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Chrétien médecin ou médecin chrétien?
-Le médecin vis - à - vis du Christ
- Le médecin vis-à-vis de l'homme
Le médecin et le désordre sexuel
-Le médecin, formateur de collaborateurs
Où trouver les intermédiaires?
-Rôle de la femme médecin
Le prix à payer -Rendement
- Le médecin, homme social
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L'organisation sociale chrétienne de la profession médicale. Rencontres médecins — moralistes -Un service à rendre rôle du prêtre est étroitement lié à celui du médecin. Il leur appartient de collaborer à l'éducation des hommes à la maîtrise de soi : leur action solidaire, conjuguée, complémentaire est une condition première de réussite. Chacun d'eux doit, à tour de rôle, recevoir et donner. Au prêtre appartient la doctrine avec ses implications morales, au médecin la science des voies et moyens au service d'une vision commune de l'homme.
Le médecin est particulièrement qualifié pour jouer un rôle de choix au service de cette cause, éminemment humaine et religieuse à la fois, qu'est la maîtrise sexuelle au sein de l'amour conjugal.
Le premier devoir du médecin chrétien est de prendre conscience de cette mission, d'écouter saint Paul lui dire : « Voyez quelle est votre vocation »
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Chrétien médecin ou médecin chrétien?
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Faut-il parler d'un chrétien médecin ou d'un médecin chrétien ?
A première vue, la question pourrait paraître oiseuse. En fait, elle pose très exactement le problème : Le médecin chrétien est-il d'abord médecin, et chrétien par sur croît, ou est-il avant tout un chrétien qui exerce la médecine ?
La réponse n'est pas douteuse : un baptisé, médecin ou non, est avant tout un chrétien. Cette prise de position est fondamentale. Chez le médecin chrétien c'est la qualité de chrétien, de baptisé, qui est la qualité dominante, substantielle. Le christianisme est son premier « devoir d'état », avec lequel il doit harmoniser les autres : c'est l'âme de ses devoirs professionnels.
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Le médecin vis - à - vis du Christ
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Le médecin est relié au Christ par une singulière alliance. Le Maître est venu vers les hommes pour les sauver et aussi pour les guérir. « Je ne suis pas venu, a-t-il dit, pour les bien portants mais pour les malades. » Certes, il visait avant tout ceux dont l'âme était malade, mais il n'oubliait pas les corps en détresse. Sur son passage les guérisons éclatent : l'évangile est entrecoupé des gestes du Christ qui guérit les malades. Une femme touche la frange de son habit et l'hémorragie dont elle souffrait s'arrête. Lui-même mélange de sa salive avec un peu de boue, et l'aveugle voit. A son contact ou à son commandement, les paralysés se redressent, saisissent leur grabat et marchent ; la fièvre tombe ; les malades reprennent vie à distance à l'heure même où Jésus annonce qu'il exauce une prière ; les morts eux-mêmes ressuscitent au son de sa voix et Lazare sort du tombeau. La miséricorde du Seigneur se lit en filigrane à chaque page de l'évangile, et elle enveloppe les âmes et les corps. Le Christ, premier médecin du monde, fait, d'un geste instantané et souverain, ce que la science médicale essaie de faire en tâtonnant, soumise à la durée dans la lutte contre les maladies. Entre le Christ et le médecin il y a un lien de choix, une connexion secrète. Ce dernier prolonge, par d'autres voies et moyens, quelque chose de la mission propre du Sauveur en Palestine.
