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CHAPITRE VIII
MAÎTRISE RÉGULATION DES NAISSANCE
Position de l'Église -
Limitation ou régulation Maîtrise ou instinct -
Une confusion à éviter Amour et calcul
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Position de l'Église
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En découvrant, il y a quelques années, l'alternance précise des périodes de fécondité et d'infécondité de la femme, la science, nous l'avons dit, a fait un grand pas en avant. Elle rend possible une ordonnance des naissances qui, jusqu'ici, échappait au contrôle humain. Elle permet à l'homme la coopération réfléchie et volontaire à l'oeuvre de la procréation. Elle lui a remis une clef entre les mains, la clef des lois de la nature. De cette clef, l'homme peut faire bon ou mauvais usage. De soi, la clef sert aussi bien à favoriser les naissances qu'à les espacer ou à les éviter. Le moraliste se trouve confronté avec un problème nouveau : jusqu'où la raison humaine peut-elle influencer le processus procréateur ? L'homme peut-il utiliser les périodes agénésiques à son gré ?
A cette question la réponse est complexe, comme la réalité elle-même. Avec Pie XII, nous avons rappelé la loi générale de la fécondité, inhérente, de soi, à tout contrat de mariage.
A aucun moment on ne pourra oublier ce qui a été dit au chapitre précédent. La question de la régulation des naissances ne doit se poser, à une conscience chrétienne, que dans un climat de générosité et d'ouverture confiante à la vie et à Dieu. Toute solution inspirée par l'égoïsme ou par la peur de vivre n'est même pas envisagée dans ces pages. L'attitude morale à prendre dans ce domaine est à situer dans le cadre d'ensemble et l'orientation générale d'une vie chrétienne.
Pie XII s'est prononcé avec toute la clarté désirable sur la licéité morale de la régulation des naissances.
Dans un discours du 29 octobre 1951, adressé à l'Union catholique italienne des sages-femmes, il a envisagé, du point de vue moral, l'attitude du couple chrétien qui, en fait, ne poserait l'acte conjugal que durant les périodes stériles.
« La licéité morale d'une telle conduite des époux, déclarait-il, serait à affirmer ou à nier, selon que l'intention d'observer constamment ces périodes est basée ou non sur des motifs moraux suffisants et sûrs... Le contrat matrimonial, qui accorde aux époux le droit de satisfaire l'inclination de la nature, les établit en un état de vie, l'état conjugal. Or, aux époux qui en font usage, avec l'acte spécifique à leur état, la nature et le Créateur imposent la fonction de pourvoir à la conservation du genre humain. Telle est la prestation caractéristique qui fait la valeur propre de leur état. Par suite, embrasser l'état du mariage, user constamment de la faculté qui lui est propre et qui n'est licite que dans ces limites et, d'autre part, se soustraire toujours et délibérément, sans un motif grave, à son devoir principal, sera un péché contre le sens même de la vie conjugale. »
Pie XII invoquait donc des motifs graves pour per mettre en certains cas l'usage exclusif des périodes stériles.
Ces motifs, il les indique lui-même dans le passage qui suit :
« On peut être dispensé de cette prestation positive obligatoire (la procréation), même pour longtemps, pour la durée entière du mariage, par des motifs sérieux, comme ceux qu'il n'est pas rare de trouver dans ce qu'on appelle « indication » médicale, eugénique, économique et sociale. D'où il suit que l'observance des époques infécondes peut être licite sous l'aspect moral et, dans les circonstances indiquées, l'est réellement. »
Cette mise au point fut complétée par lui, peu après, dans un discours adressé au « Front de la famille », le 26 novembre 1951.
