DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

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Prêtres du Monde

auteur

+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.

Rimouski Qc. Canada

Titre de la série :
Amour et maîtrise de soi
Titre de la page:

CONCLUSION 14
—Dieu dit à l'homme :
« Tu aimeras. »


Nom de l'auteur:
Cardinal Léon Joseph Suenens

 

                CONCLUSION - DIEU DIT A L'HOMME :

Cardinal Léon Joseph Suenens

« TU AIMERAS... »

Toute la loi de Dieu se résume en ces mots : tu aimeras. Cet amour va en deux directions : Dieu et le prochain. Il ne s'agit cependant pas ici de deux amours. Duo praecepta, sed una caritas, a dit un Père de l'Église. Il y a deux préceptes à observer, mais c'est le même amour qui les anime.

En ces pages, nous avons voulu aider à sauver et à restaurer la sainteté de cet amour aux prises avec la faiblesse humaine.

Le démon fait tout ce qu'il peut pour désacraliser l'amour, et empêcher les chrétiens de parler et de transmettre au monde, comme un flambeau dans la nuit, la pure doctrine de l'amour authentique sorti du coeur de Dieu. Silence des éducateurs, silence des parents, silence de tant de chrétiens qui ont mission de parler : quelle tragédie !

Or la parole du Seigneur, ici plus que jamais, s'impose : « La vérité vous libérera ».

En retrouvant le sens vrai de l'amour, on découvre la véritable liberté des enfants de Dieu.

Tu aimeras.

L'évangile même n'est que le développement de cette parole.

Elle inaugure la vie chrétienne, puisque l'Esprit-Saint, au baptême, infuse en nos coeurs un amour nouveau, qui se nomme la charité théologale.

Elle en marque la fin : le jugement dernier portera sur cette unique question : qu'as-tu fait de l'amour qui devait te brûler le cœur ?

Elle en constitue toute la trame. Quand Jésus a dit : « Je suis venu porter le feu sur la terre et que puis-je désirer sinon qu'il s'allume? », il pensait au feu de l'amour.

Il nous faut garder la flamme que Dieu nous a tendue, après l'avoir allumée, comme une torche vive, à son propre coeur. Il nous faut la transmettre à d'autres : chaque foyer qui se crée ici-bas est un relais qui doit porter plus loin cette chaleur, cette clarté.

Et ceux qui renoncent à l'amour humain, par un plus haut amour de Dieu et des hommes, ne le font que pour mieux enseigner à leurs frères comment protéger la flamme chancelante au milieu des courants pervers qui tentent de l'étouffer.

Tu aimeras.

Les vertus cardinales ne sont rien si la charité ne les anime.

La justice, sans amour, est déni d justice, car, comme le disait Joubert, l'homme ne peut être juste qu'envers ceux qu'il aime.

La prudence, sans amour, est pusillanimité, car la prudence n'est digne de ce nom que si elle sait choisir ses risques pour aimer davantage.

La force, sans amour, est brutalité, car la force véritable n'est qu'un amour qui veut promouvoir et faire triompher le bien.

La tempérance, sans amour, est médiocrité et perfor­ mance à vide, car la maîtrise de soi doit être tout entière au service de l'amour. Tel est le vrai visage de la chasteté dans la pensée de Dieu.

Tu aimeras.

Parole simple comme Dieu même, et qui conduit une vie à l'unité. Car ce que Dieu demande, c'est que nous aimions tous nos frères, comme lui, d'un même et unique amour.

L'amour se répand par cercles concentriques, toujours plus élargis, jusqu'aux limites du monde ; le prochain plus proche fait place graduellement au prochain de plus en lointain. Mais c'est du même amour qu'il nous faut aimer.