Le malade levant les yeux vers le médecin, dans un appel au secours, reconnaît en celui qui se penche sur lui un rayon de la miséricorde du Sauveur. Il a, vis-à-vis du médecin, quelque chose de l'attitude de confiance et d'humilité qu'il témoigne au prêtre. L'homme est un tout, et il sent que le Christ est le Sauveur de ce tout. Le prêtre et le médecin sont, à son chevet, à l'image du Fils de Dieu, les ministres d'une unique miséricorde. Le malade se confie au médecin : il ne lui livre pas seulement ses plaies ou ses blessures, mais il remet sa vie même entre ses mains, pour peu qu'il sente chez lui un intérêt paternel. Le médecin est pour lui plus que le thérapeute qui traite telle affection locale ; il est le bon Samaritain, qui verse l'huile sur la blessure, sans doute, mais qui prend aussi le blessé en charge et lui procure, s'il le peut, un abri.
La vocation médicale rejoint le sacerdoce du prêtre ; elle puise sa grandeur dans le maniement délicat de l'homme jusqu'en ses suprêmes profondeurs. Qui ne sait de quel poids est l'autorité du médecin auprès du malade, de quel crédit il jouit auprès de celui qui s'ouvre à lui ?
Le médecin est un manieur d'hommes ; ses dons de psychologue font partie intégrante de son talent médical ; son rayonnement chrétien agira sur ceux qu'il approck , que ceux-ci le sentent ou non avec une efficacité analogue à celle des rayons ultra-violets qu'il braque sur ses patients. Derrière l'écrivain, Pascal cherchait l'homme ; derrière le médecin, le malade cherche consciemment ou inconsciemment le Christ qui sauve et qui guérit.
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Le médecin vis-à-vis de l'homme
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Mieux que d'autres, le médecin chrétien sait qu'il ne soigne pas seulement un corps mais un homme, c'est- à-dire un corps animé, une âme incarnée. Il doit se pencher sur la totalité humaine. Responsable de la santé, il l'est de l'homme tout entier ; il n'est ni humain ni chrétien de faire des cloisons étanches. Pie XII disait à un groupe de cancérologues italiens : « Avant tout, il faut que le praticien considère l'homme tout entier, dans l'unité de sa personne, c'est-à-dire non seulement son état physique, mais aussi sa psychologie, son idéal moral et spirituel et la place qu'il occupe dans son milieu social ».
Il appartient au monde médical catholique d'être à l'avant-garde de cette médecine intégrale qui fait appel aux facteurs spirituels et moraux, qui est attentive aux moindres répercussions psychologiques du traitement et de ses conditions, qui est aux aguets pour saisir toute interaction et toute interférence entre le spirituel et le corporel. Il ne doit jamais perdre de vue que si une blessure faite au corps n'atteint pas l'âme, une blessure faite à l'âme atteint le corps. Le péché fait naître inévitable ment un déséquilibre. Chaque commandement de Dieu violé s'inscrit à notre détriment dans notre chair vive. Il engendre de quelque manière le trouble et détruit la joie, facteur essentiel de la santé même physique. Que de névroses prennent leur source dans le reniement du Sauveur ! Le désordre sexuel, qui nous occupe et qui est à la base de tant de ruines, échappe moins que tout autre à cette loi. Pour le médecin chrétien c'est une raison, plus pressante encore, de remplir à plein son rôle pour restaurer, là surtout, un équilibre compromis.
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Le médecin et le désordre sexuel
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Le malade, sur lequel nous nous penchons en ces pages, c'est l'homme qui a perdu, et qui doit retrouver la maîtrise de soi.
Le médecin qui a compris sa vocation « chrétienne » y découvre l'appel à sa collaboration en faveur de l'humanité telle qu'elle est.
Si déjà le chrétien, selon la magnifique définition de Lacordaire, « est un homme à qui Jésus-Christ a confié d'autres hommes », le médecin chrétien est, à un titre spécial, celui qui a reçu en charge d'autres hommes à aider, à redresser, à sauver. Sa profession médicale sera la modalité propre où il exprimera et traduira ce devoir commun à tous les fils de l'Église.
