougir de l'être, puisque cette honorable profession, c'est les histoires qu'il ignore. Il a vendu et vend sa Bonne Chanson sans recourir à cette publicité que déplore Fuester, un maître américain edeeiu chanteurs qui n'en est pas, l'élite et la bourgeoisie grande et petite. de l'art d'annoncer honnêtement : la vantardise...

De l'extrême valeur de sa marchandise, il a voulu prouver l'excellence au public blasé et il a envahi sa chasse gardée hier soir en réunissant plein le Forum et le monde officiel et celui qui n'est pas, l'élite et la bourgeoisie grande et petite. Et tout ce monde, même es sceptiques, s'est amusé sans même, arrière-pensée à un programme que ne coupait pas le repos d'une une intermission ni la mollesse absente des fauteuils. On y est pas venu pour des exécutants aux grands noms, mais pour la chanson elle-même l car si certaines pièces étaient aux mains de chanteurs expérimentés comme le Quatuor Alouette, le Quatuor de La Bonne Chanson, l'excellente basse Paul-Émile Corbeil, d'autres, confiées à des choeurs d'enfants, étaient p résentées avec des détails puérils qui n'ont pourtant pas soul evé la moindre remarque; enfin, les chants confiés à toute la foul e ont été enlevés avec un véritable enthousiasme. Applaudisse, ments, gaieté et surtout unanimité, voilà la preuve que la bonne chanson, propre, amusante, possède une emprise que pourraient lui envier bien des longues symphonies...

Le clou de la soirée, ce fut une chanson bien nommée l'Apothéose de Ville-Marie; de la musique de l'abbé Gadbois sur un poème du P. Georges Boileau, o.m.i., chantée par un choeur de cinq cents enfants, avec accompagnement de grand orchestre et refrain par toute la foule aux deux derniers couplets.

La soirée étaitprésidée par LL.EE.NN.SS. Chaumont et Prud'homme, et le maire de Montréal accompagné de Mme Raynault. Frédéric Pelletier Le 1— juin 1941

Parlant musique et notes de musique, nous avons retrouvé dans des notes personnelles que Charles-Émile écrivait sur des bouts de papier qu'il conservait par la suite, cette définition de la musique qu'il faisait sienne et qu'il avait dénichée dans un livre de Robert de Langeac, intitulé «La vie cachée en Dieu», relatant la vie de Saint-Bonaventure. Voici ces notes :

La musique était considérée comme une des sciences les plus utiles aux candidats à la vie ecclésiastique.

Cette discipline (de la musique) est si noble et si utile que celui qui ne la possède pas en peut convenablement s'acquitter de l'office ecclésiastique.

La musique, utile et gracieuse, est une vertu dans l'Église. Par l'étude de la musique s'acquiert le bon goût esthétique. La philosophie de la musique est d'un secours puissant dans la prédication.

Les détenteurs de la Parole divine ont le devoir d'être artistes en toutes choses.

Heureuse l'âme dont l'action tend deplus en plus à complète réalisation de la Volonté divine!

Sa voix s'élève comme à la hauteur du ciel c'est cette dernière note qui plaît à l'oreille de Dieu.

(extrait du livre : La vie cachée en Dieu, page 98, Robert de Langeac)

En mai 1943, soit exactement un an plus tard q ue l'événement précédemment relaté, la Commission scolaire d e Québec demande à l'abbé Gadbois d'organiser le Festival d e Québec avec le concours des élèves de dix écoles de la ville. L e Colisée de Québec se remplit et le succès fut tel qu'on dut présenter de nouveau la soirée quelque temps après. A l'issue de ces représentations, l'abbé Gadbois recevra la lettre suivante du secrétaire-trésorier du Bureau des commissaires d'écoles catholiques romains :

Québec, le 9 juin 1943

Cher monsieur l'abbé,

Nous avons l'honneur de vous inclure copie d'une résolu­ tion de félicitations et remerciements adoptée par messieurs les Commissaires à leur séance du 7 courant.

Il n'y a nul doute que ces félicitations et remerciements seront de nature à disposer davantage les intéressés pour le festival de l'année 1944.

Recevez de nouveau nos remerciements empressés.

Nous espérons vous revoir, tel que dit, la semaine prochaine, alors que nous aurons le temps de causer plus longuement.