La traduction de cet amour variera, comme la prédilection divine elle-même. Ses expressions prendront d'autres formes selon la variété des situations et le degré d'intimité qu'elles entraînent. Elles iront, depuis l'étreinte conjugale pour les époux, jusqu'au sourire et à la poignée de mains à l'étranger. Mais elles sont les variantes d'un même texte fondamental. Elles sont le même élan, qui prend sa source en Dieu et y retourne dans les multiples fidélités à la même loi du Seigneur.

Tu aimeras.

C'est la parole qui brille au firmament comme l'étoile des mages, comme le grand signe apostolique flamboyant, auquel Dieu veut qu'on reconnaisse le vrai visage de son Église et de ses disciples.

« Voyez comme ils s'aiment » : n'était-ce pas le premier argument qui frappa au coeur la foule de Jérusalem à la vue des premiers disciples et qui déclencha les conversions ?

« Voyez quel amour je vous enseigne, redit l'Église à toutes les générations qui se succèdent, et voyez ce qu'il m'en coûte, »

N'a-t-elle pas perdu l'Angleterre, au temps de Henri VIII, plutôt que de sacrifier l'indissolubilité de l'amour que le Maître lui confia en dépôt ?

N'est-elle pas disposée encore aujourd'hui, malgré sa souffrance de mère, à voir partir des foules qui trouvent son langage trop dur et lui tournent le dos?

Et voyez-la prête aussi à ouvrir les bras, dans l'espérance, à tous les enfants prodigues qui, après avoir goûté les nourritures terrestres, sentent la faim et éprouvent la nostalgie de la maison paternelle ; tels ces jeunes Scandinaves qui, blasés de tout, avouaient à un prêtre catholique de passage : « Nous n'avons plus le choix qu'entre le suicide et le catholicisme ».

Tu aimeras.

C'est l'appel que l'Église adresse au monde contemporain, pour lui faire redécouvrir ce qu'il connaît de moins en moins : la joie du coeur.

Le désordre sexuel étalé ou caché est, pour une large part, responsable de la tristesse des hommes : la démission morale énerve, affaiblit, assombrit. La recherche effrénée du plaisir a un goût de vide et de néant. Seule la maîtrise de soi et l'obéissance loyale aux commandements de Dieu ouvrent aux hommes ce royaume, toujours nouveau et inexploré, comme Dieu lui-même, qui s'appelle la joie. Il faut opter. La nature elle-même se charge de nous dire où se trouve notre vraie finalité. Écoutez ces lignes de Bergson, dont la justesse se vérifie à chaque ligne de ce livre.

« Les philosophes, qui ont spéculé sur la signification de la vie et sur la destinée de l'homme, n'ont pas assez remarqué que la nature même a pris la peine de nous renseigner là-dessus elle-même. Elle nous avertit par un signe précis que notre destination est atteinte. Ce signe est la joie. Je dis la joie, je ne dis pas le plaisir... ; le plaisir n'est qu'un artifice imaginé par la nature pour obtenir de l'être vivant la conservation de la vie : il n'indique pas la direction où la vie est lancée... Partout où il y a joie, il y a création : plus riche est la création, plus profonde est la joie 1 . »

Nous retrouvons ainsi, éclairée peut-être d'un jour nouveau, la parole du Maître, que l'on cite parfois pour se plaindre de l'intransigeance de l'Église et la lui opposer : « Mon joug est doux et mon fardeau léger ».

Malgré les démentis apparents que l'on croit découvrir dans telle ou telle situation tragique, cette parole ne trompe pas.

Mais il faut, pour percer les ténèbres, le regard de la foi. On a peine à croire au soleil lorsque les nuages sont bas et lourds. Pourtant le soleil est toujours là, fidèle et sûr.

Cette découverte sera pour ceux qui souffrent une grande source de paix et de joie. Car l'affirmation du Maître : « Mon joug est doux et mon fardeau léger », prévaut sur toutes les apparences contraires et reste vraie pour tous les temps et pour toutes les situations. Cette parole, aucun fait ne peut lui infliger un démenti. Cette parole commande aux faits, elle les domine, elle les crée. Sa véracité, au besoin, forcera le miracle.

