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Correspondances diverses -11
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Loin de s'asseoir sur ses lauriers, l'abbé Gadbois qui fourmille d'idées, innove encore en lançant en octobre 1952 la revue «Musique et Musiciens», publication d'une facture exceptionnelle qui ne manque jamais, au détour d'une page, de faire le panégyrique de l'entreprise privée avec un autre cheval de bataille, celui de la construction d'un grand «Centre musical canadien», préfiguration intuitive et prémonitoire de la future Place des Arts.
Dans l'esprit de l'abbé Gadbois, ce complexe artistique devait abriter, en plus d'une grande salle de concerts, diver ses salles de répétitions et des studios mis à la disposition des artistes et musiciens qui se produiraient là. On devrait également y trouver une bibliothèque musicale et une discothèque. On estime alors que le coût de la construction serait de six millions de dollars et celui des aménagements intérieurs de l'ordre de deux millions. (À titre indicatif, le coût total de la Place des Arts fut de 43 millions de dollars!)
Dans le tout premier numéro de «Musique et Musiciens», on trouve à la une (la première page) une maquette de l'édifice projeté et dans les pages intérieures, un plan détaillé de l'édifice. Eh oui, déjà! Et ce n'est pas tout... L'abbé Gadbois indique jusqu'à l'emplacement prévu, soit le quadrilatère formé par les rues Sherbrooke, Fullum, Rachel et Chapleau, autrement dit, dans l'Est de Montréal, pas tellement loin de l'endroit où sera érigée quelques années plus tard La Place des Arts.
À ce propos, l'abbé Gadbois qui ne perd pas de temps, saisit les plus hautes autorités de la pertinence de son projet à telle enseigne que le Secrétaire de la Province de Québec, l'Honorable Orner Côté, C.R., (l'un de ses bons copains du Séminaire de Saint-Hyacinthe dans leurs jeunes années) lui écrit le 13 janvier 1953 :
Secrétariat de la Province
Cabinet du Ministre
Québec
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Correspondances diverses -12
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Québec le 13 janvier 1953 Monsieur le directeur,
J'accuse réception de votre lettre du 5 janvier, ainsi que de la copie du mémoire que vous avez transmis au premier Ministre et qui a trait à votre Centre musical canadien.
Je vous remercie de cet envoi et vous prie d'agréer, Mon sieur le directeur, l'expression de mes sentiments les meilleurs.
Je profite de l'occasion pour vous réitérer mes voeux de Bonne et Heureuse Année.
Omer Côté, C.R.
Monsieur l'abbé Charles-Émile Gadbois
Directeur de La Bonne Chanson
Saint-Hyacinthe, P.Q.
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Correspondances diverses -13
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Voilà donc en place les éléments d'un vaste complexe pyramide, pourrait-on dire, dans le domaine des arts et de la culture, propre à doter le Québec d'une réalisation unique en son genre. Et pour couronner le tout, l'abbé Gadbois a même prévu que «son» Centre Musical Canadien abriterait dans de vastes locaux une station radiophonique vouée principalement à la diffusion de la belle et bonne musique et partant... de La Bonne Chanson.
Pour mettre le Ciel de son côté, l'abbé Gadbois envoie à ce moment son recueil des quatre cents cantiques au Pape qui lui fait parvenir le message suivant en français par l'entremise de son Secrétaire d'État :
Du Vatican, le 19 mai 1953
Le secrétaire d'État de Sa Sainteté a l'honneur de faire savoir à M. l'abbé Chs.-Émile Gadbois que le Saint-Père volontiers agréé l'hommage du recueil de «Cantiques Choisis» qu'il vient de publier aux Éditions de La Bonne Chanson. Le remerciant paternellement de ce geste de référence, Sa Sainteté lui envoie de tout coeur, en gage des grâces qu'Elle appelle sur son ministère, la faveur de la bénédiction Apostolique.