On lui confie, très spécialement, l'humanité déséqui librée par le péché originel. Ce trouble, ce désordre foncier avec toutes ses déviations humaines, fait partie de son fief, de son champ d'action, de scn secteur d'apostolat chrétien. Le vrai prochain confié à ses soins c'est toute l'humanité souffrante. Le médecin ne devra jamais perdre de vue les dimensions de son devoir.
Il est demandé au médecin de tenter la restauration de l'homme selon la pensée primitive de Dieu. A l'origine l'homme, créé à l'image de Dieu, était harmonie et équilibre. Le corps soumis à l'âme, l'âme soumise à Dieu : tel était l'homme au matin de la création, avant que le péché originel ait bouleversé cet ordre magnifique. Le médecin, confronté tous les jours avec les conséquences du péché originel, doit tenter de rétablir en l'homme, pour sa part, la ressemblance divine, la rectitude initiale, le plan primitif de Dieu. Tâche exaltante en tous domaines, mais plus spécialement dans le domaine sexuel, que nous examinons, parce que là surtout la maîtrise de l'homme sur lui-même est une oeuvre de redressement qui affecte toute sa destinée. Tâche de collaboration avec l'Esprit- Saint lui-même auquel cette oeuvre de guérison est spéciale ment confiée dans l'hymne de la Pentecôte :
Lava quod est sordidum,
Riga quod est aridum,
Sana quod est saucium,
Flecte quod est rigidum,
Fove quod est frigidum,
Rege quod est devium. |
Lave ce qui est souillé,
Arrose ce qui est desséché,
Guéris ce qui est blessé,
Fléchis ce qui est raidi,
Réchauffe ce qui est froid,
Redresse ce qui est dévié. |
Tout chrétien est, par définition, universel : son regard ne peut se rétrécir ni se borner à son horizon immédiat. « Ma paroisse, c'est le monde s'est un adage qui vaut pour le médecin comme pour chaque baptisé. Le regard du médecin débordera donc l'horizon étroit de ses propres malades : il a mission de sauver le monde et d'apporter sa part à ce salut. Rien de plus, rien de moins. Sa vocation chrétienne ne se borne donc pas au soin de ses malades, au travail, si noble soit-il, qui constitue son gagne-pain. Comme chaque baptisé il doit aider à faire passer tout l'évangile dans toute la vie de ses semblables. Cette transmission de la vie chrétienne, cette transfusion du sang du Christ à travers le monde le concerne. Elle n'est pas le monopole du clergé : le devoir d'apostolat sort des fonts baptismaux pour chacun, et chacun porte, au front, l'onction qui l'a sacré à la confirmation pour être instrument de vie et de salut. Le médecin lui aussi doit remplir son rôle un rôle irremplaçable pour que Dieu soit aimé et que sa loi soit obéie. Il y est tenu plus que d'autres, parce qu'il verra de ses yeux et touchera de ses mains les effets de l'obéissance, qui sont paix et bonheur, et les effets de la désobéissance, qui sont ruines et larmes.
Par delà son devoir professionnel immédiat, il lui faut prendre en charge toute l'humanité souffrante, tâtonnante, trébuchante et se porter à son secours. L'immensité même du besoin doit le pousser à chercher des solutions adéquates. |
Le médecin, formateur de collaborateurs
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Seul, il est impuissant. Même en nos pays, où la proportion de médecins par nombre d'habitants est suffisante. Et que dire alors des immenses pays où ce nombre est dérisoire ! Ce n'est pas le médecin ordinaire, qui s'occupe de médecine générale, qui peut se charger de l'éducation sexuelle, à supposer qu'on l'y invite. Ce n'est pas non plus le spécialiste, que l'on va consulter en raison de sa spécialité. Sera-ce le sexologue ? Mais le sexologue chrétien est rarissime, et même, en de nombreux pays, inexistant. Nous reviendrons sur cette lacune grave. D'ailleurs, cette formation à la maîtrise sexuelle concerne les bien portants autant que les malades ; elle est nécessaire à l'immense masse des adultes masculins et féminins. Alors, faut-il renoncer au concours du monde médical ? Non, mais il faut que le médecin accepte de remplir le
rôle de formateur des formateurs, d'éducateur des éducateurs et éducatrices. Et cela, les médecins ordinaires peuvent le faire aussi bien que les spécialistes, car leur culture médicale générale suffit à les habiliter à cette tâche. L'appel s'adresse donc à tous. Un champ d'action s'ouvre là, qui est à l'échelle humaine, à la portée des bonnes volontés, à condition que chacun accepte de remplir son rôle à la place voulue.