Agréez l'expression de nos meilleurs sentiments et croyez-nous,

Vos bien obligés,
Le Bureau de Commissaires d'Écoles
Par : Secrétaire-Trésorier

Festival de Québec


À propos de ce Festival de Québec, on peut lire ce qui s uit dans le compte-rendu élogieux que publie, le lendemain, le grand quotidien de Québec «L'Action Catholique» :

«Dommage que l'abbé Gadbois ne donne pas une autre représentation du Festival de La Bonne Chanson, il remplirait encore le Colisée à sa capacité, nous disait un spectateur. Cette réflexion nous paraît juste et traduit bien en tout cas le contentement des milliers de personnes réunies, hier soir dans le vaste amphithéâtre de l'Exposition. D'ailleurs, les applaudissements que le directeur de La Bonne Chanson et tous ses collaborateurs ont reçus de la très nombreuse assistance font voir que la satisfaction était générale.

Il ne manquait pas de spectateurs pour dire au sortir du Colisée : «Nous n'aurions jamais cru que nos chansons fussent aussi riches et pussent donner lieu à un tel régal.» Il fallait un artiste comme l'abbé Charles-Émile Gadbois pour découvrir cette mine et pour l'exploiter avec autant de bonheur.

Nous ne retirons rien de ce que nous avons écrit du directeur de «La Bonne Chanson». Bien au contraire, nous serions plutôt porté à redoubler aujourd'hui à la suite de ce que nous avons vu.

Après un spectacle comme celui-là on est porté à se dire avec beaucoup de raison que tout n'est pas si mauvais chez nous...

Et plus loin : «Le spectacle se termina de façon magnifique par l'apothéose à la Vieille Capitale, «Salut à Québec», et par le chant de notre hymne national «O Canada». L'abbé Gadbois dirigeait lui-même le choeur de mille voix et l'orchestre symphonique. L'assistance se joignit au choeur pour le dernier refrain du si enlevant «Salut à Québec» et pour «O Canada». C'était impressionnant.

Le Festival était placé sous la présidence de son Éminence le cardinal Villeneuve, archevêque de Québec qui, dans une allocution inspirée, prononcée au cours de la soirée, dit ceci :

«C'est à la vérité un spectacle féérique et une leçon de cette fête de la «Bonne Chanson», dit son Éminence. Je voudrais que vous compreniez que le patriotisme vient de l'idée qu'on s'en fait d'abord, et des sentiments qu'on en garde dans son coeur. La chanson peut donc jouer un grand rôle dans ce domaine. Il est regrettable que pendant si longtemps, on ait chanté les chansons d'ailleurs, loin d'évoquer des souvenirs prenants co me celles qu'on a entendues cet après-midi. Il y a donc mo yen de conserver notre esprit par la chanson. Cette journée a été véritablement une journée d'éducation et de culture. Et en terminant, je vous recommande de vous . appliquer à chanter nos chansons et à les bien chanter». Son Eminence après avoir souligné combien elle avait été délicieusement impressionnée par le festival, en félicita l'animateur, l'abbé Gadbois, et les élèves qui y prirent part.

Leurs Excellences Me Norbert Robichaud, archevèque de Moncton au Nouveau-Brunswick et Mgr Georges-Léon Pelletier, évêque auxiliaire de Québec et futur évêque de Trois-Rivières, assistaient également à la soirée, entourés de nombreux membres du clergé.

Mgr Robichaud prenant brièvement la parole dit qu'il avait une raison particulière d'être sur la scène puisqu'il y trouvait des Évangélines.

«Si, dit-il, je suis à Québec, c'est pour qu'il y ait davantage d'Évangélines au pays de Québec mais surtout en Acadie.» Il parlait en faveur d'une presse acadienne francophone en Acadie «pour conserver intactes notre foi, notre langue et nos tradi- fions».

Si à Montréal, il y avait eu plus de huit mille personnes au Forum au Festival l'année précédente, à Québec, il y en eut au total plus de trente mille en tenant compte des représentations pour les enfants et les adultes. Succès grandiose s'il s'en fut pour l'abbé Gadbois, âme dirigeante de La Bonne Chanson.

Et, pendant ce temps-là, les activités ne cessaient de progresser à l'atelier de La Bonne Chanson au Séminaire de Saint-Hyacinthe et parallèlement, on continuait d'enregistrer sur disques des chansons extraites des albums. Il y aura au total soixante-huit disques d'enregistrés au cours des années s ubséquentes. Les albums de chansons étaient imprimés avec grand soin et comprenaient de nombreuses illustrations originales de bon goût dues au réel talent d'une jeune religieuse ( les Soeurs de la Présentation de Marie, professeure de dessin an Collège (de jeunes filles) Saint-Maurice de Saint-Hyacinthe, Soeur Sainte-Hortense, aujourd'hui décédée.