Toujours en 1953, l 'abbé Gadbois écrit une chanson en hommage au cardinal Paul-Émile Léger, archevêque de Montréal, qui fut l'un de ses compagnons d'études au Grand Séminaire de Montréal. Il compose les quatre couplets et le refrain qui doivent se chanter, indique-t-il, sur l'air de «Partons la mer est belle» et le titre de la chanson est tout simplement «Vive notre Cardinal!» On trouvera la reproduction de cette chanson dans les pages de ce livre consacrés aux photos.
Un an plus tard, l'abbé Charles-Émile Gadbois, toujours en veine d'expansion voit un de ses rêves se réaliser lorsqu'après avoir obtenu le permis du CRTC, il donne naissance à la station radiophonique CJMS à Montréal, ainsi baptisée par lui, ces quatre lettres signifiant : «Canada Je Me Souviens», qui est, comme on le sait, la devise officielle du Québec.
Malgré l'enthousiasme de l'abbé Gadbois pour sa nouvelle réalisation, le haut clergé lui demanda de se départir de la licence qui lui avait été octroyée par le CRTC pour la fondation de CJMS.
À la demande de l'abbé Gadbois, son frère Raoul prend charge de la nouvelle station radiophonique en lui rembour sant toutes les dépenses encourues à ce moment. Celui-ci, en tant que président de CJMS, veille à l'organisation du poste et prépare l'inauguration officielle de la station le 24 avril 1954.
À la cérémonie d'inauguration, sous la présidence d'honneur du cardinal Paul-Émile Léger, archevêque de Montréal et du Premier Ministre du Canada, le Très Honorable Louis Saint-Laurent, et à laquelle assiste une foule considérable, on note la présence du maire de Montréal, Camilien Houde, du représentant du Premier Ministre du Québec, Me Daniel Johnson, député et futur Premier Ministre lui aussi, d'Aurèle Séguin, de la cantatrice Claire Gagné et des Disciples de Massenet sous la direction de Charles Goulet ainsi que de nombreuses autres personnalités, politiques, artistiques et du monde de la radiophonie.
M. Raoul D. Gadbois avait en l'esprit de se départir de ses nouvelles fonctions dès que CJMS aurait pris son essor.
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En 1955, les autorités religieuses diocésaires forcèrent l'abbé Gadbois
à se départir entièrement de La Bonne Chanson et vendirent l'entreprise
à une communauté de Frères.
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L'heure des épreuves douloureuses allait donc sonner pour le «père» de La Bonne Chanson. Nous étions en mai 1955, le mois qui voit l'abbé Gadbois dépossédé soudain en une journée de tous ses biens et jusqu'à son dernier sou sur l'ordre cruel et impitoyable de son supérieur hiérarchique l'évêque de Saint-Hyacinthe, Mg' Douville, qui aurait certainement pu agir autrement plus humainement et avec plus de doigté aussi, en essayant peut-être même de «sauver» La Bonne Chanson et son fondateur plutôt que de la brader comme il le fit.
Mais qui mieux que la victime elle-même pourrait traduire ce que furent ces heures stressantes et fort pénibles à vivre pour l'abbé Gadbois. Or, nous avons trouvé dans les archives familiales un témoignage éloquent et émouvant ô combien , cette rude étape pour l'abbé Gadbois, sous la forme de la longue lettre datée de Saint-Hyacinthe le 30 mai 1955, adressée à ses parents qui vivaient à Montréal à cette époque et qui, pour la dernière fois, est rédigée sur le papier à entête de La Bonne Chanson :
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L'abbé Charles-Émile Gadbois écrit à ses parents pour lui dire son état d'âme face à cette nouvelle, à l'interdit de Mgr Douville de rester à la tête de sa fondation.
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Le 30 mai 1955
M. et MmeProsper Gadbois Montréal
Bien cher Papa et bien chère maman,
Comment vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour moi, surtout depuis un an?
En effet, vos prières et vos sacrifices m'ont mérité probablement la plus grande grâce de ma vie, celle de donner au bon Dieu tout ce que je possédais.