Ce rôle, on peut le définir d'un mot : le médecin doit accepter de former des collaborateurs.
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Où trouver les intermédiaires?
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Ces intermédiaires, il ne doit pas les chercher bien loin : son environnement immédiat lui en fournit à foison. Il les trouvera dans le monde médical ou paramédical qui gravite autour de lui : religieuses hospitalières, infirmières, accoucheuses, sages-femmes, assistantes sociales, laborantines, pharmaciens, stagiaires. Celles-là et ceux-ci sont tout naturellement désignés pour cette nouvelle et splendide tâche de secourisme. Il faudra que le médecin les persuade de se consacrer à cette tâche, qu'il les instruise et les forme, qu'il veille à leur faire donner ou à leur donner lui-même, outre les connaissances médicales requises, une formation morale plus poussée dans le secteur qui nous occupe, et une formation psychologique leur permettant de communiquer avec tact, doigté et pertinence ce qu'ils auront appris. Cela s'acquiert, et cela en vaut la peine : on fait des stages pour tant de choses, qui n'engagent pas à ce point le salut des âmes !
Quand il aura mobilisé ces intermédiaires tout proches de lui, il en trouvera d'autres encore parmi les religieuses enseignantes et parmi les militants et les militantes au sein des diverses organisations catholiques. Il y peut recruter des éléments capables de se mettre à son école pour faire pénétrer son enseignement dans les plus larges couches de la population. Les leçons données aux religieuses à l'Institut Catholique de Paris par le Dr Le Moal, attaché à la Clinique neuro-psychiatrique infantile de Paris, sont des modèles du genre ; comme aussi les leçons données par lui aux éducateurs des Collectivités des Jeunes, et qui ont été publiées sous le titre Éducation et rééducation sexuelles 1
Des initiatives tiatives de ce genre sont à multiplier sur une grande échelle. Il appartient aux moralistes de veiller à la formation doctrinale des médecins, mais ce sont ceux-ci qui doivent appliquer cette doctrine et la mettre à la portée de tous.
Puissent un nombre grandissant de médecins accepter cette mission de haute vulgarisation, et prêter leur concours aux divers organismes familiaux qui naissent en ce moment sous de multiples formes. Dans une aimée il y a des officiers supérieurs, qui dirigent de haut, et il y a, sous leurs ordres, le cadre des officiers subalternes, qui transmettent et expliquent les consignes. Pareil à l'officier supérieur, le médecin doit savoir organiser son secteur, mettre le dispositif en place, et multiplier les agents d'exécution.