Une générosité de tradition familiale


Au début des succès qui s'affirmaient de jour en jour, mois après mois, pour La Bonne Chanson, l'abbé Gadbois qui travaillait très fort, aimait aller se reposer et prendre quelques jours de vacances au chalet d'été de ses parents au Lac Brais, à Valcourt, où devait s'installer un jour la compagnie Bombardier. Sportif, il jouait au tennis et allait à la pêche qu'il affectionnait particulièrement. Tout près de la maison familiale, il y avait la ferme de madame et monsieur Millette où la famille Gadbois s'approvisionnait habituellement en légumes, oeufs et autres produits de la ferme. Madame Millette qui souhaitait adopter un petit garçon s'en ouvrit à madame Gadbois qui l'informa un jour que son fils Raoul tournait un film à la Crèche Belmont à Montréal. Les deux dames se rendirent à cette crèche en compagnie de Raoul. À peine entrée dans la cour de récréation où jouaient plusieurs très jeunes enfants, l'un deux partit soudain à la course et vint se blottir dans les bras de madame Millette en criant : «Maman, maman!» Stupéfaite et conquise à la fois, celle-ci dit aussitôt : «Oh, je le veux tout de suite, c'est lui que je veux!» Ce à quoi Raoul Gadbois répliqua que les choses ne pouvaient aller si vite et qu'il fallait se soumettre à certaines formalités administratives et juridiques pour procéder dans les règles en vue d'une adoption légale. Cela se fit dans les meilleurs délais et le petit André Millette qui avait à peine trois ans fut élevé par ses nouveaux parents. Il étudia dans un collège à Sherbrooke et plus tard au Grand Séminaire. Il répondit un jour à l'appel de la vocation religieuse après avoir été aidé par l'abbé Gadbois durant toutes ses études. À sa sortie du Séminaire, le jeune prêtre devint missionnaire au Brésil chez les missionnaires des Saints-Apôtres, toujours aidé de l'abbé Gadbois et de sa mère,madame Gadbois qui envoyait de temps à autre de l'argent en cachette au nouveau missionnaire.

Aujourd'hui, cet enfant adopté est devenu Son Excellence Mgr André Millette et est évêque de Joinville dans son pays d'adoption et de mission, le Brésil. Ce prélat est toujours reste en contact avec madame Gadbois et avec l'abbé Gadbois jusqu'à leur décès, es leur rendant bien les bontés qu'ils avaient eu à son égard dans un esprit amical et religieux.

Nous avons déjà évoqué la générosité proverbiale de l'abbé Gadbois. En voici un autre exemple qui se situe un jour d'hiver à Saint-Hyacinthe : l'abbé Gadbois croise un petit garçon de huit à dix ans un beau matin sur la rue Cascade. Celui-ci tire un vieux traîneau tout démantibulé sur la neige, une «piquerelle», comme on nommait ce jouet d'enfant à l"époque dans la région de Saint-Hyacinthe. L'abbé interroge le petit gars qui lui répond que ses parents n'ont pas les moyens de lui offrir un traîneau neuf.

Alors, il l'amène avec lui chez le quincailler Lalime, rue Cascade et il lui achète le plus gros traîneau qu'on puisse trouver dans le magasin. L'enfant remercie l'abbé qui est tout heureux et fier de lui avoir fait plaisir. Mais de retour à la maison, le père du garçonnet s'inquiète de le voir arriver avec un tel jouet coûteux et il ramène l'enfant au magasin où il demande des explications. Le propriétaire lui répond que tout est en ordre et que c'est l'abbé Gadbois qui a payé le traîneau pour l'offrir à l'enfant. Des années durant au temps des Fêtes, l'abbé Gadbois recevra une carte de remerciements et de souhaits que lui adressait l'enfant reconnaissant.