Le 25 mai dernier, à l'Évêché de Saint-Hyacinthe, j'ai signé un document par lequel je donnais l'administration de tous mes biens meubles et immeubles sans exception à Mgr Leclaire, non seulement pendant le temps nécessaire pour payer mes dettes mais pour toujours.
Vous dire combien j'ai lutté avant de me résigner, il n'est pas possible. J'aurais voulu poser quelques conditions, mais Mgr Leclaire, suivant la volonté de M gr Douville, exigeait le don total.
La nuit qui a précédé mon rendez-vous à l'Évêché, je n'ai pas pu dormir, je me disais : «Faudrait que je signe» et un peu plus tard, en songeant à toutes les exigences de Monseigneur, je me disais «Je ne signerai pas.»
J'ai lutté ainsi jusque vers cinq heures du matin alors qu'à un moment donné, j'ai compris clairement que c'était la volonté du bon Dieu que je signe. C'est alors que je me suis levé, j'ai éclaté en sanglots et j'ai dit au bon Dieu : «Je vous donne tout ce que j'ai.»
À partir de ce moment là, j'étais heureux et j'avais hâte de signer, ce qui se fit vers dix heures de l'avant-midi.
Après avoir signé, j'avais $304.00 dans mon portefeuille, je l'ai vidé complètement sur le bureau de M gr Leclaire et j'ai même vidé ma petite poche de soutane qui contenait $0.51 je crois, Monseigneur ne voulait pas; il prit $10.00 de son argent et me les offris. Je l'ai remercié et je lui ai dit : Vous ne pouvez pas me refuser le bonheur que je vais avoir de m'en retourner au Séminaire, à pied, sans un seul sou dans mes poches.»
En m'en revenant, je me disais : «Si je rencontrais un pauvre sur le chemin ce serait la première fois de ma vie que j'aurais même pas un sou à lui donner » Mais comme j'étais heureux d'avoir tout donné au bon Dieu.
Je comprends maintenant ces desseins de la Providence , c'est pourquoi je dis au bon Dieu : «J'ai fait La Bonne Chanson pour Vous, elle est maintenant terminée, je Vous la remets!»
Je me souviens, il y a quelques mois, j'avais dit au bon Dieu : «Si en réunissant le Centre Musical, La Bonne Chanson et le programme Vive la Canadienne , je m'expose à être damné, arrangez cela pour que cela ne réussisse pas.» Eh! bien, j'ai été exaucé. Je suis maintenant certain que le bon Dieu ne voulait pas que je réussisse et que c'était pour mon plus grand bien.
Jusqu'au mois de mars j'ai eu confiance, avec l'aide du bon Dieu, que je réussirais. Je suis même convaincu que le bon Dieu m'a aidé et Il a fait pratiquement des miracles pour m'encourager à continuer la lutte avec espoir de réussir jusqu'au jour où, par M gr Douville, Il m'a fait dire : «C'est fini.» Cela a donc pris dix-sept ans au bon Dieu pour venir à bout de moi. Si j'avais réussi, Il aurait manqué son coup!
Il n'y a donc qu'une seule chose que je désire maintenant : c'est d'être sauvé. C'est pourquoi j'ai dit au bon Dieu : «Faites- moi souffrir physiquement ou moralement tout ce que Vous voudrez pourvu que je sois sauvé.»
C'est ainsi que, mercredi dernier lorsque j'ai signé, j'ai dit au bon Dieu : «Je Vous donne ma Bonne Chanson et tout ce que j'ai, si ce n'est pas suffisant dans le Ciel, prenez cela tout de même en acompte, je Vous paierai la balance par versements.
Si vous saviez, mes chers parents, combien je suis heureux depuis ce jour-là. Je vous écris pour vous faire part de cet immense bonheur et surtout pour vous dire merci, merci de tout mon coeur, de ce cur qui vous aime encore plus que jamais.
Aidez-moi à remercier le bon Dieu et demandez-Lui de me garder toujours dans les dispositions actuelles.
'Votre fils reconnaissant qui n'a plus rien, mais plutôt qui a le grand bonheur d'avoir le bon Dieu et de vous avoir.