Après avoir souligné que la fonction primaire du mariage est d'être au service de la vie, et avoir exhorté à la générosité courageuse, Pie XII poursuivait en ces termes :
« D'autre part, l'Église sait considérer avec sympathie et compréhension les réelles difficultés de la vie matrimoniale à notre époque. Aussi, dans Notre dernière allocution sur la morale conjugale, avons-nous affirmé la légitimité et en même temps les limites bien larges en vérité d'une « régulation » des naissances, laquelle, contrairement à ce qu'on appelle « contrôle des naissances », est compatible avec la loi de Dieu. On peut même espérer (mais en cette matière l'Église laisse naturellement l'appréciation à la science médicale) que celle-ci réussira à donner à cette méthode licite une base suffisamment sûre, et les plus récentes informations semblent confirmer une telle espérance. »
Le principe de la licéité morale de la régulation n'est donc plus contestable, dès que les conditions indiquées se vérifient.
Ces diverses indications, prises séparément ou cumulativement, posent aux époux chrétiens des problèmes qu'ils ont à examiner en conscience, entre eux, en mesurant les facteurs en présence, et cela dans une perspective de générosité courageuse. Plus que jamais l'intention fondamentale, qui dicte les choix partiels, donnera à la décision concrète son orientation moralement valable.
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Limitation ou régulation
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On remarquera que Pie XII parle non de limitation des naissances, non de Birth Control, mais de régulation des naissances. Il s'agit non pas forcément de limiter le nombre d'enfants, mais de les espacer sur un laps de temps plus long, de rationaliser ce qui était laissé au seul instinct procréateur, étant entendu que l'usage de la raison en ce domaine est un usage digne de l'homme, conforme aux lois mêmes de l'amour et de la vie. D'un point de vue purement nataliste, cette régulation ne vise pas une diminution du nombre des enfants : une meilleure répartition dans le temps peut au contraire aider une mère à accepter les charges d'une maternité à rythme mieux équilibré et à l'accepter avec une générosité accrue, en même temps qu'avec des forces physiques mieux préparées. Même sous ce rapport, il serait injuste de s'en prendre à la continence périodique quand celle-ci s'impose en conscience. Enfin, dernière remarque : cette régulation n'est pas un problème qui ne se pose qu'aux époux qui ont peu ou pas d'enfants. Certains foyers chrétiens affronteront le problème parfois après une ou deux naissances, d'autres après sept ou huit ou plus. Ce n'est donc pas un problème réservé comme tel à la famille restreinte. La famille nombreuse elle-même n'y échappe pas. |
Maîtrise ou instinct
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Deux attitudes sont possibles devant l'acte procréateur : se laisser aller aveuglément à l'égoïsme de l'instinct qui réclame satisfaction, et refuser à la raison et donc à la maîtrise de soi toute intervention en la matière ; ou, au contraire, opter pour la procréation réfléchie, volontaire, pesée et mûrie sous le regard de Dieu.
La première attitude, qui donne libre cours au seul instinct, n'est pas digne de l'homme : tout le monde condamne à bon droit l'alcoolique, qui met au monde une progéniture misérable, sans égard pour sa femme et pour ses enfants. Il y a un tel contraste entre la sainteté de l'acte procréateur et les conditions dans lesquelles il serait accompli, que cela constituerait une profanation. La seule attitude digne de l'homme et du chrétien est celle qui fait appel à la raison et à la foi pour poser cet acte de haute collaboration avec Dieu. La vertu de prudence humaine, cette voie normale qui exprime la volonté de la Providence , doit servir non à laisser l'instinct à son jeu aveugle, mais à le conduire et à le guider. L'amour conjugal doit être ordonné, ce qui implique délibération, réflexion, décision. Il est digne de l'homme de coopérer en pleine conscience à l'oeuvre créatrice de Dieu ; la soumission aveugle à l'instinct comme tel n'honore pas Dieu, mais bien la soumission pleine et entière à sa loi à toute sa loi. La prudence consiste « à faire la vérité » dans l'harmonie de tous les devoirs, à choisir, devant la complexité du réel, ce qui répond le mieux à la pensée totale de Dieu sur nous. Cette prudence humaine aura besoin d'être animée de l'intérieur par les dons de sagesse et de conseil, et c'est pourquoi le foyer vraiment chrétien pèsera, dans la prière, les décisions à prendre
Il est digne du chrétien de poser, en connaissance de cause, un acte d'une telle portée naturelle et surnaturelle. Mettre au monde un enfant est un acte sacré : il est normal qu'il soit décidé en commun entre les conjoints, après avoir, dans le recueillement préalable et devant Dieu, été voulu et non livré au hasard et subi. L'enfant attendu, souhaité, trouvera à son berceau un amour qui l'épanouira d'autant mieux que le foyer est préparé à l'accueil. Cette réflexion, toute plongée dans la prière, vivifiée par les vertus théologales et inspirée par une confiance filiale en Dieu, sera un acte d'hommage à Dieu et disposera le couple à une collaboration intime avec le Créateur lui-même. Réfléchir et prier, ce n'est pas égoïsme et repli sur soi, mais ouverture à Dieu et confiance dans son amour.