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Rôle de la femme médecin
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Une place toute spéciale devrait être prise, dans cette vaste action d'apostolat gradué, par les femmes médecins.Mieux que quiconque elles sont qualifiées pour entreprendre la formation dans le secteur féminin, et pour coopérer à chercher des solutions qui tiennent compte de la psychologie féminine et de ses réactions propres. Il faut bien le reconnaître : dans le camp du néo-malthusianisme contemporain, plusieurs femmes jouent un rôle prééminent. Elles mènent, avec un courage obstiné, digne d'une meilleure cause, des campagnes tenaces qui sapent, hélas ! la morale chrétienne et qui accentuent l'emprise du matérialisme ambiant. Où sont les nôtres ? Bien peu ont l'ambition de mettre leur science et leur dévouement au service de la cause que nous plaidons. Est-ce leur faute ? A-t-on attiré leur attention de ce côté ? Quoi qu'il en soit, il faut espérer que les prêtres, les prédicateurs de retraites, les religieuses enseignantes attirent l'attention de la jeunesse féminine sur une carrière qui pourrait être si féconde pour le bien, si elle était orientée en ce sens. La promotion de la femme lui a ouvert les carrières médicales ; on ne peut que s'en réjouir. Mais combien serait-il souhaitable que les femmes médecins se spécialisent dans des matières qui intéressent au plus haut point la famille, la mère, l'enfant. Elles pourraient collaborer si utilement, par leur compréhension et leur délicatesse, à faire régner la grâce et donc la vie du Christ, là où il y a trop souvent désordre, déséquilibre et péché. Quand un chrétien choisit une carrière, le critère décisif ne doit-il pas être : où et comment puis-je le mieux servir à l'extension du royaume de Dieu parmi les hommes ?
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A cet appel, qui s'adresse à tout médecin catholique les objections ne manqueront pas.
Une conception étroite du devoir d'état professionnel sera le plus lourd handicap à vaincre. On abuse si facile ment d'une certaine notion restrictive du devoir d'état professionnel au détriment du devoir d'état chrétien ! On oublie que le baptême établit aussi un état et un devoir, et que ce devoir d'état doit s'insérer au cœur des autres. Tout homme n'a-t-il pas plusieurs devoirs d'état à réaliser simultanément ? Il faut que le médecin catholique respecte la volonté divine en hiérarchisant ses divers devoirs. Il pourrait être tenté de croire que le meilleur emploi de son temps est celui qui lui permet de soigner le nombre maximum de malades. C'est un faux calcul. Le meilleur emploi de son temps est celui qui lui permet de multiplier son action personnelle en suscitant le concours d'autrui. Les heures employées à ce rôle de formation sont éminemment utiles et bienfaisantes pour la communauté humaine. Il ne faut pas qu'il se trompe sur la question : « qui est mon prochain ? » L'évangile lui répond : ce prochain, vous le trouverez à Jérusalem et en Judée, mais aussi en Samarie et dans le vaste monde. Le prochain, que Dieu confie au médecin catholique, ce n'est pas seulement sa clientèle propre de malades, mais c'est l'humanité tout entière, déséquilibrée et victime du désordre sexuel. Et cette humanité-là comprend une masse de bien portants, dont le nom ne figure pas sur une fiche médicale.
Les quelques heures qu'il soustraira à sa clientèle pour les réserver périodiquement, à travers les intermédiaires formés par lui, au salut de la clientèle anonyme, que le Christ lui confie, doivent être pour lui des heures sacrées. Il les offrira généreusement, gratuitement, comme sa contribution personnelle de chrétien médecin à l'extension du règne de Dieu. Ce renoncement, ce détachement de l'argent pourquoi le cacher ? ce sera son offrande pour mériter la béatitude évangélique : beati pauperes, heureux les détachés. Il aura à lutter d'autant plus que le succès professionnel augmentera, que la clientèle affluera et que la tentation grandira de s'enfermer entre les quatre murs du cabinet de consultation ou de la clinique. Qu'il ait le courage de garder portes et fenêtres ouvertes sur la rue et sur le monde !
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Rendement
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Le geste de bon Samaritain, qu'il sera ainsi amené à accomplir, touchera le coeur du Maître plus que tout autre geste, car la miséricorde de Dieu va avec prédilection aux plus abandonnés. Le verre d'eau, tendu à l'inconnu qui a soif, Dieu le verra, et il s'en souviendra au jour décisif « où nous serons jugés sur l'amour ». Une récompense de choix a été promise à ceux qui auront aidé les hommes à obéir à la loi divine. Le médecin qui aura rendu plus praticable la voie des commandements de Dieu, aura un titre spécial au merci de Dieu, qui ne fait qu'un avec la béatitude du ciel.