Charles-Émile
Un tel document se passe naturellement de commentaire. Tout y est, y compris cette résignation, ce complet abandon à la volonté de Dieu, qui seul a pu faire accepter à l'abbé Gadbois le dépouillement total auquel, il fut soudainement réduit et surtout de voir l'oeuvre de sa vie lui échapper ainsi et de façon si abrupte.
On voit encore là un trait de sa grandeur d'âme et de sa grande générosité, car plus d'un clerc de la même trempe que lui se serait sans doute rebellé devant l'autorité d'un évêque impitoyable et aurait peut-être même défroqué, mais cela aurait été mal connaître Charles - Émile Gadbois.
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Un bref retour en arrière
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Un bref retour en arrière nous amène à rappeler ici un fait qui nous est très personnel et qui démontre si besoin encore était, la générosité proverbiale de l'abbé Gadbois.
C'était au début de 1952, j'allais me marier et ma fiancée et moi avions invité l'abbé Gadbois qui collaborait régulièrement depuis plus d'un an aux conférences-concerts que j'organisais en province pour le Bon Parler français.
La veille des noces, notre ami vient donc nous rendre une petite visite cordiale au domicile de ma future épouse, chez ses parents, madame et monsieur Jules Massé, décédé depuis peu à ce moment
L'abbé Gadbois arrive de Saint-Hyacinthe et va se retirer ensuite au presbytère de l'Église du Sacré-Coeur où doit être célébré le mariage le lendemain matin.
Avant de nous quitter, il nous tend une carte de voeux que nous ouvrons devant lui et, outre les voeux et souhaits de bonheur très chaleureux qu'il nous écrit, il y a aussi un chèque à l'intérieur de l'enveloppe, son cadeau de noces, au montant de deux cents dollars.
Or, nous sommes au début de 1952, il y a donc plus de quarante ans de cela et je vous laisse faire un petit calcul pour convertir en dollars d'aujourd'hui ce très généreux cadeau. Et comme je ne puis m'empêcher de lui en faire la remarque sur le champ, vu l'importance de la somme, il nous réplique aussitôt : «Voyez-vous, je connais une demoiselle Marthe Massé pour laquelle j'ai la plus vive estime et si elle épousait un monsieur X ou Y, je lui offrirais cent dollars. D'autre part, je connais aussi ce jeune homme (lu nom de Manuel Maître que j'apprécie vivement et auquel, s'il avait marié une demoiselle X ou Z, j'aurais offert cent dollars également. Alors, comme ils se marient ensemble, je leur offre donc deux cents dollars, c'est aussi simple que cela», de conclure l'abbé Gadbois en souriant devant nos mines médusées.
À la générosité, l'abbé Gadbois savait également allier l'humour et la taquinerie de bon goût. Et quant à avoir relaté cette anecdote et toujours en marge de mon mariage, voici un autre trait d'esprit de ce cher abbé.
Nous partons, ma jeune épouse et moi en voyage de noces à New York où nous arrivons au petit matin après une nuit harassante passée dans l'autobus qui nous amène par une belle tempête de neige dans la métropole américaine après avoir roulé sur les routes de l'époque reliant Montréal à New York et ne comprenant alors pas le moindre petit bout d'autoroute.
La journée se passe d'agréable façon en visites diverses et le soir venu, nous terminons cette première journée à deux, par une représentation théâtrale en allant voir, près de Times Square, la très belle comédie musicale «South Pacific», dont il sera fait un excellent film quelques années plus tard.
Et puis, après un léger goûter de minuit (une tarte aux pommes à la mode et un chocolat au lait chaud), nous regagnons, fourbus mais heureux, notre hôtel où nous avons hâte de nous reposer et de rattraper une nuit entière de sommeil manqué, sans oublier la fatigue des préparatifs des noces, la cérémonie et la réception après le mariage ainsi que le rude voyage de nuit, même pour deux jeunes tourtereaux en forme, tel qu'évoqué plus haut.