Mais précisément, dira-t-on, pour faire confiance à Dieu, ne doit-on pas se fier à lui aveuglément ? Et ne serait-ce pas là une des formes du beau risque chrétien face à la vie ? Il y a un risque chrétien immanent, en effet, à la profession de la vie chrétienne, mais il est des risques que la charité interdit de courir en certains cas. La grandeur du mérite ne se détermine pas en fonction du plus grand risque ou de la plus grande difficiilté vaincue, mais en fonction de la charité qui inspire le geste. La vertu ne grandit pas avec l'obstacle à vaincre sinon plus on avance en chasteté, plus la vertu diminuerait mais avec l'intensité de l'amour envers Dieu dont l'homme s'inspire dans sa décision.
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Il arrive que des chrétiens, bien intentionnés mais mal éclairés, assimilent à la fraude onaniste pure et simple la continence périodique basée sur les alternances naturelles.
La fraude onaniste peu importe l'origine mal choisie du nom est chose toute différente. L'onanisme consiste essentiellement à chercher le plaisir génital, lié par nature à l'acte procréateur, en le dissociant de celui-ci, avant, pendant ou après, par un artifice qui y met obstacle. La malice grave, mortelle, de cet acte est dans la volonté de l'homme qui fait, par son intervention propre, dévier de sa finalité naturelle l'acte qu'il pose et qu'il a vicié. La continence périodique respecte au contraire l'ordre naturel des choses, puisque c'est la nature elle-même qui a réglé ces alternances de périodes fertiles et non fertiles. Pie XI, dans sa célèbre Encyclique sur le mariage Casti Connubii, le disait explicitement : « Il ne faut pas non plus accuser d'actes contre nature les époux qui usent de leur droit suivant la droite et naturelle raison, même si pour des causes naturelles, dues soit au temps (périodes infécondes), soit à certaines défectuosités physiques, une nouvelle vie n'en peut pas sortir ». L'Église n'a jamais interdit l'usage du mariage en cas de stérilité. Le mariage, en effet, a plusieurs fins : l'absence de la fin primaire, c'est-à-dire de la procréation, ne supprime pas les fins qui tendent à l'épanouissement mutuel des personnes. Le même raisonnement vaut pour la continence périodique. Il importe de comprendre clairement en tout ceci la position de l'Église.
Jamais elle ne proclamera que l'usage des contraceptifs est licite : l'onanisme a été condamné en termes décisifs par Casti Connubii, reprenant sur ce point toute la tradition morale de l'Église. Ce qui hier a été déclaré intrinsèquement immoral ne deviendra pas moral demain. Il ne faut entretenir aucune équivoque sur ce point ni aucun faux espoir : l'Église ne décrète pas l'immoralité de ces pratiques, elle ne fait qu'entériner la loi naturelle à cet égard. L'usage de contraceptifs est une perversion artificielle d'un acte qui de soi doit pouvoir tendre vers sa finalité reproductrice ; il est la négation même de la communion conjugale, au sein de laquelle il établit un divorce secret et qu'il transforme en mensonge et en recherche de soi, alors qu'il devrait être acte de donation réciproque ; il est par surcroît une atteinte à la paternité de Dieu, qui est la source première de la vie et dont l'homme est ici le collaborateur.
Ceci montre à suffisance que la continence périodique se situe sur un tout autre plan.