Les quelques heures, que le médecin aura soustraites, par devoir d'état chrétien, à un « devoir d'état restrictif », auront un rendement sans prix auprès des hommes. Voit-on tout l'appui donné ainsi à l'action du prêtre? Prêtre et médecin, ensemble, sont des bâtisseurs de chrétienté. Si, en même temps que le prêtre dénonce le divorce, le médecin en décrit, de son point de vue à lui, les ravages dans les foyers, le résultat de leur action concordante en sera décuplé. Que le médecin attaque donc, un à un, les divers fléaux qui menacent la famille depuis l'alcoolisme jusqu'à la prostitution et à l'homosexualité, qui sévit de plus en plus, en passant par toute la gamme des désordres sexuels ! Son action renforcera puissamment l'action sacerdotale et formera avec elle un arc-boutant infrangible, qui soutiendra les murs trop souvent branlants de nos foyers. Carrel, ce grand médecin, a dit ce que la prière a de médicalement salubre et tonique : sa voix a eu un étonnant retentissement. On peut être assuré de l'efficacité d'une action médico-sacerdotale concertée qui, affrontant l'homme tout entier, lui inculque la même loi du Seigneur et travaille à épanouir en lui la vie du Christ.
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Le médecin a un rôle à remplir, non seulement envers les malades qu'il soigne et envers la population qu'il atteint à travers les intermédiaires qu'il a formés, mais aussi sur le plan de la société elle-même. La famille n'est pas une île dans la mer, mais une cellule dans un organisme. Tout ce qui affaiblit un organisme en mine aussi les cellules. Le médecin sait mieux que personne que l'éducation et la rééducation sexuelles dépendent dans une large me sure du milieu sociologique dans lequel nous vivons. C'est donc à lui qu'il appartient d'alerter l'opinion publique, le monde des parlementaires et des journalistes, les ministres responsables et les parquets, et de dénoncer tout ce qui entame, dans nos moeurs et nos lois, la santé sociale, tout ce qui, par conséquent, empêche ou contrarie l'éducation ou la rééducation sexuelle.
Tout ce qui affaiblit et gangrène le foyer, tout ce qui tue le Christ dans les âmes, doit être combattu par lui. Il a un rôle de salubrité publique à jouer dans la lutte contre la prostitution ou le divorce, contre la masturbation et les déviations sexuelles, contre l'avortement ou la stérilisation directe. Tout ce qui touche aux lois de la santé atteint immédiatement l'homme dans sa vitalité profonde. Le médecin doit être le gardien vigilant de tout ce qui aide l'homme à vivre en homme et le chrétien à vivre en chrétien. Il dispose à cet effet de tous les moyens modernes des techniques de diffusion.
A lui de prendre ou de faire prendre la parole à la radio ou à la télévision, de se servir du cinéma pour telle ou telle propagande salutaire. Nous avons vu des films médicaux sur l'accouchement sans douleur, par exemple qui avaient valeur de prédication muette et d'encouragement à la maternité généreuse. A lui de se servir d'une tribune de journal pour former le jugement sain et stigmatiser les vices qui dénaturent. A lui aussi de se servir des multiples mouvements d'Action catholique, sociale ou caritative, et d'en faire des stations de relais pour transmettre son message, toujours plus avant, aux couches profondes de la population.