Or, en plein milieu de la nuit, le téléphone sonne dans notre chambre, je décroche et le concierge me dit qu'il vient de recevoir un télégramme du Canada pour nous. Il me demande si je veux qu'il me le fasse porter aussitôt.
Ma femme, inquiète, s'est réveillée en m'entendant parler au téléphone et nous pensons soudain à sa mère ou à quelqu'autre proche parent auquel il aurait pu arriver quelque chose de grave.
Le télégramme nous est remis, je l'ouvre et je le lis à haute voix : «A Montréal, les oiseaux chantent jusqu'au soir, aux États, ils chantent jusqu'au matin. Bonne et joyeuse lune de miel à vous deux. Amitiés sincères. Charles-Emile Gadbois.»
Comment en vouloir à notre ami, même en pleine nuit, d'avoir eu cette délicate attention qui lui était venue du fait (je me réfère à son message) qu'au cours du banquet à nos noces encore toutes récentes, j'avais chanté pour la centaine d'invités présents une mélodie d'Eric Coates, «Les oiseaux dans le soir», d'où l'allusion faite par l'abbé dans son message.
Après ces anecdotes qui se veulent essentiellement comme un autre hommage personnel à la mémoire de notre regretté ami, nous nous devons de poursuivre notre récit où nous venions à peine de le laisser, car l'abbé Gadbois allait encore vivre un peu plus de vingt-cinq ans après qu'il eut quitté la direction de La Bonne Chanson et sa vie édifiante fut fort bien remplie comme on va le voir au cours des pages qui vont suivre.
Aux archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe, il y un «Fonds Abbé Charles-Émile Gadbois», soit une dizaine de boîtes de documents divers ayant appartenu à l'abbé Gadbois et entre autres documents, nous avons obtenu copie de notes biographiques manuscrites de l'abbé Gadbois qui évoque lui- même son départ de La Bonne Chanson et de ce qui s'ensuivit pour lui par la suite, au cours des années subséquentes.
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Lisons-les attentivement :
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Après beaucoup de fatigue, d'inquiétude et de tracas surtout financiers, comme La Bonne Chanson et le poste CJMS avaient tendance à devenir des entreprises un peu trop commerciales, Son Excellence Mgr Arthur Douville, au printemps de 1955, me demanda de cesser toutes mes activités à La Bonne Chanson et au poste CJMS et de lui donner tous mes biens meubles et immeubles sans exception, c'est-à-dire une valeur que j'estimais à $300,000.00.
C'était là la plus grande épreuve de ma vie. Après avoir bien prié et réfléchi, j'ai accepté, par obéissance, ce que mon Évêque me demandait parce que j'y ai vu l'expression de la volonté du bon Dieu.
J'ai donc tout quitté et, sur l'invitation de Son Excellence Mgr Cabana de Sherbrooke, je suis allé vicaire à la Sainte-Famill e de Sherbrooke où j'ai été très heureux paroisse du ministère.
Après trois ans, Mgr Douville me ramena dans mon diocèse comme aumônier à l'École secondaire Sacré-Coeur avec résidence au presbytère St-Pierre avec Mgr Leclairequi a toujours été un père pour moi.
Cet été, exactement le 13 juillet, j'ai été nommé aumônier au Mont Saint-Bernard à Sorel. Pendant la dernière quinzaine d'août, je suis allé faire une retraite à Saint-Benoit-du Lac. Le 31 août, je suis retourné au Mont Saint-Bernard décidé, disons à soixante-quinze pour cent, d'entrer en commu nauté sans trop savoir où.
Le 10 septembre, je demandai à Mgr Leclaire, P.A., de venir me conduire à Saint-Benoit-du-La c . Je passai une journée à l'hôtellerie et je priai avec beaucoup d'ardeur en demandant au bon Dieu de me faire connaître sa volonté.