Histoire du violon Paul Kaul


Ce trait illustre bien le grand coeur de l'abbé Gadbois qui prêta son excellent violon Paul Kaul, au réputé violoniste acadien Arthur Leblanc qui était de ses bons amis. Celui-ci avait fait une chute en coulisses dans un théâtre de Québec, lors de la répétition d'un récital qu'il devait y donner et son violon, un fameux Stradivarius, fut endommagé et nécessita des réparations délicates pour le remettre en état. Alors, l'abbé Gadbois le dépanna pour qu'il puisse jouer au cours du récital prévu et le prêt du Paul Kaul de l'abbé Gadbois allait durer deux ans pendant lesquels celui-ci fut heureux de voir que son violon servait à un artiste de la trempe et de l'envergure d'Arthur Leblanc Si l'abbé Gadbois savait ainsi rendre service sans ostentation aucune à son prochain, lui qui était humble de nature, reçut toutefois des hommages et des distinctions honorifiques fort méritées au cours de sa vie. C'est ainsi qu'il était Chevalier de l'Ordre équestre du Saint-Sépulcre, Chevalier de la Croix d'Or de Saint-Jean-de-Latran, commandeur de l'ordre «Honneur et Mérite» de la Société du Bon Parler français, Chevalier de l'Ordre des Chevaliers du Sinaï et de l'Ordre de Sainte-Croix de Jérusalem. Nous qui l'avons bien connu et côtoyé pendant plusieurs années et jusqu'à son décès, pouvons affirmer que jamias l'abbé Gadbois ne tira vanité de tous ces honneurs légitime: qui lui étaient échus. L'abbé Gadbois fut également reçu à quatre reprises en audience par Sa Sainteté le Pape Pie XII au Vatican lors de voyages qu'il fit à Rome et, au cours de l'une de ces audiences, il offrit au Saint-Père l'ensemble de son oeuvre de La Bonne Chanson reliée en chamois blanc et or. À cette occasion, le Souverain Pontife lui fit cadeau de sa blanche calotte papale qu'il portait sur sa tête tout en bénissant paternellement Charles-Émile Gadbois. D'autre part, une salle Charles-Émile Gadbois porte le nom de l'apôtre de La Bonne Chanson depuis plusieurs années au Centre culturel de Saint-Hyacinthe. Madame Marie Laurier, journaliste au journal Le Devoir nous relate l'histoire invraisemblable du fameux violon perdu et retrouvé. L'abbé Charles-Émile Gadbois le célébrissime fondateur de La Bonne Chanson aimait les objets de qualité et il ne lésinait surtout pas quand il s'agissait de la musique. L'abbé Gadbois savait aussi s'entourer de connaisseurs en la matière. Ce fut le cas lorsque se rendant un jour, en 1943, chez Archambault et sur les conseils de René Guibord, il se porta acquéreur du violon «Titus» du luthier Paul Kaul, aussi célèbre que Stradivarius de Cremone. L'abbé savait aussi admirablement bien faire chanter un violon. Son Titus l'accompagnait partout dans ses voyages et ses tournées de La Bonne Chanson. Il lui arriva même de le prêter au grand violoniste Arthur LeBlanc pour remplacer le sien qui venait de se briser le jour d'un récital à Québec.

L'abbé Gadbois a profité de son beau violon pendant plusieurs années jusqu'au moment où son supérieur (l'Évêque) lui demanda de se départir de ses biens et de La Bonne Chanson. Quant au violon, l'abbé Gadbois fit la promesse de s'en départir dès qu'il trouverait quelqu'un de sérieux et méritoire.L'abbé Gadbois adorait jouer du violon son instrument de musique favori et nous le voyons ici se livrant à l'un de ses passe-temps avec son excellent violon Paul Kaul, célèbre luthier français qu'on a souvent comparé au célèbre Stradivarius à cause de l'exceptionnelle qualité de ses violons. C'est ici que l'histoire se corse. L'abbé a vendu son Paul Kaul en 1960, personne n'a su qui était l'acquéreur. Les années passèrent, on finit par oublier le violon. Mais après la mort de l'abbé en 1981, son frère Raoul qui, en 1986, créait la Fonda tion Abbé Charles-Émile Gadbois (FACEG) pour la survivance de la langue française, se jura de retrouver le violon. Après de multiples démarches, il vient tout juste, en 1993, de réussir cet exploit, grâce à un carnet d'adresses que lui confiait une garde-malade au chevet de Soeur Rose-Alma Gadbois; grâce aux fructueuses recherches de M. Frank Dans de l'Orchestre Symphonique de Montréal, le miracle se produit : oui, le Paul Kaul de l'abbé Gadbois existe bel et bien et est en parfait ordre. Il est entre les mains d'une jeune violoniste virtuose de Québec : France Vermette, 23 ans, plusieurs fois boursière, membre de l'Orchestre Symphonique de Québec.