A la condition de se laisser faire par elle, comme la Très Sainte Vierge à l'Annonciation, qui traduisit sa pleine obéissance à l'ordre de Dieu par ce seul mot : « Qu'il me soit fait selon votre Parole ». Marie a été façonnée par la Parole jusqu'au coeur de son être : la joie de son Magnificat est le cri de sa fidélité.

Tout chrétien, qui obéit à la loi de Dieu, possède la clef de la sérénité et de la joie, dans la mesure où il se soumet filialement à tous les impératifs de la Loi. Le christianisme, comme tel, est source de bonheur ; pour l'individu, pour la famille, pour la société. La loi de l'évangile, vécue dans toutes ses ramifications, instaure en nous une joie et une paix dont Jésus disait que « le monde ne la connaît pas, mais que nul ne pourra la ravir ».

C'est vrai, tout particulièrement de la loi du Seigneur en matière conjugale : loi de maîtrise et d'oubli de soi, loi de fidélité et d'indissolubilité, loi qui paraît dure à l'égoïsme et à la versatilité humaine. Le bonheur familial pour l'humanité est pourtant à ce prix, malgré les apparences contraires et les situations, en certains cas, humainement désespérées et temporairement insolubles. L'obéissance doit s'enraciner, alors plus que jamais, dans les profondeurs de la foi théologale.

Une âme chrétienne, à la foi lucide et courageuse, cherchant à mieux connaître les exigences de cette morale conjugale, m'écrivit un jour ces lignes qui font admirablement écho, par l'expérience vécue, à la promesse du Maître :

« Tout ce que je désire savoir c'est : quelle est la volonté de Dieu en la matière ? Car l'obéissance à cette volonté, quelle qu'en soit la dureté apparente pour qui la juge du dehors, est en dernière analyse le chemin facile. A qui obéit, les grâces nécessaires sont données et elles vivifient l'âme. C'est le poids du péché qui seul est lourd à porter et qui accable l'âme et le corps de plus en plus au fur et à mesure qu'il s'accroît. Le joug de Jésus est toujours doux et léger quand il est accepté pleinement ; «nul homme » ne peut arracher de l'âme la joie surnaturelle qui prend sa source en Dieu. Le martyre, sous toutes ses formes, même dans la forme la moins spectaculaire de la persécution à domicile, peut être supporté aisément. Si nous avons peine à comprendre cette parole « mon joug est doux et mon fardeau léger », ne serait-ce pas parce que nous oublions que l'Amour rend cher et doux ce qui en soi est dur à porter ? Le Seigneur, qui est l'Amour incarné, envahit l'âme et donne une joie qui ne peut être tarie par aucune chose créée, de quelque nature que ce soit, par aucune déception, aucun échec, aucune trahison, aucun désappointement. Il est en nous une demeure intérieure où la joie règne inaltérable. Je l'ai senti très intimement à travers toute ma vie, à tel point que je pourrais dire que je ne sais pas ce qu'est la souffrance, que je n'ai jamais souffert. La seule souffrance vraiment lancinante est le martyre d'une âme qui n'a ni foi ni espérance ni charité. »

Tous n'atteignent pas une foi théologale de cette trempe et de cette logique. Mais tout chrétien doit y tendre et doit savoir que la paix du coeur et la joie sont à ce prix. En adhérant à la volonté de Dieu sur lui, à cette volonté qui n'est pas arbitraire, mais qui est l'expression même de l'amour personnel de Dieu pour lui, le chrétien sait qu'il réalise sa finalité suprême et obtiendra la joie. Cette joie éclipse les plaisirs, comme le soleil levant éteint les lumières artificielles. Le chrétien doit au monde le témoignage de sa joie, de la joie née de l'Esprit-Saint, de la joie fruit de l'amour en état de grâce.