Après vingt-quatre heures, j'ai compris que ce n'était pas là que le bon Dieu me voulait. En effet, si j'étais entré à Saint Benoit-du-Lac, il est bien entendu que je me serais donné au bon Dieu à cent pour cent; mais j'aurais eu la possibilité d'en reprendre peut-être vingt-cinq pour cent. Je veux dire par là que j'aurais pu encore voir mes amis, sortir du monastère comme le fait par exemple le R. Père Lemieux, pour aller donner des cours de chant un peu partout dans la province et ma popularité n'aurait fait qu'augmenter.
Alors, je me suis dis : «C'est à La Trappe que je dois aller, là je vais me donner au bon Dieu à cent pour cent avec impossibilité d'en reprendre même un pour cent. J'ai donc téléphoné à M gr Leclaire pour lui faire part de ma décision et lui faire connaître les motifs que j'avais d'agir ainsi.
Sur sa réponse : «Je crois que vous faites bien, allez-y», je me suis mis en route pour Notre-Dame-du-Lac où je suis arrivé le 11 septembre à sept heures trente minutes du soir. J'ai réussi à me faire ouvrir la porte et je voudrais maintenant y rester jusqu'à la fin de mes jours pour expier mes nombreux péchés, pour le salut de mon âme, pour la conversion de pécheurs et pour la plus grande gloire de Dieu!
Chez les Pères Cisterciens de Rougement, l'abbé Gadbois avait retrouvé la paix de l'âme et la tranquillité, mais cette sérénité allait être d'assez courte durée.
En effet, en avril 1961, il avait prononcé ses voeux monastiques temporaires. Le 29 septembre 1962, l 'abbé Gadbois, ou plutôt désormais le Père Charles, est victime d'un abcès à la suite d'une sinusite mal soignée. Il subit une grave et délicate opération à l'Hôtel-Dieu de Montréal où il est hospitalisé d'urgence.
Il reste aux soins intensifs de longues semaines à la suite de deux interventions chirurgicales et il est même à l'article de la mort pendant plusieurs semaines. Les spécialistes désespèrent de lui sauver la vie et craignent, s'il s'en tire, qu'il reste aveugle et sourd, tellement le cerveau a été atteint par la maladie au sinus.
Les médecins suggèrent alors de retirer les neuf tubes qui le maintiennent en vie et qui l'alimentent artificiellement, croyant sa dernière heure arrivée. Son frère Raoul reçoit un appel téléphonique un jour à quatorze heures lui demandant de se rendre de toute urgence à l'hôpital Hôtel-Dieu. Arrivé au chevet de l'abbé, il y trouve Son Excellence Mgr Conrad Chaumont, évêque auxiliaire de Montréal et grand ami malade qu'il appelait «mon Charles», la supérieure des Soeurs hospitalière de l'Hôtel-Dieu et le Dr Crevier qui est le chirurgien qui a opéré l'abbé Gadbois, accompagné de deux collègues.
Le praticien informe Raoul u'il n'y a plus aucun espoir et quatorze heures quarante-cinq minutes, les médecins retirent tous les tubes qui maintiennent encore un semblant de vie chez le patient, ils lui ferment les yeux, et lui croisent les mains sur la poitrine, puis le déclarent mort.
Mgr Chaumont s'agenouille avec les personnes présentes et récite les prières des défunts, puis il relè et commence à parler des funérailles nationales de se l'abbéve Gadbois en la basilique Notre-Dame de Montréal avec son frère Raoul.
Dehors, l'orage qui menaçait éclate soudain et à quinze heures, un très fort coup de tonnerre fait vibrer les vitres de l'Hôtel-Dieu et à cette seconde même, l'abbé Gadbois cligne des yeux le Dr Crevier qui l'a vu pousse un cri terrible : Il n'est pas mort!» et, avec ses deux assistants, remet aussitôt en place les tubes qu'il venait de débrancher à peine quelques minutes plus tôt sur le mourant.