France Vermette l'a acheté en 1987 de Mme Nicole Lortie Laflamme qui l'avait elle-même reçu en cadeau de son père le Docteur Lortie de Breakeyville dans la Beauce. Le premier octobre 1993, Mlle Vermette est venue au bureau de la Fondation avec le Paul Kaul; Raoul Gadbois est désor­ mais rassuré : «Je suis ravi de constater que Titus fait l e bonheur d'une jeune et grande musicienne», jubila le président-fiduciaire qui suivra les succès de France Vermette à l'avenir. Les années de guerre ne ralentirent pas l'essor de La Bonne Chanson qui en plus de rééditer, pour faire face aux commandes grandissantes, continuait de publier un nouvel album de cinquante chansons chaque année. En plus des albums dont on reçut un jour une commande de cent cinquante mille à la fois, l'abbé Gadbois publia quatre volumes d'accompagnements, un recueil de vingt choeurs à voix égales, un recueil de quatre cents cantiques et des recueils spéciaux pour les terrains de jeux, les colonies de vacances, les mouvements de jeunesse, etc. En septembre 1943, la Commission des écoles séparées de l'Ontario (donc francophones et catholiques) fait entrer à son programme officiel un grand nombre de chansons de la collection de La Bonne Chanson. On fit le choix de chansons graduées selon leur facilité pour éditer des fascicules de vingt-cinq chansons pour chacune des huit années du cours primaire. «On comprend l'avantage de la génération qui aura eu l'avantage d'apprendre à l'école un répertoire aussi étendu. Ce sera entre Canadiens du même sang un lien de plus qui contribuera largement à unir notre peuple dans un patriotisme plus fier», écrit Mgr Léo Sansoucy dans son bref historique de La Bonne Chanson.

Il faut préciser en effet que les éducateurs franco-ontariens n'avaient eu que l'embarras du choix en puisant dans le riche répertoire de la chanson québécoise et française qu'ils trouvèrent dans les divers albums de La Bonne Chanson et qui comprennent : chants folkloriques, complaintes, ballades, berceuses, aubades et sérénades, airs d'opéras les plus connus et les plus populaires auprès du grand public, chants militaires un religieux , rondes enfantines ou poèmes célèbres mis en rmusique. Toujours en septembre 1943, le Quart d'heure de La Bonne Chanson , émission radiophonique qui avait été inaugurée dès 1 939 et qui s'était poursuivie en 1940, revient à ce moment chaque semaine sur les ondes, considérablement amélioré d une année à l'autre. Les chansons y sont exécutées en solo, e n duo, en trio ou par un quatuor à voix égales ou à voix m ixtes et avec accompagnement orchestral. Se font régulièrement entendre à cette populaire émission «Le Quatuor Alouette», dirigé par O'Brien, le «Petit Septuor de La Bonne Chanson » que dirige Arthur Blaquière, Le Quatuor de La Bonne Chanson et d'autres encore.

Et les années passent sans que ralentisse aucunement, bien au contraire, le rythme trépidant de production à l'atelier de La Bonne Chanson et, que se multiplie l'abbé Gadbois par sa présence constante un peu partout à des manifestations culturelles et artistiques. Le 8 avril 1946, l 'évêque auxiliaire de Québec, Son Excellence M gr Georges-Léon Pelletier qui sera plus tard, nous l'avons dit auparavant, évêque de Trois-Rivières, écrit une belle lettre d'hommage à l'abbé Gadbois et à son oeuvre. Voici le texte intégral de cette lettre entièrement manuscrite du prélat : Archevêché Québec, le 8 avril 1946 Cher M. l'abbé, Je vous exprime ma profonde gratitude pour la collection si harmonieuse que je viens de recevoir. En voyant ce cadeau énorme, en songeant à votre trop généreuse bonté, je me reporte également sur le travail gigantesque que vous avez déployé, la réussite merveilleuse que vous avez réalisée, et le bien incalculable que vous faites aux nôtres. Bien plus, vos plans d'avenir feront pâlir le passé. Que de voeux je forme pour voir se cristalliser vos légitimes ambitions. Combien de fois j'ai souligné que quelque chose allait mal dans nos campagnes par ce seul fait que l'on ne chantait plus ou que l'on chantait mal. Autrefois, on fredonnait sur les charettes chargées de foin ou de blé d'or. C'était le beau temps. Plusieurs chants que vous répandez me sont familiers, je les tiens de ma mère. J'ai déjà répandu plusieurs de vos précieux cahiers. Vous comprenez dès l ot pourquoi je loue votre oeuvre et pourquoi je vous exprime ma reconnaissance. Lors de votre dernière visite qui m'a vivement intéressé nous avons causé de bien des choses. Elles vement me sont chères toutes. Cependant, il est une qu'il nous faudra méditer. C'est l a formule à trouver, pour surveiller, aider et orienter «Rennaissance Film, Ne prenez aucun engagement pour le présent. Il faudra en reparler. Bien, à nouveau ma vive gratitude, collaboration , prières. Bénédictions. Georges Léon Pelletier Evêque au Québec