Ce livre a été écrit d'abord, nous le disions en commençant, pour ceux qui portent une responsabilité directe dans la formation à l'amour. Au moment de l'achever, c'est vers les époux eux-mêmes que nous voudrions nous tourner pour leur demander de transmettre courageusement, totalement, le flambeau de l'amour chrétien aux générations à venir. Cette invitation, nous voudrions la traduire en style direct, en adressant à chaque foyer les lignes que nous écrivions à des fiancés, à la veille du mariage.

C'était au retour d'un voyage en avion: la capitale brillait de tous ses feux dans la nuit, comme une immense voie lactée, descendue sur la terre. Chaque maison, chaque étage éclairé jetait sa note de lumière: c'était comme une procession aux flambeaux immobiles. Je songeai au jeune couple ami, qui allait se marier et qui aurait à être, lui aussi, une lumière qui brille dans les ténèbres, un chandelier à mettre sur le boisseau. En débarquant je leur adressai cette page, qui servira de conclusion, et qui voudrait redire à chaque foyer, connu ou inconnu, l'éternel message de bonheur et d'amour, de bonheur dans l'amour, qui est au coeur du christianisme:

Regardez une ville du haut d'un avion.
Rien ne vaut l'avion pour mesurer les hommes et les choses, à leur vraie dimension.
Et demandez-vous le sens de chacune de ces maisons, le secret de chaque appartement.

Qu'est-ce qu'une maison?
C'est un abri qui cache un foyer.
L'abri peut être pauvre ou luxueux, il recouvre une réalité toujours pareille: un foyer.

Qu'est-ce qu'un foyer?
C'est la rencontre de deux amours.
C'est un jeune homme et une jeune fille qui se sont rencontrés un jour.
Cette rencontre s'est faite après mille hasards mystérieux, que nous nommons la Providence.
Cet homme et cette femme se sont dit des mots simples: « Je t'aime ».
Car il n'y en a pas d'autres, et toutes les langues sont identiques.
Le pauvre et le riche les ont dits avec le même accent, car pour une fois ici-bas l'égalité est absolue.

Pourquoi « cette » rencontre?
Qui le dira?
L'homme se donnera des raisons, et parce qu'il se veut raisonnable, il inventera des raisons d'aimer et les répétera à lui-même et à ses amis, s'ils veulent bien l'écouter.

Mais ces amis n'y croiront pas trop, et ce sera sagesse. La femme n'expliquera pas; elle aime parce qu'elle aime; un point, c'est tout. Son amour sera moins vacillant parce qu'il ne se construit pas sur une logique de raisons discutables.

De ces deux amours un foyer est né.
Un foyer c'est un âtre où deux flammes n'en font plus qu'une, et aue le ver! ne doit jamais souffler.
Et un beau jour cette flamme unique donne naissance à une autre flamme, puis à une autre encore.

Un foyer, c'est comme une grotte de Lourdes avec de nombreux cierges plus petits, autour d'un grand qui les protège.
Cette flamme s'appelle l'amour, et chacun des cierges est une réserve d'amour.
Cette flamme est à l'image de Dieu.

Car Dieu est Amour.
Et tout ce qui se passe de vraiment vrai dans chacune de ces maisons que l'on voit briller dans la nuit, c'est ce qui touche à la vie de cette flamme.

L'homme n'est créé que pour cela.
Et la femme aussi.
Et les enfants.
Et les enfants de leurs enfants.

Ils ont à garder l'Amour de Dieu dans des vases fragiles.
Et pour le garder il n'y a pas d'autre secret que de le répandre autour de soi.
Qui veut garder l'amour comme on garde son âme doit le perdre.

Le perdre dans d'autres âmes, qui vivront de ce don, pour le temps et pour l'éternité.
Car l'Amour ne meurt pas, puisque Dieu ne meurt pas, et que c'est Dieu qui aime dans un coeur d'homme.

Références

1. Cité par Jacques Chevalier dans son livre : Bergson, p. 239.


 
 
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