L'abbé reprend lentement vie, il est sauvé (et c'est cet événement quasi miraculeux et presqu'inexplicabl qui a fait parler de «la première mort» de l'abbé Gadbois). Dans sa miséricorde, Dieu venait de juger que l'heure de son serviteur mencer une très longue et fidèle n'était pas arrivée et l'abbé Gadbois allait alors commencer une très longue et pénible convalescence, d'abord à l'hôpital Saint-Charles Borromée pendant sept moispuis pendant quinze mois à l'infirmerie de la Fraternité sacerdotale à la Pointe-du-Lac avant de trouver refuge chez sa m ère à Montréal.
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Témoignage de sa mère Mme Prospert Gadbois
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Vers la fin de sa vie, quelques années à peine après le retour de son fils à la maison paternelle, devenue aveugle, dé madame Célina Gadbois, mère de l'abbé Gadbois, le14 novembre 1972 à l'âge de quatre-vingt-treize ans, avait dicté à une petite fille de neuf ans, Linda Lemay, un petit texte émouvant sous le titre «Quelques souvenirs d'une vieille aveugle». Voici ce très beau texte qui fut dactylographié à l'époque par Mlle Georgette Deschênes.
Voici le déclin du jour, le soleil ne répand plus ses doux rayons sur la terre : c'est l'ombre et bientôt la nuit.
Oui, c'est dans le grand silence de la nuit que j'aime à revivre quelques souvenirs du passé, d'abord dans les jours sombres et tristes de la maladie, puis dans les jours ensoleillés et en santé avec ma petite famille.
Je remplissais avec grand courage ma besogne journalière; des jours d'allégresse que le Seigneur, en sa bonté, venait m'enlever mes deux plus vieux enfants, pour les placer plus près de Lui pour son adoration et sa gloire, et pour nous faire mieux comprendre qu'une religieuse dans la famille, c'est la joie, l'espérance et la consolation.
Puis, c'est un prêtre, une rampe que le bon Dieu met sur notre chemin, pour s'appuyer quand on est épuisé.
Avec mon mari, il me semblait goûter les joies du Ciel; mon coeur débordait dans l'allégresse et mes yeux laissaient couler mes larmes; c'étaient des larmes de bonheur.
Vous aussi mes enfants, vous avez participé à ce bonheur; vous avez su au milieu du tourbillon de la vie, vous conserver sobres et honnêtes et dans la vraie foi vous faites honneur à la famille.
Maintenant, me voilà seule, mes jours sont comptés, bientôt je quitterai la terre pour une vie meilleure; dans le grand livre de la vie on ne peut plus tourner les pages : c'est la fin. Et lorsque l'heure du départ sonnera, que le glaive viendra trancher le fil de la vie, faites Seigneur que je puisse dire : me voilà avec mon bon ange, pleine de courage pour entreprendre le grand voyage d'où l'on ne revient plus. C'est l'éternité...
Adieu donc, chers enfants, dans un baiser affectueux de mon pauvre coeur, et, quand viendra votre tour, je serai là avec ma bonne Mère du ciel, les bras bien grands ouverts pour vous recevoir.
Un dernier adieu, au revoir au Ciel.
Votre mère de toujours
Le père de l'abbé Gadbois, monsieur Prosper Gadbois, était décédé quelques années avant son épouse, le 16 mai 1964 à l'âge de quatre-vingt-sept ans et demi.
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Sa convalescence chez sa soeur.
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C'est en 1966 que sa soeur va prendre soin de celui qui est redevenu l'abbé Gadbois et cela jusqu'à la fin de ses jours e n 1981. De cette cruelle épreuve que nous venons de relater et de laquelle il va triompher et se relever victorieusement et heureusement sans séquelles gênantes, l'abbé Gadbois sort encore grandi et poursuit allègrement son cheminement et sa marche en avant, rendu maintenant à cette période de la vie que l'on nomme le troisième âge.
Confié aux bons soins de sa soeur Rose-Alma qui a obtenu du Vatican, par l'entremise de sa communauté la Congrégation de Notre-Dame, l'autorisation de vivre à ses côtés, l'abbé Gadbois s'installe avec elle à la maison familiale du boulevard Pie IX à Montréal où il va passer les dernières années de sa vie, priant, travaillant, composant et jouant du piano et du violon pour le plaisir de ses proches.