Montréal 30 mai 1946


Bonne fête mon cher enfant.


Encore 40 ans et tu auras atteint l'âge mûr. Je prie Dieu dete laisser encore longtemps parmi nous. Ménage ta santé etn'abuse pas de tes forces afin de vivre en bonne santé. Tu viensde vieillir d'un an et il ne reste plus rien de tes 40 ans. Oui, ilreste encore quelque chose, l'oeuvre de ta vie La Bonne Chanson. Mais, il y a encore quelque chose de plus grand sans te rendre compte peut-être depuis le jour où pour la première fois t u montais devant moi au saint autel : c'est sans doute à cette heureuse époque que tu as dû trouver qu'il y avait quelque chose de changé en toi. C'était toute une vie nouvelle, vivre du Christ : De toute éternité, Dieu t'as choisi entre tout autre pour devenir son représentant. Qu'il soit béni. Ce souvenir me fait encore verser des larmes, mais ce sont des larmes de bonheur puisqu'elles nous disent que nos enfants sont heureux... Le seul amour humain qui monte jusqu'au prêtre c'est bien l'amour de sa mère : elle l'aime comme son fils et comme son prêtre, cet amour est à la fois humain et divin puisqu'il illu­ mine la vie de la mère et du fils. C'est en offrant demain 1er juin le saint sacrifice de la messe que je vais entendre et la communion que je vais faire que je veux prendre part à ta fêtre. En terminant, je joins mes voeux à tous ceux de la famille.Ta mère reconnaissante

M"" Prosper Gadbois

Fin de la guerre 1946


Décembre 1946: la guerre est maintenant terminée et l'armistice signé avec l'Allemagne et le Japon depuis un certain temps déjà. Les relations directes ont donc pu être reprise avec la France et grâce aux autorisations, qu'il obtient alors, l'abbé Gadbois peut publier le septième album de La Bonne Chanson.À ce propos, il convient de citer ici le très beau témoignage d'appréciations qu'écrit une autorité en la matière, Eugène Lapierre, docteur en musique, professeur puis directeur du Conservatoire National de Musique de l'Université de Montréal et critique musical au Devoir :
«Nous parlions de progrès dans la présentation des autres recueils, spécialement à propos des accompagnements édités en octobre. Mais il nous faut encore monter de diapason au sujet de ce volume-ci. «Des cinquante chansons publiées dans l'album qui nous occupe, certaines sont nouvelles et dues à la plume de l'abbé Charles-Émile Gadbois. Le Directeur de La Bonne Chanson n'est plus seulement un folkloriste. Il est devenu un compositeur expert, et pour la prosodie du français, et pour ce qui est de l'esprit et de l'atmosphère de notre chanson populaire du passé. Des folkloristes, nous en avons eu et nous en avons encore assez aisément. Mais des chansonniers, en connaissez- vous tant que cela sur les bords du Saint-Laurent?» «Il ne fait pas de doute que l'abbé Gadbois est en passe d'acquérir, dans ce domaine, un savoir qui profitera bientôt aux compositeurs huppés. Rares sont ceux qui peuvent faire montre d'un tel savoir. Où l'auraient-ils appris cet art populaire qui ne s'enseigne dans aucune institution publique? Pourquoi le directeur de La Bonne Chanson n'écrit-il pas un ouvrage de prosodie française au point de vue de l'utilisation en musique des mots de notre langue? Cet ouvrage, nous l'attendons avec impatience.

En cette même année 1946, l'abbé Gadbois reçoit égale­ ment les éloges d'une personnalité respectée qui a fait sa marque au pays, Augustin Frigon, directeur général de la Société Radio-Canada à Ottawa. Voici cette lettre qui se passe de tout commentaire :