Les médecins le comprennent quand il s'agit de fléaux médicaux : quelle lutte émouvante entreprise par eux pour combattre le cancer ! Mais il y a des cancers moraux, qui rongent moralement les tissus vitaux de l'homme. Ces cancers qui s'attaquent à la famille et à l'amour conjugal, les médecins ont mission aussi de les guérir, en conjuguant toutes les forces pour mener la lutte et pour enrayer les désastres. Qu'ils n'hésitent pas à éclairer l'Église enseignante elle-même sur les fléaux dont mieux que personne ils se rendent compte et qu'ils poussent les moralistes à étudier les problèmes de conscience qui se posent. |
L'organisation sociale chrétienne
de la profession médicale
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Si l'on veut atteindre ces buts sociaux, il faut ne pas agir en francs-tireurs. L'heure n'est plus aux isolés ni aux patrouilles. Les médecins catholiques ont à se grouper entre eux, s'ils veulent être une force qui se fasse valoir. Certes, leur participation judicieuse à certains organismes neutres est souhaitable ; en y défendant la loi naturelle et ses exigences, ils défendent la loi divine. Mais cela ne supprime pas la nécessité d'une organisation chrétienne des médecins tant sur le plan national que sur le plan international, car c'est à ce dernier échelon qu'aujourd'hui les batailles décisives se livrent. Ce n'est pas sans raison que Rome ne cesse de rappeler aux catholiques le grave devoir d'organiser leur présence internationale dans le monde. En particulier, pour combattre les influences néomalthusiennes, ouvertes ou camouflées, au sein de l'organisation mondiale de la santé, les catholiques ont à mener une action vigilante et concertée : on ne peut affronter la bataille en ordre dispersé. Qu'on me permette de reprendre ici l'invitation formulée dans mon discours d'ouverture du premier Congrès mondial catholique de la santé :
« Le Congrès vous offre l'occasion d'étudier le problème si important de votre insertion chrétienne, corporativement chrétienne ou individuellement chrétienne, dans ce monde d'aujourd'hui : nous n'y vivons pas seuls ; nous ne sommes plus en chrétienté. Partout nous avons à être, dans ce monde, levain dans la pâte. Comment répondre à toutes les dimensions de notre vocation chrétienne ? Ce problème, je le sais, vous préoccupe. L'Église vous demande de l'étudier de près, au niveau de votre vie professionnelle.
Il existe à l'heure actuelle plusieurs formes d'organisations pour les professions médicales et paramédicales.
Il y a les fédérations professionnelles, où catholiques et non-catholiques sont groupés et où les intérêts professionnels d'ordre tout à fait général sont discutés.
Il y a les organisations que l'on pourrait appeler « d'action catholique », qui ont pour but essentiel de veiller aux intérêts spirituels des membres.
Il y a enfin des organisations professionnelles catholiques, qui se préoccupent au même titre et des intérêts professionnels et des besoins spirituels.
Il nous paraît que l'existence d'organisations professionnelles catholiques est une nécessité de l'heure actuelle, à condition cependant que les membres aussi bien que les dirigeants comprennent le rôle qu'ils ont à remplir tant sur le plan spirituel que professionnel, tant pour l'individu que pour le groupe, tant sur le plan national que sur le plan international.
Il ne sera possible aux organisations professionnelles catholiques de remplir cette mission que lorsqu'elles seront, chacune, bien structurées.
Par la suite, un plan de coordination des organisations professionnelles catholiques médicales et paramédicales serait à étudier, sur le plan national.
Une coordination sur le plan international des professions de la santé permettrait de concentrer les forces et d'élaborer un plan d'étude et un planning de travail d'ensemble en tenant compte des besoins des pays tant développés qu'en voie de développement.
Cette collaboration ferait naître une force, susciterait un intérêt croissant et rendrait les membres des professions de la santé plus conscients de la responsabilité qu'ils sont appelés à assumer dans le monde.
Cette coordination créerait une possibilité de collaborer et donc de s'affirmer avec les organisations internationales neutres dans tous les domaines touchant les services médicaux et médico-sociaux.
Cette possibilité insistons-y ne peut se réaliser qu'à condition que la rencontre avec les organisations neutres, aussi bien sur le plan national qu'international, se fasse au niveau de l'organisation professionnelle. »
Puisse l'avenir répondre à cette attente ! Le libéralisme a émoussé trop longtemps la vigueur de notre catholicisme dans le monde social. L'heure est, ici aussi, à l'affirmation de soi, pour mieux collaborer, en chrétiens, à la construction de la Cité terrestre.