Il se montre encore en public à plusieurs reprises en maintes occasions, soirées artistiques, réceptions et il retourne de temps à autre au Séminaire de Saint-Hyacinthe. Il va même accomplir une conversion spectaculaire à cette époque. Un jour, un jeune homme de dix-huit ans, Yvon Tremblay, se présente chez lui, boulevard Pie IX, pour lui montrer une chanson qu'il vient de composer et lui demander ce qu'il en pense.
L'abbé Gadbois reçoit l'adolescent avec sa gentillesse coutumière et constate que le jeune homme est presque devenù athée. Puis, il le revoit; des liens d'amitié profondément sincère et durable se nouent entre eux et le visiteur d'un jour devient un familier des lieux, au point qu'il sert fréquemment la messe que dit l'abbé Gadbois dans le petit oratoire que lui a installé chez eux sa soeur Rose-Alma. Et, aujourd'hui, YvonTremblay est devenu le curé d'une paroisse dans une ville d'Italie.
Ses amis de longue date n'avaient pas abandonné l'abbé Gadbois. C'est ainsi que le 31 mai 1974, M gr Albert Sanschagrin, évêque de Saint-Hyacinthe, lui adressait la lettre suivante :
Abbé Charles-Émile Gadbois
Évêché de Saint-Hyacinthe
Le 31 mai 1974
Bien cher Ami,
Bien que vous soyez un peu loin, vous êtes et demeurez toujours des nôtres. Aussi, je suis heureux encore cette année, de vous offrir mes meilleurs voeux à l'occasion de votre soixante-huitième anniversaire de naissance.
J'espère que votre santé se maintient. Vous pouvez compter sur mon amitié, ma collaboration et sur mes prières comme je compte beaucoup sur les vôtres puisque, pour vous, c'est devenu une des principales occupations de vos journées. J'aurai une intention toute spéciale pour vous à ma messe de ce premier juin, jour de votre fête. Vous êtes toujours le bienvenudans le diocèse.
En toute amitié et avec ma meilleure bénédiction en Notre-
Seigneur et Marie Immaculée.
En 1978, l'abbé Gadbois devient co-fondateur et vice- président du club de l'âge d'or «Le Sourire», dont le nom provient de la chanson du même nom écrite et composée par lui et qui se trouve dans l'un des albums de «La Bonne Chanson». Ce club du quartier Hochelaga-Maisonneuve est mis sur pied par un groupe d'aînés-es des environs immédiats avec l'aide d'une assistante sociale du CLSC local, madame Monique Fréchette et du signataire de ces lignes et grâce aux conseils du Conseil régional de l'âge d'or de Montréal auquel ce club sera ensuite affilié.
Même «retraité» comment peut-on dire ou écrire qu'il était retraité d'un homme toujours aussi actif et enthousiaste tel que l'abbé Gadbois , ce vaillant septuagénaire continuait à propager La Bonne Chanson. A cet égard, voici un témoignage et un hommage éloquent que lui adressait, le 18 novembre 1977, l'archevêque de Montréal, Son Éminence le Cardinal Paul Grégoire :
Albert Sanschagrin |
Cardinal Paul Grégoire de Montréal
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Archevêché de Montréal, le 18 novembre 1977
Cher Abbé Gadbois,
J'ai été très heureux de vous rencontrer récemment. Encore une fois, je constate que votre enthousiasme continue de don ner ses fruits.
Vous êtes de ceux-là qui ont compris qu'un foyer où l'on chante est un foyer heureux. Aussi je réjouis de voir de voir se répandre l'ceuvre de La Bonne Chanson.
C'est avec des sentiments fraternels que je vous encourage à poursuivre vos travaux. Je souhaite quee les familles et des groupes nombreux en tirent le plus grand profit.
Veuillez compter, cher confrère, sur mon appui le plus chaleureux. Que le Seigneur vous bénisse ainsi que tous plus ceux que vous aimez et cherchez à servir.
Paul Grégoire Archevêqu e de Montréal
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