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Amour et calcul
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Sans rejeter la continence périodique au nom de la morale, il en est qui voudraient la condamner pourtant au nom de l'amour. Ils se refusent à toute intervention de la raison dans la vie conjugale proprement dite, la qualifiant de calcul et déclarant que l'amour exclut tout calcul et doit être laissé à lui-même.
Il faut répondre : il y a calcul et calcul. Il y a le calcul égoïste, qui ne recherche que le plaisir et écarte les risques ; ce calcul-là, nous l'excluons d'emblée, comme indigne de l'amour authentique. Mais on ne peut nommer calcul, au sens péjoratif, la réflexion de l'homme et de la femme qui, tout en souhaitant une fécondité généreuse, sont aux prises avec des circonstances économiques ou médicales qui les obligent de surseoir à la procréation. Ne pas tenir compte de ces circonstances serait un acte d'égoïsme indéfendable, une atteinte à l'amour. Dieu a donné à l'homme les lumières de la foi et de la raison pour qu'elles éclairent sa route, toute la route et en toute direction. Il appartient à l'homme d'en user au service même de l'amour. Ceci doit être dit clairement. Ceux qui veulent défendre par un tel argument la liberté et la spontanéité de l'instinct sexuel, oublient que tout instinct est soumis à la raison. Où irions-nous s'il fallait respecter sans contrôle, sous prétexte de leur caractère naturel, l'instinct d'agressivité ou l'instinct de la peur, de la faim, de la conservation ou de la propriété ? Un soldat qui déserte son poste au combat parce qu'il ne veut pas réprimer l'instinct naturel de la peur et de la conservation, est qualifié de traître, et l'instinct de la faim n'autorise pas la gour mandise, pas plus que l'instinct sexuel ne légitime la luxure. Sans doute l'amour physique dans son acte terminal s'accommode-t-il mal du calcul, mais pourquoi encore une fois restreindre l'amour à ce seul aspect charnel ? L'amour vrai connaît d'autres dimensions, nous l'avons dit: aimer ce n'est pas seulement vouloir ce geste final d'union, mais c'est avant tout vouloir le bien véritable de son conjoint : santé, ressources, conditions de logement, tout cela doit entrer en ligne de compte si l'on veut qu'un geste d'amour respecte la totalité du réel.
L'amour même doit inspirer et guider l'effort pour acquérir la maîtrise de soi : la loyauté se manifestera précisément dans la continuité de cet effort. Prétendre que l'amour exclut tout calcul, c'est oublier aussi que l'amour vrai a d'autres moyens de s'exprimer que la relation conjugale complète. La continence périodique n'impose pas, nous l'avons dit, de vivre comme frère et soeur, selon une expression clichée mais peu adéquate ; elle permet toute la gamme des intimités physiques en deçà du réflexe terminal et il est normal que ces intimités prennent une plus large place en l'absence de celui-ci. La politique du tout ou rien n'a que faire en ce domaine, et on fausse toute solution humaine et chrétienne si l'on place les époux chrétiens devant le dilemme : ou le geste total ou l'isolement. Les époux ont à pratiquer conjugalement, nous l'avons dit, la continence périodique : ils restent unis dans cet acte de renoncement, voulu et accepté en commun. La traduction de leur amour prendra des formes variées selon la maîtrise de soi qu'ils auront réussi à acquérir. De soi, les intimités conjugales sont bonnes, souhaitables, nécessaires entre époux. Normalement elles cimentent leur union, dans la mesure où elles sont, non pas recherche d'érotisme, c'est-à-dire finalement recherche de soi, mais donation réciproque, amour valable. On voit ici à quel point le contrôle de soi est un élément essentiel d'une véritable union.
Lorsque la continence périodique s'impose dans un foyer, elle prend la forme et le visage de l'amour conjugal véritable. Cette pratique, qui est une mise en exercice de la maîtrise sexuelle en harmonie avec les données de la nature, ne doit pas être considérée comme un pis aller par rapport à l'abstention pure et simple. Dans le contexte d'une vie conjugale déterminée, c'est la méthode qui sauvegarde le mieux la charité et l'harmonie du foyer qu'il faut considérer comme la plus parfaite, |
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