Avant de clore ce chapitre, qui a marqué l'étroite union du prêtre et du médecin dans l'éducation en cause, il paraît utile d'indiquer encore rapidement deux terrains de contact qui pourraient être très féconds.
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Rencontres médecins — moralistes
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Tout ce qui a été dit conduit tout naturellement à souhaiter la rencontre entre médecins et moralistes, pour confronter leurs points de vue, s'enrichir mutuellement, dissiper aussi parfois les équivoques qui naissent d'un vocabulaire différent. Citons deux exemples. Pas mal de quiproquos entre médecins et moralistes sont nés du sens différent donné au terme « anticonceptionnel ». Sous le terme de « pratique anticonceptionnelle » le médecin range toute pratique qui, en fait, écarte une naissance, mettant par exemple sur le même rang la continence absolue et l'avortement criminel. Le moraliste ne classe sous ce mot que ce qui relève de pratiques immorales. Pour lui le terme est péjoratif ; pour le médecin il est purement technique et neutre. Autre exemple : pour le médecin sera « normal » tout phénomène qui se répète fréquemment, telle la masturbation à la période de puberté. Pour le moraliste, normal veut dire sain, légitime, selon la norme de la moralité.
Ces rencontres, pour être fructueuses, ne devraient pas se borner à des conférences, suivies de discussions. Elles devraient être le point de départ d'une action concertée, contrôlée, méthodique. Elles devraient être comme les rampes de lancement pour des campagnes précises et à objectifs bien définis. On demande ici encore du planning, de l'imagination et le courage d'empoigner ensemble à pleines mains, manches retroussées, la pâte humaine.
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Un service à rendre
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Si le prêtre est indispensable au médecin comme guide et conseiller doctrinal, le médecin, à son tour, peut lui apporter un complément.
A l'époque de sa formation au séminaire, comme plus tard, au cours de son ministère pastoral, cette collaboration médicale serait très utile. Au moment où le séminariste ou le novice se forme, des leçons données par un médecin, leçons suivies de contacts francs et ouverts, pourraient rendre de précieux services. Dans le domaine de la sexualité notamment le prêtre a besoin pour lui- même et pour les autres d'une formation équilibrée, mûrie, lucide. Un prêtre suisse, Jakob Crottogini, a publié une thèse de psycho-pédagogie sur la vocation sacerdotale 2 . Une des questions de son enquête portait sur le rôle joué par la maîtrise sexuelle par rapport à la vocation. Il est frappant de voir combien nombreux sont les séminaristes qui se plaignent de n'avoir pas reçu une formation adéquate. La compétence d'un médecin sûr, animé d'une foi profonde et doué de sens psychologique, complétera heureusement les lacunes d'un exposé scolaire, qui risque de demeurer abstrait, ou d'une direction spirituelle, qui pourrait être trop éthérée. Et, dans l'ordre pratique, le médecin pourra aider à la formation du caractère et à la maîtrise de soi, au plan qui est le sien.
Le même service serait à rendre aux prêtres qui, dans le ministère, se trouvent aux prises avec les multiples aspects de la pastorale familiale. Il leur serait bon aussi d'entendre parfois un médecin leur dire les conséquences médicales des désordres sociaux qu'ensemble ils ont à combattre.
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Références
Éditions de l'École des Cadres, Cahiers d'informations, n° 6. Œuvre nationale d'aide à la jeunesse, Bruxelles.
2-. Weyden und Krise des Priesterberufes, Benziger — Verlag, Einsiedeln, 1955. Voir l'analyse sous le titre "Crise et devenir du sacerdoce" dans le supplément de la Vie Spirituelle, n° 49, 1959, par le P. Barth O.P.
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